‹ Robert-Macaire; drame burlesque en quatre actes, prIecédé de L'auberge des adrets; prologue en deux parties de MM. Benjamin Antier, St. Amand, Frédérick-Lemaitre et Paulyante [pseud.] RemaniéChapitre 10 sur 87 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mêmes, PIERRE, il entre enchantant.

RÉMOND, mettant la main sur la bouche de Pierre.

Monsieur Pierre, notre chambre sera-t-elle bientôt prête?

BERTRAND, l'imi-failt.

Monsieur Pierre notre chambre. sera-t-elle bientôt prête ?

PIERRE

Dans l'instant, messieurs, ne vous impatientezpas.

Il n'y a rien qui presse.

PIERRE, allant mettre la clé à la porte du cellier.

C'est que, voyez-vous, j'ai tant d'occupations ici !,..

20 ROBt:RT-MACAIRE

RÉMOND

En effet, votre auberge me paraît assez achalandée.

BERTRAND, à part.

Il n'y a personne.

RÉMOND

.\h ! ça, je fais nne réflexion ! Si nous pouvions vous être utile à quelque chose... disposez de nous, monsieur Pierre... Trop heureux d'être agréables à un aussi galant homme... Car vous me faites l'efTet d'un parfait galant homme. (A Bertrand ) Est-ce que monsieur ne te fait pas cet efl'et là ?

BERTRAND

Si, il me fait cet effet-là !

RÉMOND

Voyons, cher ami, donne donc une poignée de main à monsieur Pierre!...

Bertrand s'empresse d'obéir à Rémond.

PIERRE

Oh! merci, messieurs, je vais simplement chercher àTentrée de ce cellier un panier de vin vieux pour les fiançailles.

RÉMOND, à Bertrand.

Occupe-le un moment. (Haut.) Monsieur Pierre, voici mon honorable ami qui voulait vous demander pourquoi... ça lui avait paru assez cxtraordinaii-e au premier ohord.

BERTRAND

Oui, j'avoue qu'au premier rabord... mais au second rabord... Qu'est-ce que je voulais dire? 11 r garde Rémond qui a enlevé la clé de la porte du cellier et

qui la lui montre.

BERTRAND

C'est fait ! (A Pierre.) Je n'ai plus besoin de vous... Allez, on vous appelle.

PIERRE, étonné.

Ah ! (11 va au cellier ) Tiens ! la clé n'y est plus !

RÉMOND

Qu'avez-vous donc ?

PIERRE

C'est la clé de cette porte' que je ne trouve pas

RÉMOND

On vous a pris une clé ?

PIERRE

Oli ! non ! Il n'y a pas de voleurs ici !

Peste !... Nous aimons à le croire.

BERTRAND

Nous nous Diaisons à le croire.

RÉMOND

Ah! ça, dites-moi donc, monsieur Pierre, qu'estce que vous parliez donc de voleurs? Est-ce que votre auberge ne serait pas sûre ? Nous irions coucher ailleurs.

Ils ont l'air de vouloir sortir.

BERTRAND

Allons-nous-en, s'il y a des voleurs !

PIERRE

Restez donc, messieurs, je vous prie. Je la trouverai dans un autre moment. Je vais chercher le trousseau.

11 sort.

RÉMOND, bas.

11 va apporter le trousseau... celui des doubles clés!

Il passe à la table.

BERTRAND et RÉMOND, chantant.

Fleuve du Tage Je fuis tes bords heureux A ton rivage Heureux J'adresse mes adieux Ta ta ti...

PIERRE, qui est rentré, les a enlendu chanter. Il a un trousseau de clés à la main.

Bravo ! bravo ! bravo! Ah ! messieurs, vous pouvez vous vanter d'une chose, c'est de m'avoir fait passer un moment bien agréable... Vous chantez comme des cygnes!. . . Ah ! la clé du cellier, c'est celle-ci. (L dépose le trousseau sur la table et prend son panier.) Dites donc, messieurs, vous disiez tout à l'heure : si nous pouvions vous être utiles à quelque chose...

RÉMOND

Eh bien ?

PIERRE

Ayez donc la bonté de m'éclaircr.

RÉMOND

Comment donc!.. Marquis, éclaire M. Pierre.

p lERRE, saluant.

Ah I messieurs!...

RÉMOND, à part.

Ne perdons pas une minute !

11 va à la table oià est. déposé le trousseau.

PIERRE, dans le. cellier.

Eh ! j'y vois pas ! Vous ne m'éolairez pas I Bertrand regarde au travers d'une bouteille s'il y a du vin. Il boit.

RÉMOND, à Bertrand.

Comment, brigand, pendant le travail tu te livres à la boisson ? (U décroche la clé.) Je la tiens !

BERTRAND, sor'ant du caveau.

Quoique vous tenez?

RÉMOND, lui montrant la clé du caveau qu'il tirj de sa poche.

La clé du caveau.

PIERRE

Et moi qui l'a sarohée partout... Oia donc que vous l'avez trouvée ?

Là, sur cette table ! Il ne faut pas que ça vous étonne, monsieur Pierre ! Des fois, on cherche des lunettes dans sa poche et on les a sur le nez!

PIERRE, riaut.

C'est vrai ça, des fois on cherche sos lunefiea sur sa poche, et on les a dans le nez I

RÉMOND

Dites-moi donc un peu, M. Pierre, est-ce que par hasard nous aurions des distractions, est-ce que nous serions amoureux?

BERTRAND

Vous avez quelqu'un ?

PIERRE

Moi? Mais non, monsieur.

Tournez-vous de ce côté... Vous ne voyez rien? (lUui prend une bouteille.) Comment, vous ne voyez pas le trousseau que vous oubliez sur la table?

PIERRE

Ah ! étourdi que je suis !

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