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Chameau de la prairie. Sans chevaux, que faire dans ces immenses plaines? Dans ces conditions, la mort peut être plus ou moins lente à venir, mais elle est à peu près certaine. 11 fallait donc retrouver nos chevaux ou mourir.
Mon parti fut bientôt pris.
—Je pars à la recherche des voleurs, dis-je à mes compa- &nons. Si dans deux jours je ne suis pas de retour, ne m'atteudez plus. Je serai mort, Orientez-vous alors à l’aide de la boussole et tâchez de regagner le poste que nous avons quitté
Mes amis comprennent enfin toute la gravité de la situation, et bien qu’ils n’aient pas de montures, ils insistent pour m'accompagner. Mais je leur enjoins de demeurer au Camp. Pour accomplir mon projet, il me faut être seul, il est urgent surtout que j'agisse promptement. Ils promettent de m'obéir et ils me laissent partir.
Quant à moi, je monte à cheval et je fais un large circuit autour du camp pour retrouver la trace des voleurs. Cela n'est pas difficile, la piste étant très distincte. Je puis même m'apercevoir que deux cavaliers ont poussé devant eux la troupe de chevaux.
Cela confirme mes soupçons antérieurs. Les deux métis agissaient de concert et leur querelle n’avait été qu’une feinte. Ils n'ont, du reste, pris arcune précaution pour Cacher leur marche, ne se doutant pas que je sais suivre une piste en plaine ou sous bois avec toute la sûreté d’un Indien.
Pendant toute la journée, je suivis cette piste au petit ‘ &alop que mon bronco soutenait sans fatigue. Vers le soir, j'aperçus une ligne de saules indiquant une rivière et audessus des arbustes, une fumée montant comme une colonne brune dans un ciel calme et sans nuage.
C'était l'ennemi.
Je descendis de mon cheval et je l’attachai. Puis, je me glissai comrie une Panthère dans l'herbe baute d’abord,
“ensuite dans les broussailles bordant la rivière. J'avais soin de me tenir bien au vent de la fumée qui me guidait, car le moindre mouvement d'inquiétude de la part des chevaux, dont ils devaient être entourés, aurait donné l'éveil aux bandits.
J'arrive enfin à bonne portée de mes deux drôles. Ils sont là, bien visib'es dans la clairière où ils ont installé leur camp. L’un, penché sur le feu, prépare le café ; l’autre, couché sur la berge roule une cigarette, à la mode mexicäine. Plus loin dans la plaine et de l’autre côté du ruisseau, toute la troupe de chevaux broute paisiblement, C’est une scène pastorale qui ne rappelle en rien la violence et le crime... à distance et lorsqu'on ne voit pas l'expression sinistre des deux hommes qui sont là.
J'épaule ma carabine.
Ce n’est pas la crainte qui fait battre mon cœur et qui baigne mon front de sueur. Souvent ainsi, à l'affût, j'ai tiré le gros gibier. Toujours la ba!le a atteint son but. Le Coup part, l’animal bondit et s’affai-se dans une petite mare de sang. Mais, mes amis, je n’avais jamais tué un homme Que Dieu vous épargne une pareille expérience ! En ce moment-là, il me semble que je vais commettre un assassinat. Je voudrais crier à ces deux hommes : défendez-vous ! Mais je ne dois pas le faire. Ces hommes sont d’atroces bandits. ui nous ont volé nos chevaux pour nous faire moutir, et achever plus sûrement leur œuvre de pillage et d’homicide quand nous serons trop affaiblis pour nous défendre. Ils. sont tellement habiles dans l’art de tuer, que je n’aurais pas même une chance de vie contre eux deux. KEt même enles. prenant, comme je ie fais, par surprise, si je ne tue pas du premier coup, je serai certainement tué. Ma mort entratuera fatalement celle des jeunes étrangers qui se sont confiés à moi.
Tout cela passe dans mon cerveau comme un éclair et me
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ROBERT LOZÉ E . 133 mm dicte mon devoir. Je l’accomplis, Caui qui préparait le café tombe sous ma première balle, la face dans le feu. Son compagnou, prompt comme la pensée, ajuste la fumée de mon Coup. Une balle siffle à mon oreille, Mais au même instant et avant qu’il puisse se dérober sous bois, le second bandit râle à côté du premier. Je me précipite, je le relève. Il me repousse et meurt en blasphémant.
Seul en présence de ces dux cadavres, je tremble comme un meurtrier. Aussi je me hâte de rassembler les chevaux et je les pousse vers le Camp. Ce n'est qu'à la vue de la joie rayo nant sur la figure de mes excellents compagnons que je retrouve ma tranquillité h .bi’uelle.
Nous couchâmes les Corps des deux bandits dans une même fosse, avec leurs armes et leur argent. Nous ne primes que leurs Papiers, que nous remîmes au commandant du poste, à notre retour.
— Et quelle réception vous fit-on ?
— On nous félicita d’avoir purgé la région de deux fléaux
dont on soupçonnait depuis longtemps les crimes sans pouvoir les prouver.
Il était déjà tard. Le feu n’était plus qu’un monceau ardent. La lune avait disparu.
— Avez-vous idée de l’ heure, mesdames ? demanda Jean, montre en main.
—Je sais qu’il passe minuit, fit Dampierre en examinant le firmament, qui offrait un Coup d'œil éblouissa t. Parmi les constellations qui se détachaient nettes sur le ciel noir, on voyait distinctement tracé l'arc gracieux de la couronne du nord scintillant entre Véga au zénith et Arcturus au midi.
— Voilà Bérénice aux longs cheveux, dit Irène. Elle semble attendre, au septentrion, pour qu’on pose cette couronne sur sa tête poudrée d'étoiles.
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—Voyez-vous, fit Robert, cette modeste étoile à l'horizon. ‘C’est la lampe de la Vierge. Autrefois, elle s'appelait la Justice et elle habitait la terre, mais les hommes l'en ont Chassée. N'est-ce pas plutôt celle-là qu’il convient de couronner ?
L'on dit adieu au chasseur et l’on descendit jusqu’au canot. Les voyageurs s’embarquèrent, et, emportés par le courant, ils disparurent dans l’ombre. Longtemps ils virent sur la berge, sous le flambeau qu'il tenait à la main, la vague silhouette de Dampierre immobile, les yeux fixés sur la trace lumineuse de leur sillage.