‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 21 sur 201 · RbBERT LINDET · texte numérisé non relu

RbBERT LINDET

de parti pouvait-il le refuser en se disant Français, et ministre d'une religion de paix '?

Le roi pourtant porta son veto contre le décret : le malheureux roi ne retrouvait d'énergie que pour combattre la Révolution, lorsqu'il en recevait le mot d'ordre des prêtres.

Lindet, qui jugeait ces mesures indispensables à raison des circonstances, ne cessa pendant toute cette période de donner ses conseils aux prêtres qui le consultaient, et même aux émigrés. « Je prévoyais, disait-il dans une correspondance de famille, que la loi contre les émigrés serait très sévère, et qu'il ne resterait aucune ressource à ceux qui voudraient attendre les derniers résultats. » Le fanatisme et un faux point d'honneur précipitaient le clergé et l'émigration dans une lutte terrible contre la Révolution.

Au milieu de tous ces tiraillements, de ces discordes intérieures, les discussions sur la guerre qui avaient lieu aux Jacobins et à TAssemblée passionnaient les esprits. Les Girondins et la Cour demandaient la guerre à grands cris *. Robespierre et un petit groupe de ses amis la combattaient, parce que la Cour ne voulait faire la guerre qu'aux Grands Électeurs, et qu'ils redoutaient que ce simulacre de campagne ne fût une occasion de donner une nouvelle force au parti des privilégiés. Certes, tous les députés, sur les bancs de la gauche, sentaient la nécessité d'engager la lutte de la liberté contre le despotisme monarchique. Il y avait là une fatalité que la Révolution devait accepter fièrement, et dans laquelle elle devait puiser une nouvelle force d'expansion. Mais les circonstances paraissaient mal choisies ; et Lindet voulait temporiser, éviter une campagne d'hiver, attendre quelque hostilité bien déclarée qui engageât la véritable guerre patriotique de la Révolution, contre le despotisme monarchique. Lindet ne consentait qu'à une guerre défensive, pour le moment. Le 25 janvier, après une discussion de huit jours, le roi était invité à demander à l'empereur s'il entendait vivre en bonne intelligence avec la Nation française, et s'il renonçait à tous traité et convention dirigés contre la souveraineté, l'indé-

I . L'abbé Jaeger, dans son Histoire de Véglise de France sous la Révolution^ reconnaît que les ecclésiastiques pouvaient prêter serment en toute conscience, t. III, p. 46

3. On peut consulter, sur cette question de la guerre, la série des articles publiés par VAmi du Peuple^ 14 décembre 1791 ; ceux de Prud'homme, L'Orateur du peuple, t. IX, n* 48, et les répliques de Brissot dans le Patriote Français , décembre et janvier.

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pendance et la sûreté de la Nation. Faute par Pempereur de donner une réponse satisfaisante avant le i" mars, son silence, ainsi que toute réponse évasive ou dilatoire, seraient regardés comme une déclaration de guerre.

Les événements marchèrent vite : le 9 février, les biens des émigrés sont mis sous le séquestre; le 10 mars, le ministère donne sa démission ; Dumouriez est porté au ministère de la guerre, Roland à l'intérieur, Lacoste à la marine, Duranthon à la justice et Clavière aux finances. C^était un ministère Girondin, qui aurait pu sauver la monarchie si le roi avait rompu avec les émigrés et la cour d'Autriche, pour servir loyalement la Révolution. C'était le ministère des sans-culottes ^ puisque le sans-culottisme avait été mis à la mode, en même temps que Tusage du bonnet rouge par les Girondins. Le 20 avril, la guerre est déclarée à l'empereur d'Autriche, et Lindet, comme ses collègues de la gauche, paraît avoir accueilli patriotiquement cette nouvelle situation. En faisant cette déclaration au sein de l'Assemblée le roi pleurait : pressentait-il, par avance, la catastrophe dans laquelle allait sombrer sa dignité royale et sa loyauté d'homme public trahissant ses serments constitutionnels? Merlin de Thionville avait bien caractérisé cette guerre : Votons la guerre aux rois^ et la paix aux nations !

