‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 168 sur 201 · BABEUF ET SES DOCTRINES · texte numérisé non relu

BABEUF ET SES DOCTRINES

de niveau avec le prix des denrées, favorisait singulièrement les efforts des démocrates pour revenir à la constitution de 1793. Le mécontentement propagé par les sociétés secrètes amena une fermentation terrible : le peuple témoignait ouvertement, dans des rassemblements hostiles au gouvernement, de ses regrets pour les martyrs de prairial an III, et même pour les victimes de thermidor.

Le Directoire s'effraya d'un tel mouvement d'opinion. Sur sa demande et à la suite d'une proclamation perfide accusant les mécontents de vouloir piller les boutiques, et partager les biens par portions égales, le conseil des Cinq-Cents adopta, dans sa séance du 27 germinal (16 avril), une loi digne de la Terreur et qui fut approuvée aussitôt par les Anciens, a Étaient passibles de la peine de mort tous ceux qui, par leurs discours ou leurs écrits imprimés, distribués ou affichés provoquaient à la dissolution du gouvernement actuel, au retour de la monarchie et au rétablissement de la constitution de 1793. » Elle devait être appliquée avec une impitoyable rigueur par Cochon (de Lapparent), qui remplaçait au ministère de la police Merlin-Satan, retourné au ministre de la justice.

Muni de cette loi, le Directoire crut pouvoir en finir avec les démocrates qu'il stigmatisait du nom d'anarchistes, et parmi lesquels il comprenait les anciens conventionnels montagnards restés fidèles à la constitution de 1793 et à la démocratie organisée par cette constitution. Le 21 floréal (10 mai), il annonçait aux Conseils l'existence d'un horrible complot qui devait éclater le lendemain à la pointe du jour. Babeuf était l'âme de cette insurrection. Le Directoire y impliqua aussi Drouet, Darthé le compatriote et l'ami de Robespierre, Duplay, Buonarotti artiste descendant de Michel-Ange, les principaux chefs du parti démocrate, et enfin Robert Lindet ! Un traître, du nom de Grisel, avait révélé à Carnot tous les fils de la conjuration sur le point d'éclater.

Depuis longtemps déjà. Cochon ne cessait d'accabler le Directoire de ses dénonciations contre Babeuf, Drouet et R. Lindet. Barras, dans ses mémoires, se moque agréablement de cette manie policière.

Le 3o messidor an TV, Cochon annonce comme une découverte des factions

Babeuf et Drouet Il dit que R. Lindet est Tun des coryphées ainsi que

le général Vachot. Il y joint Delmas et Sieyes. Le 1 1 vendémiaire de Tan V, Cochon revenait encore à la charge. Il apportait une nouvelle dénonciation par laquelle on représentait que, dans un cabaret de Vaugirard, un comité insurrectionnel, composé de Drouet, de R. Lindet, de Méaulle, de Turreau,

étair organisé ; qu'on allait massacrer Barras, Tallien, Legendre et Fréron et qu*à la tôte du complot se trouvaient Cusset et Javogues. Barras fit remarquer que ces deux chefs étaient fusillés depuis quelque temps déjà, et que l'exécution de leur complot paraissait assez difficile. On invita dès lors Cochon à prendre ses renseignements à des sources un peu plus sérieuses. C'est dire que les renseignements fournis par la police sont pour la plupart imaginés pour les besoins de la cause et grossis par la politique de la peur '.

Le 25 floréal, la police du Directoire arrêta la plupart des chefs de la conspiration, avec Babeuf. R. Lindet put échapper au mandat d'arrestation lancé contre lui. Au bout de quelques jours, fuyant Paris, il accepta Tasile que lui offrit généreusement à Caen, un homme qu'il avait sauvé du tribunal révolutionnaire, Mesnil, ancien administrateur du département du Calvados, compromis dans le mouvement fédéraliste de juin 1793.

Thomas Lindet connut la retraite de son frère et, par des moyens détournés, réussit à entretenir avec Robert une correspondance suivie, sans éveiller la suspicion de la police directoriale '.

Quel a été au juste le rôle de Robert Lindet dans la Conspiration pour Tégalité dite de Babeuf? Ce n'est pas dans les débats de la Haute-Cour de Vendôme devant laquelle les accusés furent traduits qu'il faut chercher la solution de cette question. Robert Lindet fit défaut, et ses moyens de défense n'y furent formulés que par son frère Thomas, dans deux mémoires imprimés. En outre, comme l'indique Buonarotti, pour éviter de compromettre ses amis, Babeuf avait fait cette déclaration : « Je m'étais associé avec tous les démocrates de la République; il n'est pas de mon devoir d'en nommer aucun. Dans sa lettre au directoire du 23 floréal an V, il se fit un titre d'honneur de la sainteté de la Conspiration dont // n'a jamais nié d'être membre. Il déclara qu'il n'était point le chef de cette Conspiration, qu'il n'y avait même qu'une part secondaire, mais qu'il l'approuvait parce qu'il la croyait légitime, et que le gouvernement actuel était souverainement criminel, usurpateur de. l'autorité et violateur de tous les droits du peuple. A leur arrivée à Vendôme,

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