‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 25 sur 201 · S^^ OPINION SUR LES MASSACRES DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

S^^ OPINION SUR LES MASSACRES DE SEPTEMBRE

de la province, il est intéressant de connaître à ce sujet Topinion de R. Lindet.

Voici comment il racontera, Tannée suivante, ces tristes événements :

Les maisons d*arrôt étaient remplies de coupables, les tribunaux étaient sans activité; le glaive de la loi s*émoussait sur Thomme couvert de métaux. Montmorin trouvé saisi d'un plan de conspiration écrit de sa main, avait été acquitté. La Haute-Cour Nationale avait déclaré que Delàtre, qui envoyait son fils à Coblentz et qui sollicitait de Calonne de l'emploi pour ce fils dans l'armée des émigrés, n'était pas coupable ; la trahison, la conspiration contre l'État, prouvées littéralement, reconnues par ces accusés, n'étaient plus des crimes dans les tribunaux; on fabriquait de faux assignats dans les maisons d'arrêt; la loi contre les prêtres réfractai res n'était plus exécutée; des prêtres factieux de tous les départements se réunissaient à Paris, les partisans de la tyrannie relevaient la tête et parlaient ouvertement d'une contre-révolution ; ils annonçaient l'arrivée des Prussiens, le rétablissement du despotisme et les vengeances des tyrans : Longwy, Verdun, s'étaient rendus aux despotes; Dumouriez allait transporter dans la Belgique et enlever à la France l'armée qui était sa seule ressource, et à laquelle devaient se rallier tous les Français en état de porter les armes. On dit alors aux citoyens de Paris : levez-vous, allez au-devant de l'ennemi; vos épouses, les enfants et les vieillards suffiront à la défense de cette ville. Le tocsin qu'on va sonner n'est pas un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la Patrie.

Tandis que tous les citoyens se rendent au Champ-de-Mars pour se faire inscrire ou donner leurs armes, l'aristocratie insolente fait éclater sa joie, insulte au dévoûment et au patriotisme des citoyens.

Entraînée par un mouvement prodigieux et cédant au transport de l'indignation et de l'inquiétude, la multitude égarée s'écrie : « Nous quit- « tons Paris, nous enlevons toutes les armes, nos familles sont menacées ; la c contre-révolution commence, tandis que nous allons combattre les tyrans; « assurons avant notre départ la vie et la liberté de nos épouses et de nos « enfants. •

On arrête à l'instant un assez grand nombre de prêtres réfractaires qui n'avaient d'autre emploi, d'autre occupation que le métier d'agents des conspirateurs; on leur propose de faire serment d'être fidèles à la patrie; ceux qui refusent ce serment reçoivent la mort.

La multitude se transporte aux prisons, fait interroger les détenus, fait lire les procès-verbaux et constater les motifs de leur arrestation ; tous les conspirateurs sont mis à mort; tous ceux qui avaient commis des délits privés, sans avoir attenté à la vie de leurs concitoyens, sont mis en liberté.

Nulle force, nulle puissance humaine n'aurait pu résister à Timpétuosité de ce mouvement terrible, qui paraissait commandé par le salut de la patrie, et dont le résultat ne fut, aux yeux de tant de citoyens, que l'application impartiale des principes du droit naturel '.

I. Lindet aurait pu ajouter que des misérables, des vauriens comme il en .existe trop dans les grandes villes, en temps de révolution, s'étaient joints au peuple et avaient, par leurs atrocités sanguinaires, donné à ces

Girondins et montagnards paraissent d*accord, au lendemain des événements, pour s'associer à la pensée de Roland qui écrivait : a Hier, fut un jour sur les événements duquel il faut peut-être jeter un voile... je sais que nous devons à la France entière la déclaration que le pouvoir exécutif n'a pu prévoir, ni empêcher ces excès ' . .. »

Gorsas écrivait dans son journal : « Cette journée est terrible, mais juste j elle est Teffet inévitable de la vengeance du peuple. » De son côté, Brissot, dans les numéros du Patriote Français du 2 au 10 septembre, ne fait pas entendre un mot de blâme contre les massacres des prisons. Le numéro du 3 contient un récit froid et sommaire des massacres, précédé seulement de l'énoncé des arguments qu'avaient fait valoir les massacreurs.

Le Moniteur justifiait les exécutions en les présentant comme nécessaires.

Ainsi, au lendemain de ces tristes journées, les Girondins se gardaient bien d'essayer de rejeter la responsabilité de ces actes odieux sur leurs adversaires politiques et, notamment, sur Danton. Ce ne fut que plus tard qu'ils imaginèrent ces calomnies comme une arme terrible dans le duel qu'ils avaient engagé avec la Montagne \

La vérité est que les massacres de septembre étaient une idée de Marat, réalisée par le Comité de surveillance et préparée par lui, depuis quelques jours. La lumière finit par se faire jour, et Lindet, en 1801, revenant sur ces tristes journées, n'hésita pas à reconnaître qu'elles avaient été préparées à Thôtel de ville, et que, ni la commission extraordinaire de vingt-quatre membres de la Législative qui gouvernait la France depuis le 10 août, ni le pouvoir exécutif, ni le maire de Paris n'essayèrent de s'opposer à ces massacres '.

Ces trois autorités parfaitement unies, dit-il, exerçaient une puissance

tueries un caractère de cruauté odieux dont il serait injuste de rendre responsables les citoyens de Paris.

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