I. Autobiographie, p. i
son personnel et consultait « le livre des caractères )) à son retour.
Le rapport de la députation de Leeds ' nous apprend qu'Owen ne s'intéressait pas seulement au sort de ses propres ouvriers, mais h celui de tous les misérables : « Dans deux occasions M. Owen a tenté de rendre les idiots capables de gagner leur vie et il a réussi les deux fois : Ces malheureux sont maintenant employés à la fabrique... Un magistrat du voisinage a envoyé à l'établissement cinq criminels pour voir s'ils ne pouvaient être ramenés au bien : deux d'entre eux s'enfuirent immédiatement, les trois autres sont maintenant aussi rangés dans leur conduite que n'importe quel autre ouvrier de la fabrique et ont acquis des habitudes de travail régulier. »
Owen comprend que le prolongement excessif de la journée de travail est aussi néfaste pour la santé et la productivité de l'ouvrier que les salaires de famine et les conditions de vie anti-hygiéniques. La journée de travail de ses ouvriers est de lo heures 1/2 : ils commencent le matin à 6 heures, ont à 9 heures une heure pour déjeuner et à 2 heures une heure pour dîner ; ils quittent le travail à 6 heures i /2 ^ On ne voit plus comme
I. Dans le volume I. A. de LifeofR. O., appendice II, p. 25 1.
a. Le I"''' janvier 1816, il abaisse d'une heure la journée de
travail qui était jusqu'en 1S16 de 11 heures trois quarts. En mai
autrefois à la fabrique des enfants de six, sept et huit ans : les parents ne peuvent les y envoyer avant l'âge de dix ans. C'est sur une question de diminution do la journée de travail qu'Owen fait voter la première loi de Législation ouvrière.
Si l'on veut illustrer d'un exemple les résultats obtenus par la politique sociale d'O^ven , on peut citer le passage suivant du rapport de la députation de Leeds : a Nous questionnons l'homme qui nous accompagne jusqu'à notre demeure. Il est depuis vingt ans chez Owen ; il est marié et père de onze enfants dont les deux aînés employés à la fabrique gagnent 32'*' par mois, les deux suivants 2 4'"' et le cinquième 8"'', les six autres n'ont pas dix ans (et sont par conséquent à l'école). Malgré ses lourdes charges, cet homme vit confortablement, est heureux et ne craint pas les suites même d'un accroissement de famille. Ses enfants sont bien élevés, reçoivent une instruction religieuse et ont une bonne éducation et de bonnes façons. Il vit dans une maison confortable et bien meublée qu'il nous invite à visiter. Pendant la maladie d'un de ses enfants, maladie
i8i6, devant le comité d'enquête sur la situation des enfants em- ])loY<^s dans les manufactures, il expose les heureux résultats de cette diminution du temps de travail. Voir rapport, p. 20, etc., et p. 90. Les chiffres indiqués ci-dessus sont empruntés au rapport de la députalion de Leeds (1819) : entre 1816 et 1819, il y aurait donc eu encore diminution d'un quart d'heure de travail.
13i PHILANTIIROPISME PATRONAL
qui dura quatre mois, il reçut gratuitement les services d'un excellent médecin ainsi que les médicaments. L'instruction de ses enfants lui coûte seulement trois pences par mois y compris les livres, crayons, ardoises... »
En faisant appel à la confiance de ses ouvriers, mais plus encore peut-être en créant autour d'eux des institutions qui devaient les amener mécaniquement à certains actes, Owen était parvenu à faire rén:ner à NcAV-Lanark un ordre et une discipline quasi-mécaniques, destinés à se rapprocher de plus en plus de l'exacte régularité du machinisme de la fahrique. Son idéal était de faire de ses ouvriers, comme de tous les êtres humains, des machines à penser et à agir logiquement et rationnellement. Il n'est pas exagéré de dire que I idéal d'Owen est l'automatisme du bien : il compare lui-même l'établissement de New-Lanark et l'institution pour la formation du caractère à un chronomètre bien construit, disant que les maisons du village faisaient partie intégrante de l'établissement et formaient avec les ateliers comme une immense machine travaillant avec la régularité d'une horlogerie'. Ce n'est pas sans raison que le D' Mac-Nab compare la discipline de New- Lanark à une discipline militaire et Owen à un