‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 10 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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Robert Owen n'est pas une figure banale. Grand capitaliste, il devient un grand réformateur socialiste : inventeur de système, il ne reste pas un théoricien de cabinet, mais n'hésite pas à risquer sa fortune pour mettre ses idées en pratique.

Parti de chez lui à lage de dix ans avec /(G shillings en poche, il dirige à 19 ans 5oo ouvriers et la première filature de coton fin du Royaume-Uni ; pendant plus de soixante ans il est l'un des industriels les plus habiles du monde cotonnier et l'un des plus justement renommés pour ses qualités commerciales.

Robert Owen n'est pas seulement un puissant capitaine d'industrie ; il est aussi le patron philanthrope qui, après avoir le premier cherché a

améliorer les conditions de vie de son personnel ouvrier, devient le promoteur de la Législation protectrice du travail. Les sentiments de son cœur généreux le mènent au communisme : Owen place son argent en des entreprises communistes ou en d'équitables banques d'échanges de travail, et sa vie est une série d'expériences sociales. Il exerce sur le mouvement social de son temps une influence considérable : lorsqu'apparaît en Angleterre le mot de socialisme, il est longtemps synonyme d'owenisme : les premiers socialistes anglais sont ses disciples. L'influence d'Owen ne se limite pas à son temps : elle se prolonge dans les institutions coopératives comme dans toute la série des lois protectrices du travail dont il a été l'initiateur : sa pensée, rectifiée par des disciples plus réalistes et plus modestes dans leurs ambitions, inspire la moderne coopération. Enfin les conceptions d'Owen que, sous le nom de socialisme utopique, on oppose aujourd'hui au socialisme dit scientifique, demeurent la trame sur laquelle les socialistes contemporains se livrent au travail de Pénélope.

L intérêt le plus puissant qui s'attache au récit de sa vie est dans le contraste qui donne tant d'originalité à sa physionomie et qui fait de Robert Owen le type de Ihomme d'action au service de

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l utopie. Il y a autant de sens pratique dans ses actes que de chimère dans les créations de sa pensée. Son caractère est à la fois très moderne et très archaïque; il a été le premier à comprendre la force de rayonnement que la publicité donne à lapostolat, car ce commerçant expert est un apôtre, il a l'àme dun des premiers chrétiens. Sa formation pratique et sa formation intellectuelle, les tendances qui lui viennent du milieu, du moment ou de la profession et celles qu'il doit à son tempérament expliquent ce contraste : aussi cette première partie sera-t-elle consacrée à l'analyse de cette double formation, à l'exposé des traits distinctifs de son caractère et de sa doctrine.

Robert Owen est né, le i4 mai 1771, dans le nord du Pays de Galles', à Newtown, petite ville d'un millier d'habitants située sur les bords de la Severn. Son père exerçait les métiers de sellier, de forgeron et de maître de poste ; sa mère, fille d'un fermier des environs, était, nous dit Owen dans son autobiographie', une personne

1 . Peut-être Owen doit-il son tempérament mystique à son pays d'orig-ine, qui voit n;iJtre tant d'annonciateurs de Religions nouvelles, de prophètes ayant découvert la Vérité relijjieuse.

2. The Life of Robert Owen ivritten by himsclf with sélections from liis writinjjs and correspondenee. London, Effinjjlian Wilson, 1857, 2 vol. Le vol. I contient une autobiographie qui va jusqu'à

fort distinguée pour sa condition. Envoyé à 1 école à luge de quatre ans et demi, Owen y reçoit les rudiments d'instruction qu'on donne alors dans ces petites villes ; il apprend à lire couramment, à écrire d'une façon lisible, il s'initie aux premières règles de l'arithmétique. A sept ans, le maître d'école demande à son père l'autorisation de le garder auprès de lui comme assistant. Owen a la passion de la lecture, mais pour y satisfaire il ne possède que les bibliothèques du pasteur, du médecin et du magistrat ; il leur emprunte les ouvrages les plus divers, depuis Robinson Crusoé et le Paradis Perdu de Milton, jusqu'aux Pensées nocturnes de \oung et aux romans de Richardson, depuis les voyages de circum-navigation jusqu à l'Histoire ancienne de liollin : il lit avec ardeur toutes les vies des hommes et philosophes illustres.

A l'âge de huit ans, trois demoiselles méthodistes se prennent d'affection pour lui et, désirant le convertir à leurs idées, lui prêtent des ouvrages religieux : « Mais à mesure que je lisais et étudiais les livres de toutes les sectes religieuses, je m'aperçus avec surprise de l'antagonisme qui opposait entre elles les différentes

1820 ; aucun <^crit tl'Owen ne fait mieux ressortir le caractère de l'homme, sa naïveté charmante, son optimisme inaltérable, sa lovauté et sa bonté envers tous.

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confessions chrétiennes, des haines morlelles qui existaient entre les juifs, les chrétiens, les nialioniétans, les Indous, les Chinois, etc., et entre ceux-ci et ceux qu'ils appellent païens et infidèles. Ces croyances combattives et les haines (pTelles inspiraient me firent douter de leur vérité. Je rélléchissais et étudiais avec ardeur ces (piestions : j'écrivis même trois sermons qui me firent appeler le Petit Pasteur. Ces lectures m'amenèrent à penser, dès l'âge de dix ans, qu'il devait exister au fond de toutes les religions quelque erreur fondamentale'. »

La lecture n'absorbe pas le jeune Owen qui ne méprise ni le mouvement, ni l'effort physique : il joue comme les autres enfants et excelle dans tous les exercices du corps. Il est le meilleur danseur de l'école, le premier à la course et au saut. Un jour dété, au temps de la fenaison. Owen se promène avec son ami préféré, son cousin Richard : a Trop couverts et anéantis par la chaleur, nous allions flânant le long d'un large champ où de nombreux faneurs travaillaient activement. Nous les trouvions frais et dispos, nous qui n'avions rien fait et qui cependant étions accablés par la chaleur. Je dis à mon cousin : u Richard, comment expliquer ce phénomène.^

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