PRÉFACE V
doctrines gouvernementales. Toutefois il s'opposa à la réaction thermidorienne, fit mettre en liberté les citoyens détenus pour fédéralisme, et, le quatrième jour complémentaire an II (20 septembre 1794), il dressa sur la situation de la République un rapport, qui est une œuvre capitale pour l'histoire de la Révolution. Ce fut son testament politique de membre du Comité de salut public, car il en sortit, le i5 vendémiaire an III (6 octobre 1794), pour n'y plus rentrer.
Cependant les réacteurs triomphants s'acharnaient contre les anciens membres du Comité de salut public. Robert Lindet ne craignit pas de défendre ses collègues à la tribune de la Convention. Il eut bientôt à se défendre lui-même. L'insurrection de prairial fut le prétexte de sa mise en accusation et, le 9 prairial an III (28 mai 1795), on l'arrêta. Les villes de Couches et de Caen, qui lui avaient dû leur salut, envoyèrent des protestations, et Lindet fut mis en liberté, le 12 thermidor (28 juillet), pour raison de santé. Nommé député par les départements du Nord et de la Seine, on le déclara inéligible. Les thermidoriens s'acharnèrent contre lui et l'impliquèrent dans le procès de Babeuf. Cette indigne manœuvre aboutit à un acquittement le 7 prairial an IV (26 mai 1796). Le département de l'Eure rendit justice à Lindet en l'envoyant au Conseil des Cinq-Cents le 25 germinal an. VI (14 avril 1798), mais cette élection fut annulée le 21 floréal (10 mai 1798). Lindet se consola d'autant plus facilement qu'il venait d'épouser, trois jours auparavant, à Caen, la fille de son ami et bienfaiteur Mesnil. Le coup d'État du 3o prairial an VI (18 juin 1799) le rappela aux affaires. Le 5 thermidor (23 juillet 1799), il fut nommé ministre des finances. Il déploya ses talents et son activité ordinaires jusqu'au 18 brumaire. Bonaparte le remplaça, le 20 (11 novembre 1799), par Gaudin. Lindet reprit sa profession d'avocat et assista silencieux à l'épopée impériale. Il ne pouvait que détester ce gouvernement despotique, ce système de guerre à outrance, cette folie de conquêtes qui aboutirent à une catastrophe certaine pour les esprits clairvoyants. Son cœur