I. Autobiographie, p. i43-i
3. Owen prétend même que le duc de Kent était entièrement converti à ses idées. (Voir, p. 196 de \' Autobiographie, les paroles ([n'aurait prononcées le duc de Kent.)
loO PHILANTHHOPISME PATRONAL
Le récit de la visite du D' Mac-Nab et le rapport de la dépiitation de Leeds sont de précieux documents qui permettent de se faire une idée de rimjJressionfaileparNcw-Lanark sur ceuxquile visitaient. Nous ne pouvons nous arrêter longtemps à la description des écoles de New-Lanark et du système d éducation qui y était appliqué ' ; mais il est nécessaire de résumer brièvement la méthode d'éducation suivie et les résultats obtenus.
L'institution de New-Lanark" comportait trois divisions; au i" mai 1816, elle avait -y 59 élèves de trois à vingt-cinq ans. La classe préparatoire ou enfantine comprenait les enfants de deux à six ans ; c'est vers ces tout petits que se portait surtout la sollicitude dOwen. Son premier soin avait été le choix de maîtres capables de comprendre l'esprit dans lequel ces tout petits devaient être élevés. Or, pour OAven, il était vain dechercherqucl-
1. Robert Dale-Owen a écrit un opuscule intéressant sur les écoles de New-Lanark : c'est peut-être le meilleur exposé systématique qui en ait été fait, et c'est l'une des rares publications owenistes qui se trouvent à la Bibliothèque nationale, R. 45, 546. Esquisse d'un système d'éducation dans les écoles de Neio-Lanark, traduction Desfontaines. Paris, Lugan, 1825.
2. Autobiofjr(i[>lde, p. i34, i45. On peut dire que l'instruction y était gratuite : afin qu'elles ne fussent pas considérées comme des écoles de charité, Owen faisait payer aux parents 3 pence par mois ou 3 sh. par an ; les dépenses réelles s'élevaient à 2 jB par an et par enfant. Mais, dit Owen, la différence était largement compensée par l'amélioration du caractère de toute la population.
HOBliRT OWKN LE BON PATRON DE NEW-LANARK loi
{[u'un parmi les maîtres d'écoles imbus de ce qu'il appelait « l'ancien système d'instruction par les livres », système qui s'accompagne de menaces et de punitions. Les deux principes fondamentaux du nouveau système appliqué à New-Lanark devaient être tout opposés à ceux des errements pédagogiques habituels : l'instruction devait être donnée à l'aide de signes sensibles et de conversations familières, et l'éducation ne jamais faire appel à la crainte ni aux punitions.
C'est dans la population ouvrière qu'O^ven cherche (( deux personnes ayant un grand amour et une patience illimitée pour les enfants, deux personnes entièrement maniables et prêtes à servir sans réserve ses intentions. A mon avis, dit-il, l'homme le meilleur à tous les points de vue que je pouvais trou ver dans la population du village était un pauvre tisseur au cœur simple du nom de James Buchanan qui avait été dressé par sa femme à une soumission parfaite à toutes ses volontés et à qui son misérable métier de tisserand à la main n'assurait qu'une vie médiocre. Mais par nature il avait un grand amour des enfants et sa patience envers eux était inépuisable. Joignez-y le désir de s'instruire. J'avais en lui les qualités nécessaires au maître de la première école enfantine rationnelle qui ait jamais été imaginée par aucun parti dans aucun pays... Ainsi, grâce à la simplicité de son
i".2 piiilanthropismh: patronal
esprit et à la bonté de son cœur, James Buchanan, qui tout d'abord savait à peine écrire et épeler, devint mon premier maître d'école. Mais des enfants si jeunes demandaientaussiles soins d'une femme rpii assistât le maître et possédât les mêmes qualités naturelles ï). Owen trouve parmi les jeunes femmes employées à la fabrique une jeune fille de dix-sept ans connue familièrement parmi les habitants de New-Lanark sous le nom de MoUy \oung. Le premier principe qu'OAven enseigne à ces maîtres improvisés est de ne jamais, sous aucun prétexte, battre les enfants, de ne les jamais menacer, mais de toujours leur parler d'un air aimable et bon et d'une voix douce. Leur tâche principale devait consister à apprendre aux enfants à se rendre heureux les uns les autres, les plus âgés, ceux de quatre à six ans, devant aider leur maître dans cette tâche et prendre un soin particulier des plus jeunes. Les maîtres ne devaient pas ennuyer les enfants avec des livres, mais par des conversations familières éveiller leur curiosité et susciter leurs questions à propos des objets usuels qui les entouraient ; ces causeries instructives avaient lieu dans une pièce de 1 6 pieds de haut, ornée de reproductions d'animaux, de cartes et souvent même de produits naturels des jardins, des champs et des bois : tous ces objets étaient l'occasion d'entretiens animés entre les
ROMKirr OWKN I,K IU)N PATUON DE NEW-LAXAMK im
ciifanis ol les maîtres « (jui eux-mêmes acquéraient de nouvelles connaissances en essayant d'instruire leurs jeunes amis' ». Owen avait appris à ses maîtres à considérer et traiter leurs élèves en petits amis. Il avait montré à James Buchanan la façon dont il pouvait instruire les enfants en les amusant , car selon lui toute instruction devait tendre à être pour les enfants un amusement. Ainsi, sans faire usage d'aucun livre, les enfants de New-Lanark acquéraient des connaissances utiles et concrètes qui formaient leur jugement mieux que les idées et les raisonnements abstraits ".
