VI PRÉFACE
saignait à la vue de tant de désastres. Comment ne pas pleurer sur cette pauvre France, qui payait trop chèrement sa gloire par les horreurs de l'invasion étrangère? Des griffes d'un despote elle tomba dans celles des Bourbons et de la horde d'émigrés avides d'assouvir leurs rancunes et leurs vengeances. Le gouvernement de la première restauration produisit ce résultat inouï de faire regretter Napoléon. Aussi, au retour de l'île d'Elbe, celui-ci apparut comme un libérateur et le sort de la patrie sembla lié à sa destinée. Les vieux révolutionnaires, comme Carnot, se rallièrent par raison à celui qui les délivrait des Bourbons. Lindet partagea ce sentiment, mais sans accepter d'emploi. Waterloo replaça la France sous le régime royaliste et clérical. Les basses vengeances s'exercèrent librement. Lindet put échapper à la loi de 1816 contre les régicides, grâce à son abstention pendant les Cent Jours. Il resta à Paris avec sa femme et sa fille et il y mourut, le 14 février 1825, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Il fut inhumé dans le cimetière du Père-Lachaise.
Telle fut la carrière de Robert Lindet. Elle méritait un historien et nous devons rendre grâces à M. A. Montier d'avoir entrepris cette œuvre et de l'avoir menée à bonne fin. J'imagine qu'il a dû éprouver une grande satisfaction à écrire la vie de cet homme si probe, si laborieux, si humain, de ce républicain incorruptible, de ce grand citoyen, qui est une des gloires les plus pures de la Révolution française. Il n'a eu qu'à exposer simplement les actes de son héros pour montrer que si Robert Lindet n'a pas la renommée des chefs politiques ou militaires du Comité de salut public, il est leur égal par les services et le dévouement.
M. A. Montier n'a épargné ni son temps ni sa peine pour réunir les documents nécessaires à son travail. Il a compulsé les archives publiques et privées. M™* Bodin, petitefille de Robert Lindet, lui a libéralement communiqué ses importants papiers de famille. Les Archives nationales, celles des départements de l'Eure et du Calvados, les bibliothèques de Caen, de Rouen et de Pont- Audemer lui