PROCÈS DE BABEUF
tait foi à toutes les dénonciations policières et voulait prouver, au cours de l'instruction, qu'il ne s'était pas trompé dans ses soupçons. R. Lindet lui était peu sympathique depuis la fin de la Convention, à raison de la campagne ardente de presse que Lindet ne cessait de mener contre la politique financière du Directoire, ses projets de banque et sa tolérance pour les agioteurs. Peut-être môme, dans sa susceptibilité quelquefois excessive, avait-il vu d'un mauvais œil R. Lindet revendiquer sa part de gloire dans les victoires de nos armées, conduites par Carnot il est vrai, mais nourries, habillées et approvisionnées par lui, Lindet. On peut s'étonner, à bon droit, que Carnot, qui connaissait la probité et la droiture de Lindet, consentît à le faire poursuivre comme anarchiste.
Personne, dit Barras, n'a connu de plus près R. Lindet que Carnot son ancien collègue et collaborateur au Comité de salut public. Cest un des hommes les plus inoffensifs, les plus laborieux dans son cabinet; on aurait pu le croire presque étranger à la politique, alors môme qu'il se trouvait à la tôte par ses fonctions de membre du Comité de salut public. Comment Carnot put-il entendre accuser aussi injustement devant lui Thomme absent dont il devait être le premier à garantir l'innocence ?
Faut-il supposer que, chez cet admirable tacticien, la fermeté d'esprit n'était point à la hauteur du génie militaire, et qu'il n'hésita pas plus à sacrifier Lindet à ses rancunes politiques, qu'il n'avait hésité à s'associer à l'immolation de Danton en germinal de l'an II '?
Babeuf, devant la Haute-Cour, pour tout système de défense^ établit la légitimité de la conspiration : « La vraie défense des accusés est tout entière dans l'aveu qu'ils firent de leurs doctrines démocratiques, dans l'hommage solennel qu'ils rendirent à la constitution de 1793 et dans leur persévérance à justifier hypothétiquement le but de la conspiration. »
Thomas Lindet adressa à la Haute Cour de justice deux mémoires contenant la défense de son frère Robert *. Il s'attacha
1. Il n'est pas possible de laisser à Carnot Tauréole qu'il essaya de se donner le 3 germinal an III, en séparant sa cause de celle de ses collègues que Ton appelait terroristes : il sortit assez souvent de sa spécialité militaire pour donner carrière à ses haines politiques. Il signa l'ordre d'arrestation des généraux Leigonyer et Quétineau, celui de Danton, de Delacroix quand Lindet et Ruhl refusaient leur signature. Voir Âulard, Études et leçons sur la Révolution française, 1, p. 189, 198.
2. Robert-Thomas Lindet , représentant du peuple, à la haute Cour de
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surtout à retracer la vie de l'ancien membre du Comité de salut public, les services rendus par lui à la cause révolutionnaire et à la République, et les haines politiques que son attachement aux principes montagnards avait suscitées contre sa personne. Il rappela les efforts des thermidoriens pour le perdre en prairial de Tan II, et Timpossibilité où il avait été d'obtenir des juges, malgré ses demandes réitérées : a Après thermidor, il s'est isolé. Lorsqu'on attaqua l'ancien gouvernement, il rendit compte de la part qu'il avait prise à l'administration et justifia qu'il était étranger aux opérations désastreuses qui avaient consterné la France. »
On lui pardonnait difficilement son rapport du quatrième jour complémentaire : son discours du i*' germinal excita les haines. — On résolut sa perte comme ancien membre du Comité de salut public. — On ne put le juger, mais on Tenveloppa dans une amnistie infamante qui Texclut du corps législatif.
La seconde persécution est la conséquence de la première. R. Lindet avait été nommé au corps législatif, il ne s'en croyait pas exclu par des décrets rendus postérieurement à celui qui Tavait mis en liberté. Il céda aux haines et aux passions et s'exclut lui-même des places auxquelles on rappela. Sans espoir d*obtenir une justification, il entreprit de se justifier devant l'opinion publique, et commit cette faute énorme de montrer qu'il était irréprochable.
Il en commit une seconde, en émettant des opinions qu*il croyait utiles à son pays et en combattant celles qu'il jugeait funestes. Dès lors on voulut se débarrasser d'un censeur importun : il fut dès lors désigné au nombre des conspirateurs. — Un homme puissant, irrité du refus de R. Lindet d'accepter les places qui lui étaient offertes, lui avait fait pressentir les interprétations qu'il donnerait plus tard à ces refus dictés par la prudence '. Un autre lui prédit son arrestation et sa déportation. Quinze jours avant le 1 1 floréal, on voulait que Lindet fiit arrêté. Cet acte de violence contre un homme qui ne l'avait pas mérité ne trouva pas d'exécuteurs assez dociles. Il ne resta plus que la ressource de l'impliquer dans une conspiration...
Un seul dénonciateur accuse Lindet : ce dénonciateur s'avoue coupable, il est convaincu de mensonge; il annonce le caractère d'un émissaire, d'un espion, d'un agent salarié des fabricateurs de conspiration et ce dénonciateur joue le rôle de témoin ! Il n'est pas accusé, lui qui se confesse coupable !
Après quelques détails tendant à prouver que R. Lindet est excusable de s'être enfui, Thomas Lindet conclut ainsi :
justice sur Vaccusation contre Robert Lindet. Imp. de la rue Honoré, in-8*, 28 pp.
Second mémoire pour R, Lindet accusé devant la Haute-Cour de justice. — Robert-Thomas Lindet, représentant du peuple aux citoyens Haut-jurés.