‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 170 sur 201 · CONJURATION DE BABEUF · texte numérisé non relu

CONJURATION DE BABEUF

les accusés étaient convenus de renoncer à toute réticence, d'avouer la Conspiration et de se borner pour toute défense à en démontrer la légitimité. Mais sur la réclamation d'autres accusés moins compromis « on convint que la conspiration for^ melle serait niée, que son but serait hypothétiquement défendu, et qu'on tâcherait de donner des explications vraisemblables aux pièces saisies et aux faits prouvés » '. Ce n'est donc point dans la procédure ni dans les interrogatoires qu'il nous faut chercher, la vérité : seule, la relation faite par Buonarotti peut nous donner quelques renseignements sur le rôle tenu par les divers accusés.

R. Lindet était mort depuis cinq ans quand Buonarotti publia le récit de la conspiration, et nous sommes privés des déclarations ou des rectifications que l'ouvrage de cet ami de Babeuf eût vraisemblablement provoquées de la part de Lindet. Cependant, il nous paraît utile d'indiquer les principaux faits de la conspiration, tels que les raconte Thistorien de la Conspi^ ration des égaux.

Suivant Buonarotti, pendant que Babeuf essayait de réunir en un seul faisceau les débris des sociétés populaires, les anciens patriotes du lo août et les combattants du i3 vendémiaire déçus dans leurs espérances démocratiques, les anciens conventionnels exclus de la Convention, Drouet, Amar, Ricord et R. Lindet, avaient formé une sorte de Comité dans le but d'étudier les moyens de mettre à exécution la Constitution de 1793, qui seule permettait, suivant eux, d'assurer les réformes sociales, complétant l'œuvre de la Révolution de 1789. Mais ce Comité de conventionnels n'aurait pas inspiré confiance aux conspirateurs, amis de Babeuf : Eh quoi, disaient-ils, nous voulons l'établissement immédiat du bonheur commun par le communisme des biens, la destruction de la propriété individuelle, et ces conventionnels que Ton veut adjoindre au Comité sont les auteurs du 9 thermidor et de la chute de Robespierre, le véritable ami du peuple! Ces conventionnels se bornent à demander la mise en vigueur de la constitution de 1793, et cette constitution contient la reconnaissance de la propriété individuelle, le principal obstacle à l'égalité commune ' !

Quoi qu'il en soit de ces défiances réciproques, le Directoire secret créé par Babeuf serait entré en pourparlers avec le Co-

I. Buonarotti, I, Conspiration pour Inégalité dite de Babeuf, ig, 28, 38. 3. Buonarotti, I, 169.

mité des conventionnels et une entente aurait eu lieu. Mais sur quels points Tentente était-elle faite ? Les anciens conventionnels, tout en étant partisans de la constitution démocratique de 1793, et surtout parce qu^ils en étaient les partisans, restaient des défenseurs ardents de la liberté civile et politique du citoyen et de la propriété individuelle. Aucune entente ne pouvait donc intervenir sur ce point entre ces groupes de tendances si opposées. Il est probable que si tout le monde était d'accord pour réclamer la mise en pratique de la constitution de 1793, on ne pouvait pas l'être sur le communisme des biens qui en était la négation. Buonarotti tombe dans un malentendu ou commet une erreur. Or, d'après Buonarotti, Lindet aurait été un de ces conventionnels, et dans une réunion tenue avant le 18 floréal, Lindet aurait parlé longuement sur la nécessité d'im^ primer à la Révolution un caractère véritablement populaire sans lequel^ dit-il^ elle n'est qu'un jeu de parti '. Ces conférences, si réellement elles ont eu lieu comme l'indique Buonarotti, sont, en tout cas, bien insuflisantes pour affirmer que R. Lindet, notamment, approuvait le plan d'insurrection, le massacre des directeurs, le partage des biens, etc., etc.? La vie passée de R. Lindet a été celle d'un homme d'ordre, respectueux des principes consacrant la propriété et la liberté individuelles formant la base de la Constitution de 1793, et constamment hostile à la violence et à l'effusion du sang, même de ses adversaires politiques.

Barras, qui connaissait tous les fils de la conspiration, qu'on avait même soupçonné de complicité avec Germain, l'un des accusés, s'indignera dans ses Mémoires qu'on ait pu soupçonner R. Lindet.

La vérité est que R. Lindet subissait les conséquences de la haine des Thermidoriens dont il avait démasqué les agiotages et les projets financiers. Ceux-ci se vengeaient de l'échec de leur projet de banque, et essayaient de prendre leur revanche sur une victime qui, une première fois, leur avait échappé.

Carnot, qui était alors président du Directoire, déploya un acharnement incroyable contre les auteurs de la Conspiration et môme contre ceux qu'il soupçonnait de favoriser le mouvement populaire destiné à obtenir la Constitution de 1793. Il s'imaginait sauver la République en faisant arrêter Babeuf \ Il ajou-

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