‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 150 sur 201 · I79^] CARNOT DÉFEND LES MÊMES COMITÉS · texte numérisé non relu

I79^] CARNOT DÉFEND LES MÊMES COMITÉS

chargé. Les signatures données par chacun des membres sur les arrêtés préparés par leurs collègues, n'étaient que de purs actes de forme ; seul était responsable l'auteur de Tarrété, c'est-à-dire le membre qui l'avait rédigé et proposé à la signature de ses autres collègues.

Puis il continue, donnant au débat toute son ampleur :

Ne mettra-t-on jamais dans la balance les services d*une part et les excès de l'autre? Les veilles, les fotigues indicibles essuyées pour tirer TÉtat de ces crises affreuses n'entreront-elles jamais en compensation des erreurs et des fautes qu'on a pu commettre... Sont-ce des circonstances ordinaires que celles où s'est trouvée la France ? ou plutôt, en a-t-il jamais existé de semblables dans l'histoire des nations ?.... Un seul fait répondra, ce me semble, pour les prévenus, à toutes les inculpations : c*est que la France était aux abois lorsqu'ils sont entrés au Comité de salut public et qu'elle était sauvée lorsqu'ils en sont sortis,*. Quand le plus vertueux des Romains, dans des circonstances pareilles, sommait Ctcéron de jurer qu'il n'avait versé le sang qu'avec les formes établies et qu'il n'avait pas violé les lois pendant son Consulat, en poursuivant les conjurés, Cicéron lui répondit : « O Caton, ta vertu te trompes; tu crois qu'on peut gouverner un empire dans les temps d'orage comme dans les temps calmes et ordinaires. Je jure que j'ai sauvé la patrie! ■

Et plus loin :

Quelle est donc cette fatale manie qui sert si parfaitement le royalisme, de vouloir que la Convention s'accuse et s'avilisse aux yeux d'un peuple qu'elle a représenté comme elle devait le faire et qu'elle a servi constamment avec zèle et dignité ? Voulez-vous le servir mieux encore ; laissez là vos dissensions et donnez-lui un gouvernement, car il n'en a pas...

Il n'est qu'un moyen de sortir de cette crise : c'est l'intégrité de la représentation nationale; voilà l'ancre sacrée qui doit sauver la patrie. Serrezvous, citoyens, il en est temps, pour résister à nos ennemis communs; cessez de vous mutiler vous-mêmes pour complaire à des furieux qui n'attendent que ce dernier déchirement de la République, pour relever le trône sur ses sanglants débris.

Prieur (de la Côte-d'Or) n'avait pas de discours préparé, mais il tint à déclarer qu'il a connu les prévenus au Comité et qu'il n'a reconnu en aucun de mauvaises intentions. Il termina en demandant que les opérations du gouvernement, développées la veille dans un discours de sept heures, soient examinées avant tout.

Ce mâle langage, cette fière attitude de gens probes, considérés comme tels par tous les partis, avaient violemment déplu aux réacteurs. On ne pouvait admettre que R. Lindet eût l'audace de justifier la journée du 3i mai. On trouve la trace de ce mécontentement dans les publications qui parurent à ce moment contre les accusés. Faure, député du Havre, se joignit aux accusateurs et fit imprimer un écrit violent contre les quatre membres

du Comité de salut public prévenus d*accusation * ; il releva vivement l'intervention de Lindet et lui reprocha de s'être comparé à Scipion « ...Quant à Lindet, je crois bien, dit-il, qu'il s'occupait aussi avec la dernière application des subsistances, et qu'il signait de confiance des actes atroces; mais il me fait rire lorsqu'il se compare à Scipion qui, pour répondre à ceux qui l'accusaient de pillage, se tourna vers le peuple et dit pour toute réponse aux accusations dirigées contre lui : « Allons rendre « grâce aux dieux de nos victoires ! » La comparaison de Lindet à Scipion me paraît forte, dit Faure! Eh bien, quoique Lindet n'ait point montré, dans son discours, une si haute prétention, n'avait-il pas le droit de crier, lui aussi : Tai sauvé la patrie! On l'a dit de Carnot, on pouvait le dire aussi justement de R. Lindet.

Plus loin, Faure dit que Lindet aurait pu parler comme Tigellinus ou Regulus le délateur : a Au surplus, continue-t-il, je rends hommage à ses talents; mais qu'il sache que les hommes probes sont toujours en garde contre le mal qu'on dit des autres et le bien qu'on dit de soi, lorsqu'il n'y a pas de preuves évidentes. 9

Les royalistes devenus thermidoriens reprochaient surtout à R. Lindet d'avoir, au mois de juillet 1793, publié sa brochure exposant les motifs qui l'avaient amené à voter l'arrestation des trente-deux membres de la Convention. On ne voulait point lui pardonner d'avoir pris la défense de l'ancien Comité de salut public le 2 germinal. On allait même jusqu'à lui reprocher de s'être associé aux décrets rendus contre les Girondins le 3 octobre, alors qu'à cette date il était encore dans le Calvados ! C'était un véritable déchaînement de haines et de perfidies journalières.

R. Lindet tint tête à l'orage qui commençait et publia sa réponse *. Il fit d'abord remarquer que sa brochure de juil-

1. P.-J.-D.-G. Faure, député de la Seine-Inférieure à la Convention nationale sur le procès des quatre députés prévenus par acte d'accusation rédigé par la Commission des 21. — Imp. par ordre de la Convention nationale à Paris, germinal an III, 8 pp.

2. Réponse de R. Lindet à ceux qui lui reprochaient : i« d'avoir parlé des événements du 3i mai dans le mois de juillet 1793 et dans son rapport du quatrième des jours complémentaires; 2*" d'avoir concouru aux décrets portés le 3o octobre contre un grand nombre de membres de la Convention et de s'être opposé au rapport de ces décrets ; 3« d'avoir pris la défense des quatre membres de l'ancien gouvernement, ln-8, 12 pp. Sans nom d'imprimeur.

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