‹ Robert-Macaire; drame burlesque en quatre actes, prIecédé de L'auberge des adrets; prologue en deux parties de MM. Benjamin Antier, St. Amand, Frédérick-Lemaitre et Paulyante [pseud.] RemaniéChapitre 4 sur 87 · RÉMOND, BERTRAND · texte numérisé non relu

RÉMOND, BERTRAND

Leurs vêtements sont couverts de poussière. Rémond porte un large bandeau noir qui, en lui couvrant un œil, lui cache une partie de la figure.

RÉMOND

Enfin, nous approchons de la frontière !

BERTRAND

Je n'en suis pas fâché ! Depuis deux jours que nous nous sommes échappés des prisons de Lyon, je suis dans des transes continuelles ! Ces .maudits gendarmes couvrent toutes les routes, en avant, en arrière, et ils vous regardent!...

RÉMOND

Bah! la moindre chose te fait trembler comme une femme !

BERTRAND

Oh ! ça, j'avoue en toute humililé que je suis encore à cent lieues de ton audace et de ton effronterie !

RÉMOND

Mon assurance écarte les soupçons. Et d'ailleurs, qu'avons-nous à redouter? Ce bandeau me rend méconnaissable. Nous avons fait trop grande diligence pour craindre les ordres qu'on auraitdonnés pour nous poursuivre, et de plus nous avons des passeports...

BERTRAND

Que nous devons à nos petit talents.

RÉMOND

Et qui nous ont été fort utiles !

BERTRAND

Sans doute! Mais j'éprouve un frisson involontaire toutes les fois qu'il faut les exhiber... Ces damnés gendarmes vous examinent avec une attention bien faite pour troubler une conscience non nette-

RÉMOND

Il est vrai que je n'ai pu me défendre d'un certain mouvement d'effroi lorsqu'à la dernière brigade, ce maréchal-des-logis a examiné si attentivement nos papiers. Je l'ai vu me toiser des pieds h la tête, se oencher à l'oreille de son camarade...

BERTRAND

Oh! je n'avais pas une goutte de sang dans ma poche.

RÉMOND

Par bonheur, j'ai fait bonne contenance et il nous a laissé continuer notre route.

II chante.

Et vogue la nacelle Qui porte mes amours

Dis donc, mes amours, je voudrais être en lieu de sûreté.

RÉM OND.

Avant peu, nous aurons gagné le Piémont

BERTRAND

Jusque-là, je ne serai pas tranquille.

RÉM OND.

Nous voilà dans l'auberge dont je t'ai parlé, l'auberge des Adrets ! Nous allons nous y arrêter !

BERTRAND

Arrêter !... On veut nous arrêter !... qui ça ?

RÉMOND

Mais non ! C'est ici que je propose de nous arrêter...

BERTRAND

Ah ! bon! Toutes les fois que j'entends prononcer ce mot-là... Alors tu connais le pays ?

RÉMOND

J'y ai travaillé dans le temps I

BERTRAND

Dans ce cas, on peut te reconnaître ! C'est d'une imprudence !

RÉMOND

Toujours ton refrain habituel ! (Il lui prend la main.) De l'audace ! (l^ui frappant sur l'épaule.) et de l'aplomb

BERTRAND

De Taudace ! de l'audace!... Tu ne doutes de rien, toi!

RÉMOND, frappant sur la table.

Garçon !

BERTRAND, l'imitant.

Garçon !

RÉMOND, faisant sauter sa canne.

Garçon! Garçon!

BERTRAND, faisant sauter son parapluie. Garçon ! Garçon !

RÉMOND

Garçon! Garçon ! Garçon!

BERTRAND

Garçon ! Garçon ! Garçon !

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