Aulard. Recueil ^ V
[1793] DIFFICULTÉS POUR LES SUBSISTANCES l63
Le soir même, Tarmée de pacification faisait son entrée à Gien au milieu des illuminations. Lindet, Du Roy et Bonnet, retenus par diverses questions qu'ils avaient dû résoudre, à Lisieux, n'arrivèrent que le lendemain vers 3 heures de l'après midi '.
Ce même jour, avant de quitter Lisieux, nos représentants adressaient une nouvelle lettre à la Convention et lui signalaient la dernière manœuvre des ennemis de la Convention. On travaillait le peuple à l'occasion des subsistances *, et il y avait urgence à tourner toute son attention vers ce nouveau danger.
Les administrateurs ne cessent de parler de subsistances, depuis qu'ils n^osent plus soutenir la guerre civile. Ils veulent se rendre agréables au peuple, se faire pardonner leur crime et se maintenir dans l'exercice de leurs fonctions. C'est dans ce dessein qu'ils envoient des mémoires à la Convention nationale et qu'ils demandent des subsistances : ils traitent maintenant avec respect et une sorte de faste les représentants du peuple, qu'ils avaient traités en prisonniers et en otages.
Lorsque les commissaires de la commune sont venus nous annoncer le dessein qu'on a conçu de nous recevoir avec appareil, nous avons répondu que tout appareil serait déplacé, qu'il contrasterait avec ce qui s'est passé dans le mois de juin.
Nous leur avons dit que nous ne nous occupions que de notre devoir et que tout appareil de représentation nous importunerait.
Le citoyen Bougon, procureur général syndic, nous a écrit; il nous a envoyé sa lettre par un courrier fort entendu, chargé de lui porter une réponse précise. Il voulait savoir s'il courrait risque d'être arrêté. Nous avons répondu au courrier que son ami avait des devoirs à remplir, qu'en quelque situation qu'un Français se trouvât, il devait remplir ses devoirs. Nous n'avons point parlé d'arrestation. Nous avons déclaré que, dans ce moment, nous nous occupions de la pacification générale et que l'on ne devait pas nous parler des individus; nous n'avons fait aucune réponse au citoyen Bougon. Lorsque nous serons à Caen, nous ferons assembler les citoyens, nous leur parlerons, nous nous ferons ensuite représenter les registres du département, mais nous ne parlerons d'arrestation que lorsque le peuple rassuré, satisfait et tranquille, sera à portée de sentir qu'il importe à son bonheur que les coupables soient arrêtés et punis '.
Cette nouvelle difficulté relative aux subsistances venait s'ajouter à toutes celles que la pacification avait fait naître et que