Le décret du 27 mai sur les prêtres insermentés et celui qui licenciait la garde royale avaient excité la colère royale. Roland, irrité de son côté de la résistance du roi, lui écrivit une lettre chaleureuse et hardie pour l'amener à sanctionner ces décrets et à faire disparaître cet élément de discorde civile. Le roi vit dans cette démarche une insulte, et congédia Servan, Roland et Clavière. Le i5 juin, Dumouriez, qui avait réussi à se faire conserver par le roi, fut renvoyé à son tour.

A partir de ce moment, les Girondins s'acharnent sur la royauté ; ils déchaînent les passions populaires et organisent la journée du 20 juin, qui ne fut pour eux que la journée des dupeSj car elle fut loin de servir l'ambition du parti qui l'avait provoquée.

A cette occasion, le département de l'Eure envoya à l'Assemblée et au roi une adresse royaliste. Buzot, alors président du tribunal criminel, et Thomas Lindet, évéque du département, s'émurent d'un tel mouvement d'opinion et réussirent, comme contre-partie, à faire adopter par la commune une Adresse s'inspirant des sentiments populaires. Lecerf, alors procureur de la commune, Thomas Lindet et Buzot, unis dans une même

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pensée d'hostilité à la royauté, avaient cru devoir réagir contre les sentiments de sympathie, que cette journée paraissait réveiller en faveur d'un roi, qu'ils savaient traître à ses engagements. Cette adresse pourtant ne fut pas lue : peut-être en trouvera-t-on un écho dans le discours que prononça Vergniaud à l'occasion du vote sur la déclaration de la Patrie en danger \

Le 20 juin devait amener fatalement le lo août : l'arrivée à Paris de La Fayette produisit une alliance momentanée entre Brissot et Robespierre, et la tentative faite par La Fayette pour envahir les Jacobins, échoua piteusement. Il ne trouva pas seulement trois cents hommes au rendez-vous fixé. Les efiforts de La Fayette pour sauver la monarchie étaient paralysés par l'orgueil de la reine et par la haine qu'elle portait à ce général.

Les Girondins, qui avaient lancé le char sur la pente où il ne pouvait plus reculer, commençaient à prendre peur, et ils essayèrent de s'aboucher avec la cour pour faire rappeler au ministère Clavière, Servan et Roland. Brissot, le républicain % qui avait fait signer la pétition du Champ-de-Mars, n'hésite pas à s'écrier : « S'il existe des hommes qui travaillent à établir maintenant la République sur les débris de la Constitution, le glaive de la loi doit frapper sur eux comme sur les amis actifs des deux Cham^ bres et sur les contre^révolutionnaires de Coblent\ ! » Enfin, Guadet proposait une adresse au roi pour lui demander de prendre des ministres dont le nom appelle la confiance publique. Les Girondins auraient fait retarder la discussion sur la question de déchéance, et moyennant le rappel des ministres, ils consentaient à défendre le roi et à conserver la royauté. Ces palinodies finirent par dégoûter l'Assemblée, et le discours de Brissot fut suivi de murmures indignés...

Ce fut cette conduite louche et tortueuse des Girondins qui acheva d'éloigner Lindet de leur politique. La droiture de Lindet répugnait à ces marchandages. La royauté n'était plus possible par les fautes et la fourberie même du roi ; une seule solution s'imposait : la déchéance. Il n'y avait pas à balancer, et Lindet suivit la voie logique qui conduisait à la République.

Le lo août, l'insurrection, préparée depuis plusieurs jours,

I. Dans une lettre de Th. Lindet à son frère Robert, datée du 39 juin 1793, nous lisons : « Le roi met de la suite dans son système d'opposition. Les opinions paraissent se partager sur la journée du 30. La garde nationale d'Evreux Timprouve et promet de mourir à son poste, c'est-à-dire dans les caves, si quelqu'un se présente pour lui faire peur. »

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