‹ Robert Lozé [microforme]Chapitre 30 sur 37 · ROBERT LOZÉ A · texte numérisé non relu

ROBERT LOZÉ A

» industrielle et quelque grande idée.

L'industrie et le commerce firent Successivement de Carthage, des comptoirs grecs, de Venise et de Gênes, les arbitres du monde. Ce sont eux, avec l'appui plus solide

d’une nombreuse classe agricole, laquelle est, on peut le dire, le Champ de recrutement du génie, qui firent Ja puissance plus durable de Pays modernes tels que la Hollande et l'Angleterre, Ce sont eux aussi qui feront notre puis- | sance à nous Canadiens-trançais. Sans eux, nous serons . toujours dans linfériorité, non point par l'intelligence, mais Par l'instruction et la richesse, c'est-à-dire au point de vue . de l’influence sociale et poli:ique.

— Voilà, dit Irène, une belle doctrine. Seulement, je voudrais bien savoir comment les pauvres Canadiens-français qui n’ont que leurs terres et leurs têtes, vont se

Pays, comme la vôtre, Par exemple ?

—Comment ai-je commencé, Irène ?

— Avec une belle invention. Mais c’est là une exception. — Et si j'étais devenu inventeur en restant au Canada, Croyez-vous que cela m'aurait beaucoup profité ?

— Il est certain que vous n’auriez pas obtenu les inêmes encouragements,

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—J'aurais passé pour un excentrique parce que bien peu de gens auraient été en état de me comprendre, Ce que j'avais là, c'était pourtant un grand capital. Combien de jeunes gens dans notre pays, et de mieux doués que moi, ivégètent dans l'obscurité, faute d’être compris. Et qui ‘pourra dire le désespoir de ces infortunés, méprisés par une ‘foule de gens qui leur sont inférieurs, mais auxquels l’ignorance presque générale donne le pas. Voilà, n'est-ce pas, “beaucoup de capital perdu qu’il serait urgent de mettre en waleur.

—Vous me faites penser a:1x rats de la fable. La difficulté ivsurmontable, c'est d’attacher le grelot.

— Il n’y a qu’une seule difficulté, c’est de vaincre le pré: jugé. Nous y parviendrons en répandant l'instruction, surtout l’instruction industrielle parmi les écoliers, parmi les ouvriers, parmi tous ceux qui désirent pousser plus loin leurs études. Que les choses du dévoloppement industriel deviennent familières à tous.

—Mais à quoi servira toute cette science si nous manquons

de capital ?

-—Vous croyez donc, Irène, que nous manquons de capital ?

-—C'est du moins ce que tout le monde dit.

—Ne dit-on pas aussi que nous avons des richesses natu-

relles immenses ?

—Sans doute.

—N'avons-nous pas aus:i l'avantage inappréciable d’un “gouvernement provinvial autonome dont l’unique devoir en

- ce moment est de développer ces ressources ?

—Je l’admets.

—Si nos richesses sont immenses, et si nous possédons l’organisation qu’il faut pour les mettre en valeur, comment pouvons-nous manquer de capitaux ?

—C'est un capital non développé qu’il est impossible de mettre en valeur sans argent, dit Robert, venant au secours

d'’Irène.

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— Dites plutôt que possesseurs de grandes richesses, nous n'avons pas encore appris À nous en servir. Le monde entier, l'Europe surtout, est là avec des capitaux disponibles qui attendent des placements. Notre Souvernement tient des richesses nationales inépuisables qui lui permettraient d'em- Prunter presque à l'infini. Dès lors, il serait facile de mettre ces capitaux entre les mains des Canadiens qui offriraient les gar: ‘ies d'instruction, d'habileté et de conduite nécessaires. (. fait l'Angleterre lorsqu'elle a fondé sa banque nationale? u’a fait Napoléon en fondant la banque de France? Qu'ont fait tous les pays industriels du monde, sans en excepter les Etats-Unis ? Partout les pouvoirs publics sont venus en aide aux citoyens, lorsque l'opinion et la nécessité les poussaient vers les carrières productives de la richesse matérielle. Les moyens adoptés ont pu varier quelque peu, mais au fond, c’est le même prircipe qui a partout prévalu. Et dans chaque cas, la richesse publique en a été centuplée, la population et la puissance de l'Etat augmentant dans les mêmes proportions.

La province de Québec peut faire de même. Elle a tout ce qu’il faut pour devenir un des grands peuples industriels du monde, puisqu'elle a pratiquement le monopole des bois d'industrie. Elle a un gouvernement autonome qui peut mettre en valeur ce domaine ou aider aux particuliers à le faire. Un tel mouvement serait favorablement a:cueilli par la métropole. Si les Cana liens-français libres ne savent pas exploiter les richesses de leur province, s'ils se laisse. . supplanter par d’autres, ils auront mérité le sort qui les attend,

—Quant à moi, dit Robert, j'ai la confiance que, en cela comme en tout le reste, nos compatriotes se montreront dignes de leur passé. Elles n’est pas morte cette pensée profonde qui leur a permis de s’ affranchir de tant de jougs. qui semblaient devoir les écraser. Les jou’s les plus sombres. sont maintenant passés, les luttes de l'avenir seront moins

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