‹ Robert-Macaire; drame burlesque en quatre actes, prIecédé de L'auberge des adrets; prologue en deux parties de MM. Benjamin Antier, St. Amand, Frédérick-Lemaitre et Paulyante [pseud.] RemaniéChapitre 5 sur 87 · RÉMOND, BERTRAND, PIERRE · texte numérisé non relu

RÉMOND, BERTRAND, PIERRE

BERTRAND, à Pierre.

Ici, mon ami!

PIERRE

Que demandez-vous messieurs ?

RÉMOND

Fais-nous servir de quoi se rafraîchir.

8 HORERT-MACAIRE

BERTRAND

Oui, de quoi nous rafraîchir et puis manger un morceau.

RÉMOND, à Bertrand.

Tu as donc faim ?

BERTRAND

Oui j'ai faim... T'as pas faim, toi ! ^A Pierre.) Que qu't'as?

PIERRE

Hein?

BERTRAND

Que qu't'as ?

PIERRE, à Rémond

Qu'est-ce que dit donc votre camarade ?

RÉMOND

Mon noble ami te demande ce que tu as h nous donner à manger.

PIERRE, riant.

Ah! oui! quoi qn'Jai.... Y dit : que qu't'as.

RÉMOND

Alors, qu'est-ce que tu as h. nous donner à manger ?

PIERRE

Une bonne omelette au lard.

RÉMOND, regardant Rémond, fait la grimace. Des omelettes! psst!... psst!

BERTRAND

Dfe omelettes ! psst! psst!

RÉMOND

C'est bien commun

BERTRAND

C'est bien commun!. On en trouve partout !

RÉMOND

Partout OÙ il y a des œufs...

BERTRAND

On trouve des omelettes.

PIERRE

J'ai aussi un canard aux navets avec des petits jjois.

RÉMOND

Un canard aux navets avec des petits pois .. comment arranges-tu ça?.

PIERRE

Avec des légumes...

Alors, c'est du canard à la julienne! Autre chose...

PIERRE

Ah! j'ai un petit poulet rôti... Il est brûlé d'un côté, maisj'vous l'servirai de l'autre.

BERTRAND, à Rémond.

Aimes-tu le poulet?... Moi je suis blasé sur le poulet. Nous en mangeâmes encore la semaine dernière, chez la petite marquise!... Non! pas de poulet... A Pierre.) Donne-nous plutôt du fromage de Gruyère.

RÉMOND

Oui, ça fait faire la digestion !

PIERRE, à part.

En voilà des clients. (D'un air goguenard.) Dites donc, messieurs, avec ça, il ne vous faut pas un peu de dessert"?

BERTRAND

Ah! bien si! Un peu de dessert.

RÉMOND

Je te reconnais bien-là! gourmand! Toujours porté sur ta bouche!

BERTRAND

Voyons, que qu't'asen fait de désert?

PIERRE

Quoi qu' j'ai ?.. Du bon fromage à la crème...

Mais, mou ami, vous n'y pensez pas. Nous avons déjà du fromage de Gruyère pour la première entrée: ça nous ferait deux fromages consécutifs.

BERTRA ND.

Il y aurait pléonasme de fromages!

PIERRE

Alors, voulez-vous des pruneaux ?

BERTRAND

Des pruneaux, en voyage !

RÉMOND

Est-ce que tu les crains?

BERTRAND

Non, ça ne me réussit pas! J'y ai déjà été pris! Autre chose !

PIERRE, riant.

Ah ! dites donc, messieurs, des quatre mendiants pour deux.

RÉMOND

Qu'est-ce que c'est que ça? Est-ce qu'il voudrait faire des calambours ?

BERTRAND

Donne-nous des pommes de terre à l'huile, ça décrasse la mâchoire.

Pierre le regarde en riant.

RÉMOND, faisant tourner son bâton.

Eh bien! est-ce que tu ne nous as pas entendus?

PIERRE

Pardonnez-moi, mais c'est que, voyez-vous, là dedans nous sommes un peu embarrassés pour le moment. Les apprêts d'une noce, d'un festin.

BERTRAND

Eh bien! allons-nous en. La cuisine n'est déjà pas si bien montée, ici.

PIERRE

N'vous en allez pas comme ça. On vous servira tout de même !

RÉMOND

Ne pourriez-vous nous servir ici ! Au grand air.

BERTRAND

Oui! Il va si longtemps que nous ne l'avons pris, /*air !

Réincnd donne un coup de bâton dans les jambes dî Bar-

trand, puis s'avance en faisant le moulinet vers Pierre qui

le regarde toujours.

RÉMOND

Eh bien ! garçon, quand vous voudrez !

BERTRAND

Dites donc, garçon, allez donc faire chaufï'er ce qu'on te demande !

PIERRE, en s'en allant.

On y val... Ont-ils des drôles de mines, ceux-là!... On y va !

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