I. Autobiographie, p
I/IIOMME. — SA FOHMATIOX l'HATIQUR 63
évite les punitions en devançant les désirs de son père et de sa mère, en se montrant toujours prêt à faire tout ce qu'on lui demande. Une seule fois il attire contre lui la colère de ses parents ; l'histoire de cette unique correction mérite d'être racontée, elle révèle l'irréductible ténacité d'Owen . (( Un jour, nous dit-il, ma mère me posa une (juestion à laquelle il me semblait que je devais répondre non. Et je répondis non selon mon habitude, supposant que telle était la réponse attendue par elle. Ne comprenant pas mon intention de lui plaire et croyant que je refusais de faire ce qu'elle me demandait, elle me dit aussitôt et sur un ton plus vif que de coutume (car elle avait pour habitude de me parler avec bonté): « Quoi, <( tu ne veux pasm'obéir ! » Ma première réponse ayant été non, je pensai que, si je disais oui, je me contredirais et ferais un mensonge ; aussi répondis-je de nouveau : non. Si ma mère avait cherché à découvrir avec patience et calme quels étaient mes pensées et mes sentiments, elle aurait compris ce qui en était et tout se serait passé comme à l'ordinaire. Mais ma mère, ne comprenant pas mes sentiments et mes pensées, me parla avec plus de vivacité encore et même avec colère, car jusqu'alors je ne lui avais jamais désobéi et elle était surprise et ennuyée de mon refus répété. Ma mère appela mon père et lui dit ce qui s'était
passé. On me demanda si je voulais faire ce que ma mère me demandait, el je répondis avec fermeté : non. Alors on me donna le fouet el je répondis non, et. chaque fois qu'interrogé de nouveau je fis la même réponse, on recommença. A la fin je dis avec calme, mais avec fermeté: « Vous (( pouvez me tuer, je ne le ferai pas. » Ces paroles mirent fin à la contestation. On n'essaya plus par la suite de me corriger : et, après une prompte réconciliation, je continuai à être le favori que j'avais toujours été. Mes propres sentiments d'enfant dont je me souviens bien m'ont souvent convaincu que les punitions ne sont pas seulement inutiles, mais véritablement nuisibles, et font du tort à celui qui les donne comme à celui qui les reçoit ' . »
A 9 ans, Owen quitte l'école et passe un an encore à NewtoAvn chez M. Moore, épicier et mercier; mais il commence déjà à se sentir trop à l'étroit dans cette jjetite ville campagnarde dont les mœurs ne plaisent pas à ses habiludes de réflexion et d'extrême tempérance. A lo ans, il quitte la maison paternelle avec [\o shillings dans sa poche, les frais de diligence payés, et rejoint à Londres son frère aîné William qui avait pris la suite d'un sellier et épousé sa veuve. Un ami de son frère lui procura une place chez James