‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 27 sur 201 · S^^ OPINION SUR LES MASSACRES DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

S^^ OPINION SUR LES MASSACRES DE SEPTEMBRE

absolue. La masse du peuple était obéissante et docile, faisant le bien par amour et par sentiment, faisant le mal par égarement...

Toutes les fois que Ton parle des funestes événements de septembre, on fixe rindignation publique sur une poignée de vils bourreaux et sur une multitude hébétée ou furieuse, égarée. On ne nomme pas les ordonnateurs. Je vous dis franchement, citoyens, que la multitude était trompée et que si Ton veut inspirer une juste horreur de tous les crimes qui furent commis, il faut avoir le courage d'en accuser les auteurs; il faut nommer ceux qui conçurent cet horrible dessein, qui en dressèrent le plan et qui proposèrent froidement, pendant plusieurs jours, les moyens d'exécution. Il y en a qui croient qu'il aurait été facile de s'opposer à ce débordement d'atrocités. Je pbnsb qub cbla ^tait impossible. // ne s* agissait pas d'un mouvement populaire^ tout était ordonné. Le pouvoir était respecté. Tout obéissait. La présence du maire seul dissipait un attroupement au Temple. La signature d'un procureur de la commune, d'un secrétaire faisait rendre les citoyens à la vie et à la société. Je conviens que, si l'un des trois pouvoirs qui dominaient avait refusé son assentiment à ce que l'on proposait, ces événement n'auraient jamais souillé la France. Je crois m6me que si un seul membre de l'un de ces pouvoirs s'y était opposé, il aurait pu, seul, tout empêcher*.

Marat avait réussi à fanatiser la population de Paris en signalant comme prévenus d'un vaste complot tous les détenus : il recueillit ainsi, en septembre, le fruit des excitations qu'il avait semées depuis trois ans au sein de la population parisienne.

R. Lindet, pendant cette année (oct. 1791-sept. 1792), qui, pour lui, avait été une période d'observation, d'étude et de recueillement, s'était rendu compte de la valeur des hommes, des manœuvres des factions diverses, des moyens d'action de chaque parti : il avait silencieusement sondé la profondeur et l'étendue des intrigues de la cour^ et, dans les Comités de finance et de liquidation, saisi la trame des tentatives de corruption ourdie par les agents de la liste civile. L'expérience politique qu'il avait acquise ainsi, dans l'ombre des Comités, devait lui servir de guide dans l'exécution du nouveau mandat que les électeurs de TEure allaient lui confier, aux élections de septembre, pour la Convention nationale.

I. Lettre de R. Lindet à Serieys sur la tragédie : la Mort de Robespierre^ publiée en tète de cette pièce, le 9 thermidor an IX, à Paris, chez Monory. Voir sur ces massacres, Hist, parl.^ 17, 408 et suiv.

Page 1