‹ Robert Lozé [microforme]Chapitre 22 sur 37 · ONE ET · texte numérisé non relu

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sans répondre à Robert et comme se parlant à elle-même. Voilà pourquoi ce pauvre docteur avait si piteux air lorsqu’il est venu nous voir au printemps dernier. Il me semblait singulier qu’il s’occupât tant de ce jeune homme, mais je croyais qu’il ne s'agissait que de politique. .….

Madame de Tilly suppurtait ce soliloque avec impatience et cherchait à changer de sujet. Ellese mit à parler avec volubilité des écrits de Robert et de la mention faite dans les journaux de sa lutte pour la réforme scolaire. Elle semblait vouloir le placer dans un jour favorable devant sa cousine, mais surtout faire taire celle-ci,

Robert eut soin de ne laisser voir aucune surprise. Mais en Sortant il fit cette réflexion, que certaines choses jusqu'ici inexplicables pour lui dans la conduite du docteur de Gorgendière, lors de la candidature malheureuse du jeune avocat, pouvaient maintenant s'expliquer. Le médecin avait sans doute voulu concaître à fond celui qui avait gagné le cœur de sa fille et qui semblait ambitionner son mandat de législateur. ]1 avait consulté madame de R.., sans doute aussi madame de Tilly. Quel jugement avait-on porté sur celui qui voulait devenir son gendre ? Pas très favorable, ce jugement. Et Robert reconnaissait qu’il avait mérité d’être sévèrement jugé. Eh! bien, pensa-t-il, le père d’Irène devra maintenant reconnaître que je fais de mon mieux pour me rendre digne de sa fille,

Enfin au printemps succéda l'été. Aux premiers jours de la vacance des tribunaux, Robert partit pour rejoindre Irène.

Ce fut avec des sentiments bien différents de ceux de l’an passé que le jeune avocat prit cette fois le chemin de son village natal. Plus d’inquiétudes sordides maintenant, Il fermait son bureau pour un congé prolongé, le cœur gai et sans un vestige de cette crainte humiliante d’être supplanté,

116 ROBERT LOZÉ —————— qui est un des châtiments de la médiocrité. On ve le classait plus parmi les parasites qui se disputent les ruines sociales comme les pillards sur certaines plages se disputent les épaves. Les journaux annonçaient son départ, non plus en manière de réclame, mais comme un fait d'intérêt public. Sa clientèle modeste encore mais solide et honnête, attendrait son retour ; on saurait où !« retrouver au cas de besogne pressée.

Différence très sensible aussi dans l’accueil qu’on lui ferait là-bas. Cette fois, il revenait vraiment au foyer. Le bonheur remplissait son cœur,

A la gare de Saint-Ixe, un groupe nombreux l’attend, et le docteur de Gurgendière vient le premier lui serrer la ma n. Le vieux médecin ne dit pas grand’chese, mais Robert com preud bien ce que signifie cette cordialité,

Voilà sa mère qui lui sourit et Irène qui le regarde avec

orgueil, Toute la famille l'entoure et lui fait compliment sur s1 bonne mine.

Les fiancés se sont éloignés ensemble. Ils marchent lentement à l'ombre de ces arbres témoins de leurs premiers épanchements d'amour.

—Irène, êtes-vous contente de moi ?

—Contente ! Oh, mon ami, comment vous le dirai-je ? Nous sommes tous émerveillés. Moi, j'étais bien sûre de vous. Je l'ai toujours dit à mon père.

—Mais sans le persuader ?

—C'est vous qui l’avez persuadé. Après avoir lu votre plaidoyer dans l’affaire des écoles, il s’est avoué vaincu.

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—En effet, Irène, on dirait que le ciel a voulu me récompenser de l'effort réel que j'ai fait. Tout m'a réussi depuis un an. Encore douze mois de ce succès, et je pourrai vous offrir une aisance dont nous n’aurons pas à rougir.

— Nous n’aurons jamais à rougir l’un de l’autre, Robert,

— Non, chère Irène. Laissé à moi-même, j'étais aveugle. Aujourc aui encore je ne vois que par vos yeux. C’est Pourquoi je veux ne jamais m'éloigner de leur lumière.

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