DIFFICULTÉS POUR REMPLACER LES FONCTIONNAIRES I7I
seins qu'au moment de l'exécution. Je lui exposerai le plan que je me proposais de suivre,
Jl est bien important que vous preniez un parti sur le projet de décret que je vous ai envoyé concernant le mode de remplacer les fonctionnaires publics.
Cette lettre laisse bien voir que Lindet n'était plus en conformité d'idées avec ses deux collaborateurs; il préférait se retirer et leur laisser le soin de la réorganisation des administrations et celui des approvisionnements. Il était aigri, découragé, mécontent des résistances qu'il rencontrait quand il voulait faire arrêter provisoirement tel ou tel coupable. Bonnet, qui était du pays, ne voulait consentir à aucune mesure de rigueur contre ses compatriotes les fonctionnaires compromis, et Du Roy, entraîné par de nombreuses relations, se laissait trop facilement circonvenir par les influences.
Redoutant probablement la faiblesse de ses collègues, Lindet demandait que le peuple nommât immédiatement les administrateurs provisoires ' . a Nous vous adressons, dit-il au Comité de salut public, un projet sévère, mais juste. Nous persistons à penser que les rétractations ne doivent pas être un titre sufiisant pour maintenir dans leur place des fonctionnaires faibles ou lâches : le peuple ne croit pas aux rétractations, ou il craint que ces rétractations ne soient pas sincères. Tout est à WimpfTen à Caen. On ne peut changer l'esprit de cette ville qu'en faisant déclarer tous les bons citoyens contre Wimpffen et en forçant les intrigants souples et adroits à disparaître et à renoncer aux places. j> Il veut, comme on l'a vu dans le projet de décret, appliquer le même système d'élection au département de TEure, pour lequel il n'a rien pu faire encore jusqu'à ce jour, en ce qui concerne le renouvellement des corps administratifs.
Dès le lendemain de ce jour, Bonnet, désireux de se dégager, écrivait à nouveau pour demander lui aussi son rappel ; mais il insistait énergiquement pour faire maintenir à Caen, ses deux collègues, Du Roy et Lindet.
Le Comité recevra, disait-il, citoyens collègues, une lettre des citoyens Lindet et Du Roy, par laquelle ils demandent, l'un et l'autre, leur rappel. Je vous préviens que cette lettre n'est que l'effet d'une petite rixe et d'un moment d'humeur, dont je fus témoin hier. Mais je n'avais garde de penser qu'ils prendraient leur parti aussi brusquement. C'est pourquoi vous agirez, selon moi, très sagement en n'ayant point égard à leur demande. Lindet est un homme un peu difficile. // a le genre nerveux très sensible et
I. Lettre de Lindet, 8 août 1793. Âulard, loc, cit,, V, 3 10.
ne souffre pas volontiers les représentations. Cependant, comme il est grand travailleur et très capable, ce serait un grand malheur s'il était remplacé au moment oii il est au courant de ce pays-ci. Je vous invite donc, au nom du salut public, à prévenir le Comité de ce que je crois devoir vous apprendre pour l'intérôt général et l'intérêt particulier de cette contrée. Quant à moi, je compte incessamment me rendre à la Convention, attendu que je ne me crois pas fort utile ici. Depuis quelques jours, fy suis déterminé par des raisons particulières qu*il est inutile de détailler. D'ailleurs, le décret qui nous est adressé aujourd'hui concernant la démolition du château et le remplacement provisoire des fonctionnaires publics me décide entièrement.
Il n'est guère parlé que des citoyens Lindet et Du Roy, et on m'a rendu un très grand service, car on m'a dispensé par là de contribuer au remplacement; je vous avoue que, quoique du pays, j'aurais été moi-même fort embarrassé de désigner des hommes capables de bien servir la chose publique. Ainsi, malgré toutes les marques de confiance et d'amitié que me témoignent les citoyens que j'ai vus en particulier, je me trouve dans une position fort heureuse de pouvoir être compté pour rien '.
La Convention fit d'abord la sourde oreille à toutes ces propositions ; elle avait confiance dans le patriotisme de ses trois commissaires. Elle savait que leurs difficultés ne porteraient point grief à la chose publique. De leur côté, ceux-ci, négligeant provisoirement la question du remplacement des fonctionnaires ordonnée par le décret du 6 août, étaient forcés par les circonstances de donner tous leurs soins à la question des approvisionnements.
La récolte avait été assez abondante, mais Tavidité des fermiers occasionnait la hausse des prix. Les cultivateurs refusaient de battre les blés et de les porter aux halles. Caen, Lisieux, Falaise, Bayeux manquaient de pain.
Le lundi 7, au matin, il y avait déjà eu un mouvement dans la ville de Caen, au sujet du prix du savon. Les femmes avaient envahi les boutiques des épiciers et voulaient du savon à un prix médiocre. Les représentants se transportèrent dans les rues et sur les places. Le général informé fit monter à cheval Tétatmajor. On dissipa sans armes tous les rassemblements. Un second mouvement, qui devait avoir lieu à midi, à Theure de la halle, fut prévenu par ces sages dispositions. « Nous n'aurions pas pu, disent les trois représentants *, nous flatter d'un état de tranquillité durable, puisqu'il n'y avait plus de pain dans la
I. Lettre du 9 août. Aulard, Recueil des actes du Comité de salut public, V, 5i6.