ROBERT LINDET ['Z^Ç
Puis, rappelant que les officiers de Télection ont dû acquérir leurs offices et que l'État ne peut supprimer leurs fonctions sans les indemniser :
« Peut-ôtre se souviendra-t-on que lorsqu'une nation équitable, puissante et riche, change la forme de son administration, et décharge des officiers des fonctions qui leur étaient confiées, elle leur doit une entière indemnité et que la prospérité publique est le gage de leur remboursement. Ces principes sont gravés dans tous les cœurs. Ils ne peuvent pas être oubliés de ceux qui sont les plus distraits par Tintrigue, la cupidité et Tambition. »
Lindet n'ignorait pas que ce rétablissement du tribunal de l'élection ne serait que provisoire. « Nous sommes, disait-il, dans Tattente d'une époque très prochaine qui doit être féconde en grands événements. C'est alors que tous les vrais citoyens s'empresseront de faire tous les sacrifices que les représentants avoués de la nation croiront nécessaires. On nous trouvera, Messieurs, les plus empressés à offrir nos états, nos facultés et nos ressources. Puissè-je bientôt me voir déchargé de mes fonctions et les voir mieux remplies I »
Lindet appelait donc, de tous ses vœux, la convocation des Etats généraux ; comme son frère Thomas qui, depuis 1776, occupait la cure de Sainte-Croix de Bernay, il était un des hommes qui réclamaient le plus hautement les réformes. Sa droiture, la noblesse de son caractère le prédestinaient à suivre, à provoquer même le mouvement politique qui se dessinait.
Il fut l'un des commissaires choisis pour la rédaction du cahier des plaintes et doléances de la ville de Bernay ' : à ce cahier étaient joints deux mémoires spéciaux : Tun sur la Banalité et les droits de colombier^ que l'assemblée pria R. Lindet de rédiger, l'autre sur les droits de contrôle dû à M. Leconte, premier échevin, lequel fut nommé, en 1793, procureur syndic du district. Au moment où la disette des subsistances se faisait si cruellement sentir à Bernay, en juillet 1789, R. Lindet fut chargé d'aller, avec un de ses collègues, à Rouen, négocier un achat de blé et de seigle. Cette double marque de confiance de la part de ses concitoyens lui présageait de nouvelles charges municipales. Aussi quand, le 19 août 1789, la municipalité ancienne donna sa démission, on procéda à la nomination d'un comité électif comprenant d'abord les douze
I. Ce cahier fut rédigé le 5 mars 1789 par MM. Le Danois de la Soizière, lieutenant général et maire de la. ville, R. Lindet, Folin, Leprévost, Fouquai et Leconte, échevins. (Arch. mairie de Bernay.)