‹ Robert Lozé [microforme]Chapitre 8 sur 37 · CHAPITRE VI LE PKINIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI LE PKINIRE

L'enquête faite sur le compte de Louise et de Bertrand fut tout à leur honneur. Madame de Tilly en fut bien aise et s'oc:upa de hâter le dénouement de leur petit roman. Elle croyait avec raison qu'il ne serait pas très difficile de procurer de l'emploi permanent pour cet excellent ouvrier. Cet incident, du reste eut des conséquences plus é‘endues. pour les personnages de cette histoire.

Robert Lozé, élevé à la campagne, où le vrai dénuement: est ext'êmement rare, se trouva, par suite de cette enquête, pour la première fois, en présence de grandes misères. hür:uincs Il en fut d'autant plus frappé qu'il en avait jusque là À peine soupçonné l'existence et que les malheureux n'avaient été pour lui que des victimes plus ou moins exploitables. Plusieurs cas de détresse qu'il signala à. madame de Tilly inspirèrent à celle-ci le désir de les soula- .8er. Elle finit par étendre le cercle de ses charités qui jusqu'alors s'étaient bornées à des souscriptions, qui ne sont pas la vraie charité, la vraie charité qui console en même temps qu'elle soulage. S'apercevant que, grâce à la satisfaction intime que donnent les bonnes œuvres, sa vie ne serait plus vide et sans but, elle en fut reconnaissante à Lozé et elle prenait plaisir à l’associer à son travail charitable, puisque c'était à lui qu’elle en devait en partie l’idée.

Souvent ils partaient ensemble à la découverte et leurs: courses ne se bornaient pas toujours à la ville. Vers l’automne, lorsque la Campagne canadienne revêt la riche parure

que Kreigoff, peintre sans étude, a néanmoins, le premier, su fixer, Adèle suspendait de temps à autre le cours de ses charités, pour errer dans les villages et satisfaire sa manie de collectionceur. Avec quelques amis, et Robert était souvent du nombre, elle s’aventurait ainsi assez loin. C’est pendant une de ces promenades qu’il survint un incident qui contribua à hâter la transformation lente qui se faisait dans l'âme et les idées du jeune avocat, comme le rayon de soleil fait tout d’un coup éclore le bourgeon. Le sublime d’une existence qui tend vers l'idéal devait bril'er aux yeux de celui qui n'ait cru qu'aux petitesses de la vie. Sans doute il est un just: milieu où l'idéal et la pratique se confondent pour former presque la perfection. Mais avant d'être témoin de cette quasi perfection, le jeune homme devait voir les deux extrêmes.

Ils se trouvaient dans un village, où, à quelque distance d'une église gothique très grande en apparence pour un aussi modeste harieau, s'élevait une chapelle neuve en pierre de taille. A. l’intérieur, qui était inachevé, on remarquait dans un ccin un monceau de béquilles : au dehors, quelques planr es abritaient ce qui semblait être une grande statue en bcis. Cherchant des yeux quelqu'un qui pourrait leur expliquer la raisor d’être de ce second temple, ils avisèrent un vieillard à longue barbe blanche, vêtu d’une blouse bleue tachée de peinture. 11 se tenait à la porte d’une | maison petite, basse et blanche, entourée d’un jardinet.

—Un peintre ! s'écria Adèle, surprise.

Le vieillard s’avança en souriant.

— Entrez, mesdames, entrez, monsieur, dit-il.

C'était en effet le peintre P., copiste de maîtres et qui en ce genre fut peut être l’égal de Falardeau, mais avec une moindre renommée. Il les reçut avec une bienveillance paternelle, paraissant se réjouir de trouver à parler à des

gens un peu plus conuaissants que les villageois. Voyant

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