‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 151 sur 201 · NOUVELLE RÉPONSE DE R. LINDET · texte numérisé non relu

NOUVELLE RÉPONSE DE R. LINDET

let 1793 avait eu pour but unique de faciliter la pacification de FEure et du Calvados et d^éviter l'effusion du sang dans la guerre civile qui commençait. Si l'armée des départements eût été vaincue, quelle n'eût pas été alors l'arrogance de la commune de Paris vis-à-vis des départements qu'elle aurait regardés comme vaincus? Pour pacifier, il fallait parler, écrire pour persuader; il n'avait écrit que parce qu'il avait été dans la nécessité de le faire et le succès l'avait récompensé de ses efforts.

On lui reproche d'avoir rappelé le souvenir de cette insurrection dans son discours du quatrième des jours complémentaires. Or, au moment où ce discours était prononcé, la tribune reten* tissait fréquemment d'imprécations contre les fédéralistes; le monument élevé devant les Invalides, en souvenir de la défaite de cette insurrection, existait encore ; or, il fallait obtenir de la majorité, le vote du décret mettant en liberté une foule de détenus innocents....

Il ne s'agissait pas alors d'attaquer ouvertement une opinion, mais il fallait démontrer que cette opinion ne nous conférait pas le droit d'opprimer

ceux qui avaient embrassé une autre opinion Je fus obligé de changer

trois fois le plan de mon discours. J'en conservai le fonds, j'en changeai la forme, l'ordre, la distribution et je parvins à réclamer la liberté de tous les Français sans distinction. Je proclamai des principes qui portèrent l'espoir et la consolation dans le sein de tous les infortunés et dans toutes les classes de citoyens.

Puis, parlant de la journée du 3 1 mai et rappelant ce qu'il en avait dit dans sa brochure :

Je déclarai que la nation seule était le seul juge de la conduite de ces représentants. Une fois rentré au sein de la Convention, mes déclaratiqps furent identiques : Aux comités, je déclarai qu'aucun tribunal ne pouvait con-^ naître des événements qui avaient agité la France^ que ce que Von avait appelé le fédéralisme était un événement politique sur lequel la nation seule avait le droit et le pouvoir de nous juger. Je fis les mâmes déclarations au tribunal révolutionnaire qui fut obligé de suspendre les débats de la municipalité de Couches, et de s'abstenir de juger les citoyens de l'Eure, du Calvados, les quatre-vingt-quatorze Nantais, etc., etc.

Il rapporte ensuite l'opinion qu'il émit au sein des comités alors qu'il n'en était plus membre, à l'occasion du rappel possible des soixante-treize députés, en recommandant des moyens de conciliation dignes de la nation dont les intérêts sont audessus des dissensions personnelles.

Il montre aussi la pensée qui l'a dirigé dans son discours du 2 germinal,

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On accusait tout le gouvernement, on ne nommait que quatre membres, mais on voulait faire déclarer criminelles toutes les opérations du gouvernement. J'avais été membre du Comité de salut public, pouvais- je me dispenser de rendre compte de ce que j'avais fait, de la manière dont j'avais existé dans ce gouvernement, de toutes les parties de l'administration générale dont la surveillance m'avait été confiée?

... Je n'ai réclamé qu'un examen sévère de la conduite de chacun des membres et je pensais que le résultat de cet examen, devant faire connaître le caractère et la conduite de chacun des membres du Comité, fixerait plus sûrement l'opinion publique en l'éclairant, et le jugement de la Convention nationale sur les quatre prévenus.

En terminant, Lindet revendique la liberté de ses opinions et la liberté de la presse. Il a usé des droits d'un représentant du peuple. Quel usage en a-t-il fait?

Le voyageur qui étudiera la France observera que, de toutes les contrées de la République, celles dans lesquelles il a été envoyé étaient le plus exposées aux fureurs, aux vengeances, aux ressentiments, et que ce sont néanmoins celles qui ont le moins souffert des fléaux révolutionnaires... et il demandera avec inquiétude quel fut le sort de celui qui, au milieu des troubles et des discordes civiles, servit ainsi sa patrie ?

Ces discours de R. Lindet, de Carnot, de Prieur, avaient refréné Faudace du parti réacteur et les accusés paraissaient assurés d'un ordre du jour pur et simple de la majorité. Malheureusement, les débats traînèrent en longueur; Téchauffourée du 12 germinal vint admirablement servir de prétexte aux haines thermidoriennes. Les malheureux sans-culottes qui, manquant de pain, étaient venus manifester à la Convention pour se plaindre de Tabsence de subsistances, furent transformés en révolutionnaires qui voulaient sauver les quatre inculpés. On feignit de voir une conspiration dans une manifestation de la faim. Et, d'un coup, la Convention affolée rendit, non un décret d'accusation, mais un décret ordonnant la transportation par mesure de sûreté générale de Barère, de CoUot d'Herbois, de Billaud et de Vadier^ et l'incarcération au château de Ham de Duhem, Choudieu, Chasles, Léonard Bourdon, Huguet, Amar, Foussedoire et Ruamps. L'épuration commencée allait désormais se continuer dans la Convention, jusqu'à la disparition complète de tous les anciens Montagnards restés fidèles à leurs principes de l'an II.

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