‹ Robert Owen, 1771-1858Chapitre 32 sur 113 · FHILANTHROPISME PATRONAL · texte numérisé non relu

FHILANTHROPISME PATRONAL

viande n'était guère que de la peau et des os, et le reste à l'avenant. Owen décida de faire ouvrir par la compagnie un large magasin qui pût fournir aux ouvriers toutes les nécessités de la vie bien au-dessous du prix des cabarets et marchands au détail. Il achetait au comptant sur les meilleurs marchés, et même pour certains articles, comme le combustible et le lait, il passait des contrats importants. Le magasin de la compagnie offrait au prix coûtant des articles de première qualité. Cette réforme eut bientôt d'excellents effets sur la santé des ouvriers, leur habillement et le confort général de leurs maisons : elle leur permettait de faire sur leurs dépenses une économie de 35 pour loo '. Les soins paternels d'Owen ne s'arrêtèrent pas là : il ne suffisait pas, en leur procurant des produits de bonne qualité, d'amé-

1. Autobiographie, p. C3. D;ins le rapport de la députation de Leeds, cité par Mac-Nab, on lit : « Dans une de nos promenades, nous rencontrâmes une femme avec un morceau de bœuf de choix aClieté à r<hablissement. Elle nous dit qu'elle l'avait payé seulement 7 pences la livre et qu'elle n'aurait pas pu se le procurer sur le marché de Glasgow à moins de lO pences. » — Dans VAutobiographie, p. i55 : « Quelques-unes des plus larges familles qui gagnaient i* 2 par semaine me dirent que la nouvelle façon dont je fournissais à leurs besoins leur économisait lo schillings par semaine. II faut faire entrer aussi en ligne de compte la grande différence entre des articles détériorés et de qualité inférieure et les meilleurs articles naturels non falsifiés. Les épiceries et cabiirets disparurent et bientôt la population fut allégée du poids des dettes précédemment contractées vis-à-vis d'eux. »

liorer la santé et le bien-être des ouvriers, il fallait encore les amener à ne pas contredire, par l'usage des boissons alcooliques, les bons elTets d'une alimentation saine. Or l'ivrognerie était un vice fort répandu parmi les habitants de New-Lanark. Mais Owen ne veut pas procéder par interdiction et, pour atteindre ses fins anti-alcooliques, il se garde bien, comme le dit le D' Mac-Nab, d'employer cette mauvaise politique qui consiste à vouloir rendre les gens sobres malgré eux. Il recommande aux chefs de service de désapprouver en toute occasion l'ivrognerie ; dans les périodes de sobriété oii l'ouvrier souffre des suites de ses excès antérieurs, ses camarades plus sages lui énumèrent les effets pernicieux et destructeurs de l'ivresse. Peu à peu on éloigne les cabarets du voisinage immédiat des habitants, et les ouvriers connaissent le bien-être et la santé qui accompagnent la tempérance. Graduellement l'ivrognerie disparut et le plus grand nombre de ceux qui sacrifiaient habituellement à Bacchus se firent remarquer par leur sobriété inébranlable'.

Malgré toutes ces mesures paternelles, beaucoup d'ouvriers conservaient quelque défiance envers leur nouveau patron, lorsqu'un événement permit à Owen de détruire leurs derniers

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