RÉMOND, BERTRAND, PIERRE
BERTRAND, à Pierre.
Ici, mon ami!
PIERRE
Que demandez-vous messieurs ?
RÉMOND
Fais-nous servir de quoi se rafraîchir.
8 HORERT-MACAIRE
BERTRAND
Oui, de quoi nous rafraîchir et puis manger un morceau.
RÉMOND, à Bertrand.
Tu as donc faim ?
BERTRAND
Oui j'ai faim... T'as pas faim, toi ! ^A Pierre.) Que qu't'as?
PIERRE
Hein?
BERTRAND
Que qu't'as ?
PIERRE, à Rémond
Qu'est-ce que dit donc votre camarade ?
RÉMOND
Mon noble ami te demande ce que tu as h nous donner à manger.
PIERRE, riant.
Ah! oui! quoi qn'Jai.... Y dit : que qu't'as.
RÉMOND
Alors, qu'est-ce que tu as h. nous donner à manger ?
PIERRE
Une bonne omelette au lard.
RÉMOND, regardant Rémond, fait la grimace. Des omelettes! psst!... psst!
BERTRAND
Dfe omelettes ! psst! psst!
RÉMOND
C'est bien commun
BERTRAND
C'est bien commun!. On en trouve partout !
RÉMOND
Partout OÙ il y a des œufs...
BERTRAND
On trouve des omelettes.
PIERRE
J'ai aussi un canard aux navets avec des petits jjois.
RÉMOND
Un canard aux navets avec des petits pois .. comment arranges-tu ça?.
PIERRE
Avec des légumes...
Alors, c'est du canard à la julienne! Autre chose...
PIERRE
Ah! j'ai un petit poulet rôti... Il est brûlé d'un côté, maisj'vous l'servirai de l'autre.
BERTRAND, à Rémond.
Aimes-tu le poulet?... Moi je suis blasé sur le poulet. Nous en mangeâmes encore la semaine dernière, chez la petite marquise!... Non! pas de poulet... A Pierre.) Donne-nous plutôt du fromage de Gruyère.
RÉMOND
Oui, ça fait faire la digestion !
PIERRE, à part.
En voilà des clients. (D'un air goguenard.) Dites donc, messieurs, avec ça, il ne vous faut pas un peu de dessert"?
BERTRAND
Ah! bien si! Un peu de dessert.
RÉMOND
Je te reconnais bien-là! gourmand! Toujours porté sur ta bouche!
BERTRAND
Voyons, que qu't'asen fait de désert?
PIERRE
Quoi qu' j'ai ?.. Du bon fromage à la crème...
Mais, mou ami, vous n'y pensez pas. Nous avons déjà du fromage de Gruyère pour la première entrée: ça nous ferait deux fromages consécutifs.
BERTRA ND.
Il y aurait pléonasme de fromages!
PIERRE
Alors, voulez-vous des pruneaux ?
BERTRAND
Des pruneaux, en voyage !
RÉMOND
Est-ce que tu les crains?
BERTRAND
Non, ça ne me réussit pas! J'y ai déjà été pris! Autre chose !
PIERRE, riant.
Ah ! dites donc, messieurs, des quatre mendiants pour deux.
RÉMOND
Qu'est-ce que c'est que ça? Est-ce qu'il voudrait faire des calambours ?
BERTRAND
Donne-nous des pommes de terre à l'huile, ça décrasse la mâchoire.
Pierre le regarde en riant.
RÉMOND, faisant tourner son bâton.
Eh bien! est-ce que tu ne nous as pas entendus?
PIERRE
Pardonnez-moi, mais c'est que, voyez-vous, là dedans nous sommes un peu embarrassés pour le moment. Les apprêts d'une noce, d'un festin.
BERTRAND
Eh bien! allons-nous en. La cuisine n'est déjà pas si bien montée, ici.
PIERRE
N'vous en allez pas comme ça. On vous servira tout de même !
RÉMOND
Ne pourriez-vous nous servir ici ! Au grand air.
BERTRAND
Oui! Il va si longtemps que nous ne l'avons pris, /*air !
Réincnd donne un coup de bâton dans les jambes dî Bar-
trand, puis s'avance en faisant le moulinet vers Pierre qui
le regarde toujours.
RÉMOND
Eh bien ! garçon, quand vous voudrez !
BERTRAND
Dites donc, garçon, allez donc faire chaufï'er ce qu'on te demande !
PIERRE, en s'en allant.
On y val... Ont-ils des drôles de mines, ceux-là!... On y va !