‹ Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des financesChapitre 85 sur 201 · Lettre du 8 août. Âulard, loc. cit.,W · texte numérisé non relu

Lettre du 8 août. Âulard, loc. cit.,W

[1793] PÉNURIE DE SUBSISTANCES iy3

ville. Il semble que nous ne soyons arrivés en cette ville que pour remplir les fonctions des administrateurs et des magistrats du peuple. »

Dans une autre lettre du même jour, R. Lindet mandait au Comité de salut public : « Caen est sans subsistances : pouvezvous nous en procurer ? Il serait essentiel de donner les ordres les plus prompts pour faire transporter, du Havre en cette ville, une quantité de grains ou de sardines qui pût alimenter la ville pendant plusieurs jours. Rien n'est plus pressant : le salut de la ville en dépend ! »

Aussi, le 7 août, les représentants prirent, d'urgence, à la suite d'une délibération du même jour du Conseil général de la commune, un arrêté autorisant Tadministration des subsistances de l'armée à prêter à la commune de Caen 126 sacs de froment et pareille quantité de farine, à charge par celle-ci de rétablir les mêmes quantités de denrées, dans les magasins militaires, avant le i«' septembre. Puis, afin d'assurer à l'avenir l'approvisionnement des halles et marchés, ils rédigèrent un second arrêté dont voici les principales dispositions :

Art. I. — Tous les propriétaires et fermiers des départements de i*£ure et du Calvados, ayant une exploitation de deux charrues, seront tenus de faire battre sans délai, immédiatement après Penlèvement des gerbes, une partie de leurs grains, de les transporter aux marchés, d'en justifier à leurs municipalités par un certificat des ofiBciers de police des lieux où ils auront vendu leurs grains.

Art. 3. — Les municipalités dresseront un état de tous les propriétaires et fermiers qui exploiteront dans leurs communes un domaine dont l'exploitation sera évaluée à deux charrues, et en adresseront le double aux directoires de district.

Conformément à son habitude d'éclairer le peuple sur ses propres intérêts et sur les motifs qui déterminaient les représentants dans leurs mesures de police, Lindet expose que « la récolte de l'année étant rassurante, les propriétaires et leurs fermiers, fidèles à la Constitution qu'ils ont acceptée, n'oublieront jamais que les productions de la terre sont destinées à la subsistance de tous les hommes; que receler les subsistances^ les accaparer, refuser ou différer de les exposer en vente, c'est se rendre coupable d^ oppression envers le corps social; que ceux qui se sont engagés à garantir leurs propriétés ont droit à la vie; qu'en cas de nécessité, tout citoyen est tenu d'abandonner sa propriété pour l'utilité publique, en recevant une indemnité; qu'à plus forte raison il est tenu d'en céder ou d'abandonner les

productions au besoin le plus pressant de la société, à la charge de l'indemnité ou du payement de la vraie valeur. »

Ces principes économiques, que Lindet n'avait cessé de développer dans sa correspondance au Comité de salut public, servirent de base au décret du 17 août qui ordonnait un recensement général des grains provenant de la dernière récolte dans toutes les communes de la République. — Grâce aux mesures énergiques qui assurèrent l'exécution de l'arrêté du 7 août, les blés reparurent dans les halles de l'Eure et du Calvados.

Rassurés provisoirement du côté des subsistances, les représentants devaient se préoccuper d'assurer le recouvrement des chevaux, harnais, effets d'habillement, d'équipement à Tusage des troupes de la République. En effet, les administrateurs de l'Eure et du Calvados avaient ordonné la levée d'un corps de cavalerie et obtenu le concours, pour cette levée, des départements de rOrne et de la Manche. Chacun des départements avait fourni son contingent d'un escadron et Tavait armé et équipé. Des dépôts et des magasins d'armes avaient été établis en divers lieux, et des remontes organisées dans les quatre départements. Depuis la dispersion des rebelles, le désordre, commencé par l'incapacité et l'incivisme de tous les agents, s'était encore accru : plusieurs dépôts avaient été oubliés ou négligés. Des chevaux dépérissaient abandonnés. Quelques chefs, en prenant la fuite, avaient laissé armes et bagages dans les villages. Des soldats avaient caché leurs uniformes. Il fallait assurer le recouvrement de tous ces effets d'équipement, dont les armées campées sur les frontières du Nord-Est, avaient si grand besoin, empêcher la vente et la dispersion des chevaux et du matériel. Une proclamation du 7 août porta à la connaissance du public un arrêté comprenant 9 articles ordonnant aux municipalités et aux administrations de district, d'adresser sans délai, aux représentants du peuple, des états de tous les chevaux de selle, d'artillerie, de peloton ou de trait qui se trouvent dans leurs localités et qui étaient destinés aux troupes départementales, — des listes de la situation des dépôts, — des propriétaires des dépôts, — des agents chargés de leur garde et conservation. Les propriétaires des dépôts étaient également obligés d'adresser l'état des effets, harnais et chevaux qui se trouvaient dans ces locaux. Ceux qui avaient reçu des chevaux ou des effets des mains des dragons ou des chasseurs en fuite, étaient tenus d'en faire leur déclaration à la municipalité. Ceux qui avaient reçu ou acheté des objets de même nature étaient astreints de les rapporter dans vingt-

[1793] RECOUVREMENT DES ARMES, CHEVAUX, ETC.. IjS

quatre heures au chef-lieu du district. Enfin, on devait considérer et poursuivre comme voleurs tous ceux qui ne se seraient point conformés aux prescriptions de Tarrété '.

Une seconde proclamation du même jour, également suivie d'un arrêté en dix articles ', portait à la connaissance des citoyens qui avaient servi dans l'armée de Wimpffen, l'ordre formel d'avoir à se réunir à leurs corps rentrés dans le devoir et de rejoindre, dans le plus bref délai, avec leurs chevaux, armes, et équipement, tels qu'ils les ont reçus. « Un grand nombre de ces citoyens n'avaient pas eu connaissance, en effet, de la proclamation des représentants du mois de juillet qui annonçait aux égarés qu'en rentrant dans le devoir et en se rendant au poste qui leur était assigné, ils seraient accueillis fraternellement et mis sous la sauvegarde de la loi et de l'armée de pacification. Aussi les représentants, voulant faire renaître la confiance et la sécurité et accélérer le moment où des citoyens égarés encore par la terreur et la calomnie doivent se rallier sous les drapeaux de la République, jugèrent-ils nécessaire de leur rappeler et de leur faire parvenir jusque dans les lieux où la terreur les retenait captifs, les principes sacrés d'humanité et de bienfaisance de la Convention nationale, le dévouement et l'attachement des représentants du peuple à annoncer ces principes. » Tous les escadrons rassemblés dans les quatre départements devaient se rendre à Versailles, et les dragons isolés rejoindre leur escadron. Ceux qui se rendront au poste qui leur est assigné, seront mis sous la protection de la loi et la sauvegarde de tous les bons citoyens : ils seront accueillis et reçus avec fraternité. Quant à ceux qui ne se réuniraient pas au lieu de rassemblement et ne remettraient pas leurs armes, chevaux^ etc., ils devraient être considérés comme voleurs d'effets publics. Une proclamation des représentants concernant le recouvrement des chevaux, des armes et des effets d'habillement et d'équipement des chasseurs à cheval du 16^ régiment, ci-devant 22®, complétait ces mesures '.

Wimpffen avait formé, pour les besoins de sa campagne, une caisse, d'environ quatre millions, qu'il avait confiée au citoyen

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