‹ Robert Lozé [microforme]Chapitre 27 sur 37 · PE · texte numérisé non relu

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ROBERT LOZÉ 127 Tr ttes cs bonne grâce à la Curiosité évidente de ces dames, Auprès du feu que la fratcheur du soir rendait agréable, ils causèrent d'aventures variées,

Dampierre avait été Chasseur. toute sa vie, Dès l’âge de douze ans, il avait suivi son père qui faisait la traite des fourrures pour le compte de la compagnie de la baie d'Hudson. Plus tard, le fils avait abandonné cette manière de disposer des produits de sa chasse. À Québec, on commençait à préparer les fourrures pour le commerce. 11 trouvait là des prix meilleurs, il y rencontrait des sportsmen qui retenaient ses services en qualité de guide, De cette façon, il s'était amassé un petit avoir qui suffisait à ses modestes besoins. Il avait bien alors songé à s'établir, à prendre femme, mais le séjour des villes ne Jui plaisait guère. Pour quelques jours, pour quelques semaines, passe encore, Mais

et de juge de paix, et plusieurs aides sous ses ordres C'était précisément ce que Dampierre désirait. I] accepta avec em- Pressement et s'installa sur-le-champ dans son nouveau domaine.

Peu à peu sa demeure était devenue un point de repère dans la contrée et même quelquefois un lieu de réunion. I1 faisait rarement maintenant de grandes chasses, mais les chasseurs venaie: t à lui, et il jouissait périodiquement de la société d'hommes cultivés.

Souvent aussi, le petit plateau se couvrait de wigwams Montagnais, Un peu de traite Jui était profitable et empêchait l'ennui de le gagner.

— Oui, dit-il en réponse aux questions que lui posait Alice, j'ai été guide et explorateur en même temps que cha-seur. Souvent j'ai conduit des missionnaires, des sa-

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vants et des commerçants jusqu’au cercle polaire. J'ai parcouru également le Nord-Ouest et l’Alaska. J'ai connu Juneau, j'ai accompagné Mercier, et j'ai recueilli des pépites au Klondike, bien avant la fièvre de l'or.

— Vous avez manqué là une belle occasion de vous enrichir.

— Peut-être. Mais vous devez comprendre que nous ne connaissions rien en fait de mines, que’nous n'avions ni provisions ni outils. Du reste, le travail du mineur est bien pénible et nous n’y étions pas habitués. J'ai dû, dans le cours de ma vie passer à côté de bien d’autres richesses. Mais que voulez-vous, lorsqu on n’a pas l'avantage de l’instruction, on ne comprend pas aussi bien les choses. D’autres ont depuis amassé des trésors, là où je n'avais vu, comme les Indiens, que des lacs et des grands bois, où se cachaient les animaux dont nous vendions la fourrure pour un peu de lar ‘ et de farine, de poudre et de plomb.

—Connaissez-vous les Etats-Unis ?

—Je suis ailé chasser dans les plaines de l'Orest, en passant par Chicago qui, à cette époque, ne ressemblait en rien à la grande méropole d’aujourd’ hui.

—Les plaines de l'Ouest ! mais je les connais aussi, dit Alice. Je voudrais bien savoir ce que vous en pensez.

—Ce ‘voyage-là a failli être mon dernier. Le pays, à l'époque dont je parle, était dangereux. La population, qui commençait à y devenir relativement nombreuse, était encore insuffisamment protégée par la loi.

Deux jeunes Français m'avaient retenu pour guide et nous avions chassé ici tout un été. L'année suivante, ils voulurent suivre le bison dans les plaines et ils me demandèrent de les accompagner, parce que je comprends l’anglais, et aussi un peu parce que nous étions devenus des amis.

Les hardes de bisons, maintenant dispurues, se faisaient étaient déjà rares. Nous dûmes voyager jusqu’au bout de

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la ligne inachevée du Northern Pacific qui se terminait dans la prairie. Il s'était formé, autour de ce terminus temporaire, l'ébauche d’une ville. Une population féroce se massait là, sous des abris de toile ou de planches, quelquefois à la belle étoile. C'était l’écume du continent, grossie encore d’un grand nombre de métis et d’autres hybrides vivant de rapine et, à l'occasion, de meurtre. Av dehors campaient les Sioux, plus sanguinaires encore, mais moins dangereux, étant plus connus et mieux surveillés. Toute cette population était tenue en respect par un détachement de soldats dout l’autorité ne s’étendait pas plus loin que la portée de leurs fusils. Les officiers nous offzirent l'hospitalité.

Nous avions à compléter nos approvisionnements, à acheter des chevaux et à choisir des guides KE: c'était 1à le plus important, car de ce choix devait dépendre le succès de notre expédition. Les officiers du poste nous conseillaient d'attendre, car ils ne connaissaient personne qu’ils pûssent nous recommander. J'étais üe leur avis, comprenant toute l’imprudence qu’il y aurait de confier nos biens et notre vie à des inconnus sortis d’un pareil mifleu Mais mes compagnons, impatien:s et ne se rendant pas compte du danger, s'abouchèrent avec deux métis mexicains qui leur promettaient des merveilles. Ils étaient d’ailleurs séduits par la justesse extraordinaire de leur tir avec la carabine et le revolver. Au galop de leurs montures, cts hommes pouvaient atteindre d’une baïle une pièce de monnaie lancée dans l'air.

—Surveillez-les bien. Telle fut la dernière recommandation que nous fit le commandant du poste

Nous voilà donc partis, cinq cavaliers avec vingt chevaux de somme et dix de relai. Nos armes étaient excellentes ; nous portions des approvisionnements pour un mois.

Les premiers jours de notre voy. ge se passèrent sans incident notable ; nous ne trouvâmes pas de bisons. Chaque

soir nous dressions la tente, autant que possible près d’un Cours d’eau, Nous allumions de grands feux, quand nous trouvions du combustible sous la main, car les nuits sont. froides dans la prairie Les chevaux 1âchés allaient brouter librement, à l’exception d’un seul que nous tenions attaché, afin de pouvoir nous en servir le matin pour faire " rentrer les autres au camp. C'était mon propre cheval que je tenais attaché et c’était moi qui ramenais les chevaux. Je n’aurais pas voulu confier cette besogne importante à de tels guides.

Depuis quatre jours nous voyagions ainsi, lorsque nos. deux guides se prirent de querelle. Les revolvers étaient. armés et le sang semblait sur le point de couler lorsque nous téussimes à maîtriser et{à désarmer le plus furieux. Celuici ne nous pardonna pas notre intervention. Il s’élança surson cheval et s’éloigna au galop en jurant vengeance contre nous et contre son compagnon.

Cet incident me fit redoubler de vigilance. Plusieurs circonstances me portaient à soupçonner que cette querelle: n’était qu’une feinte et que les deux métis ourdissaient contre nous quelque‘ sinistre conspiration. Mes ‘:ompagnons, malheureusement, ne partageaient pas ma défanceet j'étais seul à veiller. Pendant quarante-huit heures, je fermai à peine l'œil. Mais la troisième nuit, vaincu par le sommeil, je m’assoupis, le licou de mon cheval passé à mon bras. N

Tout à coup je me sentis vigoureusement poussé. J’ouvris les yeux, Il faisait grand jour. Les deux jeunes français me réveillaient. Ils paraissaient fort inquiets. Je ne tardai pas à comprendre la cause de cette inquiétude, A l'exception du mien toujours à mes côtés, pas un cheval n’était en vue. Le second guide avait dû décamper pendant la nuit, poussant toute la troupe devant lui.

Si le chameau est le vaisseau du désert, le bronco est 1e

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