I. New View, p
jDréjugés et de gagner leur entière confiance. On était en 1806. A la suite d'un différent diplomatique, les Etats-Unis, qui étaient devenus le grand fournisseur de coton de l'Angleterre, frappèrent d'embargo leurs propres ports ; aucune balle de coton ne pouvait être exportée et on ne savait pas combien de temps l'embargo pouvait se prolonger. La liausse rapide du coton plaçait les fdateurs dans l'alternative d'arrêter leurs métiers et de congédier leurs ouvriers ou de continuer à travailler et de courir le risque d'une baisse de prix soudaine et considérable au cas 011 l'embargo serait levé. C'est à la première solution que se décidèrent les patrons filateurs. Owen ne pouvait se résigner à perdre le bénéfice de ses longs efforts pour former son personnel, il trouvait injuste et cruel d'imposer à ses ouvriers de terribles privations. Aussi résolut-il d'arrêter les métiers, mais de ne pas renvoyer ses ouvriers et de continuer à leur payer le même salaire pour nettoyer les machines et les conserver en bon état'. Pendant les quatre mois que dura l'embargo la population de New-Lanark reçut son salaire habituel, et c'est ainsi qu'Owen conquit définiti-. vement le cœur de ses ouvriers.
I. Autobiographie, p. 63: £ 7000 soit 170000 francs pour quatre mois.
ROBKRT OWEN LK BON PATRON DE NEW-LANARK liO
Sûr désormais de posséder l'entière confiance de son personnel, Ovven poursuivit son œuvre plus activement encore. Convaincu que l'homme €st irresponsable, il considérait les pemes non seulement comme injustes, mais comme nuisibles. Son précepte était : prévenir et non punir. A cette fin il s elTorce d'entourer ses ouvriers de circonstances qui les amènent mécaniquement à bien penser et à bien agir. Les vols étaient très fréquents à la fabrique ; ils étaient encouragés par les nombreux tisseurs de coton qui se trouvaient dans le voisinage. Pour prévenir le vol, Owen avait trouvé le moyen de découvrir la perte d'une simple bobine et, fidèle à ses principes, jamais il n'inlligeait aucune punition, pas même, dit-il, un emprisonnement d'une heure. Les agents (pi'Owen avaient formés se contentaient de montrer aux voleurs les bénéfices immédiats qu'ils retireraient d'une conduite différente : ils leur indiquaient comment par leur travail ils pourraient se procurer un gain bien supérieur à celui qu'ils retiraient auparavant de leurs pratiques malhonnêtes.
On agissait dans le même esprit à l'égard des disputes qui s'élevaient entre les ouvriers. Lorsqu'on ne parvenait pas à obtenir des parties un accord amiable, on en référait au directeur. Dans la plupart des cas, les deux adversaires étaient
Edouard Dolléans. 9
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plus OU moins dans leur lort : on leur expliquait ces torts réciproques, on leur conseillait un cordial oubli et on leur faisait pour l'avenir quelques simples recommandations bien senties, à peu près en ces termes : « Désormais employez-vous k faire, pour vous rendre heureux et satisfaits les uns des autres, les mêmes efforts que vous avez faits jusqu'à présent pour vous rendre malheureux ; conservez dans votre esprit ce court précepte et faites-en l'application en toute occasion ; grâce à lui, vous transformerez en un Paradis un lieu dont, en agissant d'après un principe erroné, vous avez fait un séjour d'allliction \ »
Pour remplacer les punitions, Oavcu invente le moniteur silencieux, appelé par les ouvriers le télégraphe". C'est un morceau de bois à quatre faces (noire, bleue, jaune et blanche) et suspendu en évidence près de chaque ouvrier. La couleur de la face placée en relief indique la conduite de l'individu pendant le jour précédent. Le n" /j, noir, est l'indice d'une mauvaise conduite, le n" 3, bleu, d'une conduite indifférente, le n" 2, jaune, d'une bonne et le n" i, blanc, d'une excellente conduite. Le nom de chaque ouvrier est inscrit dans un livre où l'on chiffre jour par jour sa con-