CHAPITRE II
L'Avocar.
Quand Bertrand s’éveilla, le lendemain, le soleil matinal inondait déjà la pièce, et Louise était debout près de lui. Autour d’elle, les Cconstables se tenaient dans l’attitude du
tragique.
Louise était pâle. On voyait que sa nuit n’avait pas été aussi paisible que celle de Bertrand. Elle Souriait cependant en brave fille qu’elle était. L’inquiétude ne Jui avait pas fait négliger sa toilette. Ses cheveux châtains tordus
Pour femme.
Il fut décidé que Louise et Bertrand acccmpagneraient
au chef de police qu'on n’avait pas voulu déranger la veille. Montant tous trois dans un char électrique, ils furent
Le chef, homme de haute taille, d’allure tilitaire, à moustaches grisonnantes, écouta en silence le rapport de l'agent, puis le récit de Bertrand, et celui de Louise, Un commis sténographiait l’entrevue,
RS Den ssmsnemen atsecm ae ugn var nc out su, ;:
ee EE PE
— Vous n'avez, je crois, rien à craindre, dit le chef, après avoir tout entendu. L'enquête doit avoir lieu ce matin, et il vaudra mieux que vous attendiez ici la sommation du Coroner. Autrement, je serais obligé de faire rapport aux autorités provinciales et vous auriez à comparaître devant un magistrat, ce qui entrafnerait sans doute des formalités et des frais.
—C'est bien, monsieur, dit Bertrand, comprenant que pour quelque temps encore il devait rester virtuellement prisonnier.
Il se retira, avec Louise, dans l’antichambre, où le commis sténographe les avait précédés.
— 1] vous faut un avocat, dit ce dernier à Bertrand.
—Mais je n’en connais nas.
— En voici un, un bo
Il lui tendit une carte portant ce nom :
ROBERT LOZÉ, avocat, 77, rue du Palais.
— Vous pouvez lui parler par le téléphone, ajouta-t-il, voyant que Bertrand regardait la carte d’un air indécis.
—J'irai plutôt le chercher moi-même, dit Louise. Et Prenant la carte des mains de Bertrand, elle s’en alla avant qu'il put répondre.
Arrivée rue du Palais, il ne fut pas difficile pour Louise de trouver l’étude de Robert Lozé, avocat. La rue n’est pas longue, et au numéro 77, suivant la mode de notre noque, à laquelle se soumettent trop d'hommes de pt. mn, le nom du personnage, en lettres d'or, ornait la porte d’entrée, les vitres des fenêtres du deuxième, la muraille de l'escalier et la cloison vitrée du second palier. L'avocat partageait l:s honneurs de cette publicité avec un M. Rémi Bittner, courtier, agent d’affaires, prêteur d’argent, co/ecteur de comptes, etc., comme son enseigne l’indiquait. Le voisinage d’un client aux affaires si multiples devait être une mine d’or pour l’heureux avocat.
ROBERT LOZÉ Ir RE RE ed NN EU
Louise eut tout de suite Pour ce roi probable de la bourse et pour son aviseur, un grand respect, et ce ne fut pas sans émotion qu’elle frappa à la porte.
Dans la première pièce, une jeune fille écrivait bruyamment au clavigraphe, et un tout petit saute-ruisseau, sur les instructions de Louise, descendit du tabouret où il était perché et alla dire à son maître, dans la chambre du fond, qu'une dame désirait le voir.
Elle fut aussitôt admise dans l'étude del’avocat. Celui-ci se leva à son entrée et lui indiqua un siège. Son pupitre était au centre de la chambre et faisait face à la porte. De chaque côté du pupitre se trouvait un fauteuil. Sur celui de droite, s’étalait une robe d’avocat, et un rabat blanc que M. Lozé devait, selon toute apparence, endosser tout à l’heure. Dans l’autre fauteuil était assise une dame élégante, une cliente sans doute, qui avait relevé sa voilette et lisait un papier.
L'avocat pouvait avoir de vingt-huit à trente ans. Assez grand, la figure rasée, les cheveux trop longs et tombant jusqu’au col de sa redingote noire. Malgré sa politesse étudiée et l’apparat du métier dont il s’entourait, on trouvait quelque chose en lui, on n'aurait pas su bien dire quoi, qui n’inspirait pas une entière confiance. Il est une chose admirable chez certains hommes, c’est la réflexion sur le visage et sur toute la personne de la virilité de l’âme, une tranquille fiertée née du sentiment de la dignité et de l’indépendance. C’est la généralisation de cette qualité qui a valu aux anciens Canadiens le titre de ‘‘ peuple gentilhomme.” L'auteur de ce récit, alors qu’étudiant chez monsieur le juge Bossé, à cette époque avocat au barreau de Québec, et continuateur des meilleures traditions de son ordre, a vu quelquefois entrer dans son burtau des cuitiva. : teurs de la côte de Beaupré qui étaient bien véritablement l’incarnation de cette idée d’un Peuple gentilhomme, Vétus.
te TT
mans anne Far >
-son adresse et la pria de l’aller y
n2 ROBERT LOZÉ mm
‘d’étoffe du pays, sans aucune prétention, ils n’en réalisaient pas moins l’idéal qu’on se fait d’un grand seigneur ; idéal
‘qu’on ne trouve pas toujours chez les descendants des croisés,
“qui ne dépend pas entièrement de l'éducation ni de la condition sociale ; qualité toute personnelle, qui seule confère la vraie noblesse et que lord Dorchester a su peindre par un mot immortel.
Peut-être était-ce quelque chose de semblable à cela qui ‘manquait à Robert Lozé.
—Qu'y a:t-il à votre service, mademoiselle, demanda-t-il ?
Louise, un peu intimidée, hésita, et la dame qui jusqu'’a- ‘lors n'avait pas quitté son siège, se leva aussitôt comme pour sortir.
—Ne vous dérangez pas, je vous en prie, s'écria Louise, il n’y a rien de secret.
La dame reprit son fauteuil, pas fâchée peut-être d’entendie ce que pourrait bien dire cette autre jolie cliente.
Alors Louise raconta en peu de mots l'affaire, insistant Surtout sur le danger qu’elle avait couru et sur le dévouement de Bertrand qui, Surpris par un malfaiteur, avait déployé toute sa force pour protéger sc iancée.
La dame avait pendant ce temps examiné attentivement la jeune ouvrière. Son intelligence et sa modestie devaient plaire. Son petit roman lui inspira de l'intérêt. Elle se leva et alla l’embrasser.
—Soyez tranquille, dit-elle, M. Lozé arrangera cela. Votre Bertrand est un héros.
Louise rougit de plaisir et ne répondit que des yeux.
—Quand a lieu l'enquête, fit Lozé ?
—Ce matin, me dit-on.
Après s'être enquis par le téléphone de l'heure de l'en. quête, il s'apprêta à accompagner Louise auprès de Bertrand. La dame, en prenant cougé, donna à la jeune fille
oir avec son fiancé.