‹ Robert Lozé [microforme]Chapitre 29 sur 37 · PROPOS DU BORD · texte numérisé non relu

PROPOS DU BORD

L'incident relaté au chapitre précédent fit le sujet des: longues conversations du bord. Jean admirait la force devolonté de cet homme qui avait su dompter ses sentiments. pour accomplir son devoir. Il est rare, disait-il,‘que les. hommes féroces ou cruels soient vraiment courageux. Cruauté et lâcheté sont presque des synonymes. Le vrai courage, c'est celui de Dampierre. Il n’a recours à la forceque lorsque c'est inévitable, mais dans l'exécution de son devoir est il inflexible.

Alice s'était éprise de cette apparition poéiique d'um homme d’un autre âge.

— Il est bien regrettable, disait-elle, que nous ne rencontrions plus de ces types-là. Décidément, nous dégénérons.

—Ma chère, répondit Jean, nous vous remercions du compliment que vous nou: faites. Seuleme nf, vous vous trompez. Nous changeons, mais nous ne dégénérons pas, } uisquenous nous adaptons aux conditions nouvelles d'une civilisation plus compliquée.

Dampierre, tel que nous l'avons vu, est en retard de cent ans. Prenez cet homme, ce chasseur qui vous paraît si noble et qui l’est véritablement : placez-le dans un milieu. moderne et faites qu’il dépende de son travail pour vivre. Que deviendra-t-il? Dans de telles conditions, il devrait se contenter d’un travail bien humble, car il lui serait complètement inutile de savoir tuer des caribous ou prendre des.

NN renards au piège. I! .erait arx hommes d'aujourd'hui ce que nous serions, nous, aux hommes de demain. Et il nous fait voir quel serait notre sort dans quelques années, si nous ne nous hâtions pas de nous mettre au courant et même à la tête de tous les progrès. Nous ne tomberons jamais du rang élevé que nous OCCUpons parmi les peuples faute de talents naturels. En effet, si vous prenez notre ami Dam-

pierre, accoutumé dès l'enfance aux choses de la civilisa-

tion, si vous lui supposez les mêmes aptitudes natives, mais

développées par l'instruction et l'entraînement qui convien-

nent à notre époque, alors ses qualités extraordinaires, qui,

Sans cette préparation lui seraient inutiles deviendraient une

force irrésistible. Cet homme serait au premier raug dans la

vie civilisée comme il l’est dans la vie sauvage.

L'histoire nous offre à chaque page des exemples de ce que j’avance, Et dans ces derniers temps nous en avons vu une confirmation frappante et qui nous touche d’assez près. C’est une leçon sérieuse dont nous ferons bien de profiter. Ce qui a fait le malheur des Boers d'Afrique, c'est qu'ils se sont refusés au progrès. Avec d'immenses ressources minières et industrielles, ils auraient pu rendre leur pays extrêmement riche et d’un Commerce puissant. Leurs relations se seraient étendues Par toute la terre. Ils auraient trouvé, s’ils avaient ainsi fait, dans tous les pays du monde, sans en excepter l Angleterre, des amis intéressés au maintien de la paix. L'influence collective de ces intérêts aurait retenu la main du gouvernement anglais; car les intérêts financiers sont irrésistibles, aucune Puissance n’est assez forte pour les Contrecarrer bien longtemps. Mais les Boers se refusèrent à l'effort qui était la condition de leur indépendance. Ils préférèrent rester pasteurs. Ils laissèrent aux étrangers l’exploitation de leurs mines et de leurs ressources. Le gouvernement boer se contenta de profiter des circonstances pour prélever un tribut sur ces étrangers. Cependant, les compagn'es mi=

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