‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 77 sur 201 · Registre des arrêtés, p. 4 verso · texte numérisé non relu

Registre des arrêtés, p. 4 verso

l62 ROBERT LIKDÈT [^79^]

Romme et Prieur, arrêtés par les Carabots et détenus au donjon de Caen, n'avaient point été mis en liberté, le jour même de la rétractation du département. Le Conseil général avait bien écrit au Comité de salut public une lettre, datée du 23 — vraisemblablement antidatée — ; mais les actes ne suivaient pas les paroles. Il fallait en finir. En vain fit-on près des deux représentants détenus, des démarches pour les engager à sortir de nuit, par prudence, pour éviter des mouvements populaires. Ceux-ci avaient une plus haute idée de la dignité des représentants du peuple : ils ne voulaient sortir qu'en plein jour, salués par les canons de la place et escortés de la force armée, de la garde nationale et de tous les fonctionnaires de la ville ! C'était la revanche de la légalité, et ils la voulaient, éclatante, décisive. Les administrateurs durent courber la tête et accepter ce programme. Et le 29 juillet, après cinquante jours de captivité, les deux représentants, au milieu des acclamations de la foule et des salves d'artillerie, sortaient, avec la solennité stipulée, du donjon du château '. Aussitôt, le département envoya une députation aux représentants pour les informer de cet acte de civisme et les prier de hâter leur arrivée à Caen. Voici, en effet, quelles étonnantes raisons les corps administratifs et judiciaires avaient l'audace de donner à la Convention pour justifier leur conduite passée : « Nous avons reconnu notre erreur et nous vous l'avons avouée de bonne foi... (il était bien temps de le faire, le 25 juillet!). Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre... Partout le peuple respire l'amour de la liberté et sent le besoin de se rallier à l'autorité suprême de la Convention nationale. Entraînés par le premier mouvement d'effervescence, les fonctionnaires publics sont rentrés dans les limites du devoir. Nous espérons que ces preuves de civisme vous engageront à accueillir favorablement notre rétractation. »

Carrier, qui passait par Caen le 2 août, fut témoin de ces rétractations et des manifestations de l'opinion publique : il écrivit aussitôt à la Convention : « Le trône de Bu\ot est enfin renversé ; il s'est enfui, avec ceux qui conspiraient avec lui la perte de la patrie, du sol où ils avaient allumé les torches de la guerre civile. Ils vont encore les secouer dans des contrées qui semblent favoriser leurs criminelles espérances*. »

1. Cf. Le discours de Romme à la Convention. Moniteur du 6 août. ^ Affiches du Calvados^ n» du i" août lygS.

Page 1