‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 148 sur 201 · DÉFENSE DES COMITÉS PAR R. LÎKDET · texte numérisé non relu

DÉFENSE DES COMITÉS PAR R. LÎKDET

La séance avait été trop longue. Six heures de lecture continue avaient rendu nerveuse et irritable l'Assemblée : royalistes, girondins, avaient dû écouter la justification des mesures qu'ils réprouvaient et en avaient conçu un violent dépit contre Lindet. Ils ne pouvaient lui pardonner de donner pareille ampleur à un débat qu'ils voulaient écourter : ils sentaient que la minorité républicaine reprenait courage et que la considération publique qui entourait Lindet, Carnot et Prieur rejaillissait sur les quatre accusés, et rendait de plus en plus difficile leur mise en accusation.

Carnot sut profiter de ces circonstances et ne voulut point laisser dans Tombre une manœuvre odieuse tentée par lès Thermidoriens dans le but de terrifier les députés timides qui pourraient se montrer favorables aux accusés. Aussitôt après le discours de Lindet, il demanda la parole :

< Il appartient, dit-il, à celui qui, dans le Comité de salut public, s'est toujours opposé aux mesures violentes, à celui qui a attaqué Robespierre et Hanriot, de faire entendre sa voix dans cette grande affaire. On a violé, à regard des prévenus, la Déclaration des droits de l'homme qui veut qu'un îiomme soit présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable par un jugement légal. On a provoqué contre eux la haine du peuple : on a appelé sur leur tête les poignards des assassins : on a m6me menacé de la mort ceux qui prendraient leur défense. Je dénonce à l'assemblée deux placards affichés avec profusion sur les murs de Paris, dont l'un porte pour titre : le Tocsin nationaL On demande dans ces placards s'il ne faudrait pas envoyer à l'échafaud ceux qui prendront la défense des prévenus. »

Sergent déclare qu'il ne prendra point part aux délibérations, tant que le Comité de sûreté générale n'aura pas fait poursuivre les auteurs de ces placards. L'embarras est grand pour Lesage et Dentzel qui voudraient étouffer l'incident; mais Feffet est produit, et rassemblée est levée à 4 heures et ajournée au lendemain à 9 heures. La majorité est assez hésitante et paraît s'éloigner des accusateurs. Le discours de Lindet, en démasquant les haines des Thermidoriens, a sensiblement infiué sur le sentiment des députés que le parti-pris n'a point encore aveuglés.

Le lendemain, 3 germinal, à l'ouverture de la séance, Du Roy, le compatriote de Lindet, son associé dans la pacification de l'Eure, réclame que tous les anciens membres des Comités de gouvernement soient entendus... et « si Carnot veut parler, nous ne pouvons lui refuser la parole », ajoute-t-il.

Carnot prend la parole.

Citoyens, je vais parier pour les prévenus : ils sont dans le malheur, à ce titre fussent-ils coupables, l'humanité vous engage à m'en tendre favorablement .

Et Carnot qui avait eu le projet de prendre une attitude agressive dans le début, de se servir de la correspondance entretenue avec le Comité de salut public par les Thermidoriens et qui existait encore dans les cartons, pour démasquer tous ces réacteurs, se montre froid, réservé. Il va moins se préoccuper de justifier Collot, Billaud et Barère que de les sauver, persuadé qu'il était que si Ton parvenait à détourner la vengeance de leurs têtes, elle ne pourrait s'appesantir sur aucune autre : arrêter les progrès de la contre-révolution, c'est toute sa pensée '. Le retour aux idées de modération que l'excès de violence des Thermidoriens avait amené la veille, dans l'esprit de l'Assemblée, ne devait pas être ignoré de Carnot et il y conforma l'esprit de son discours. Il ne cherche pas à innocenter les prévenus, mais les délits qu'on leur reproche sont des délits ultra-révolutionnaires.

Est-ce que la volonté générale, du moins la volonté apparente, la seule sur laquelle un gouvernement puisse se prononcer, n'était pas elle-même ultra-révolutionnaire? L'égarement n'était-il pas tel que chacun se battait les flancs pour se mettre à la hauteur, qu'on inventait des mots nouveaux pour mieux peindre son énergie, ou plutôt l'extravagance dont il fallait être animé ? Relisez les adresses qui vous venaient alors de toutes parts. Considérez quelle était la situation de Paris....

Au lieu d'invoquer la solidarité commune, entre tous les anciens agents du pouvoir révolutionnaire et la Convention ellemême *, comme venait de le faire R. Lindet, Carnot s'attacha surtout à démontrer que chacun des membres du Comité ne devait être responsable que du service spécial dont il s'était

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