Dès l'âge de deux ans, les enfants suivaient les leçons de danse, et à quatre ans les leçons de chant; filles et garçons étaient aussi entraînés aux exercices militaires et formaient de petits pelotons conduits par des jeunes tambours et des fifres. La danse, le chant et la discipline militaire étaient, en effet, pour Owen « les conditions es-
1. Autobiographie, p. i3g-i4o. — Voir aussi Robert Dale Owen, op. cit., p. 67.
2. Owen va même jusqu'il dire : Quand on connaîtra le meilleur moyen d'instruire et de former les caractères, je ne pense pas qu'on emploie jamais les livres avant l'àg-e de dix ans. Et cependant les enfants, ainsi formés sans aucun livre, auront <i 10 ans un caractère supérieur et posséderont une connaissance d'euxmêmes et de la société très supérieure à celle que possèdent aujourd'hui les gens instruits à leur majorité ou n'importe quel individu h n'importe quel âge...
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sentielles à la fornialion d'un bon et heureux caractère dans un système rationnel : ces exercices donnent au corps la santé et une grâce sans affectation, ils apprennent l'obéissance et l'ordre d'une façon imperceptible et agréable, et donnent à l'esprit la paix et la joie tout en le préparant de la meilleure façon à faire des progrès dans le domaine intellectuel... Toujours traités avec bonté et confiance et en même temps sans crainte, les enfants montraient une grâce sans affectation et une politesse naturelle qui étonnaient de la part d'enfants de pauvres fîlateurs ». La facilité avec laquelle ces petits écoliers exécutaient toutes les danses européennes, la précision avec laquelle fdles et garçons exécutaient les exercices militaires, la simplicité et la sincérité avec lesquelles ils chantaient les vieux chants populaires d'Ecosse surprenaient et émerveillaient les visiteurs étrangers \ Un jour même, une dame de haute noblesse, après avoir vu ces enfants, aurait dit àOAven, les larmes aux yeux : « M. 0\ven,je donnerais n'im-
I. Autobiographin, p. i/^i. Fii ire apprendre aux enfants la danse, la musique et les exercices militaires était une abomination poulies associés d'Owen, membres de la Société des Amis. Cependant Owen raconte que, pendant leur séjour à j\ew-Lanark, il surprit souvent J. Foster et W. Allen prenant plaisir à regarder ces scènes joyeuses toutes nouvelles pour eux et dont, en qualité de quakers, ils Ti'avaieut jamais été témoins.
ROBERT OWEN LE BON PATRON DE NEW-LANARK 1.5 porte quoi pour que mes enfants ressemblassent
à ceux-ci ' . »
Voici comment les délégués de Leeds et le D"" Mac-Nab expriment leurs sentiments à la suite de leur séjour : rien ne saurait mieux faire comprendre l'impression ressentie par les visiteurs de NcAV-Lanark : « La jolie physionomie des enfants resjjlendissait de l'éclat que donnent la santé et les innocents plaisirs d'une liberté franchement enfantine. Ce touchant spectacle me lit un plaisir qui me récompensa des fatigues du voyage... Nous visitons ensuite la cour de récréation des enfants. Que Dieu bénisse leurs petits visages: je les vois encore, les uns jouant au cerceau, d'autres battant du tambour, tous occupés à quelqu amusement enfantin ; pas une larme, pas une dispute ; une paisible innocence règne dans tout ce petit groupe. Dès qu ils nous voient, ils nous accueillent par des saints et des révérences : M. Owen paraît transporté au milieu de la société régénérée qu'il imagine. .. Son cœur s'épanouit de plaisir quand il se mêle à ces premiers germes de la future humanité... Puis nous pénétrons dans une large pièce destinée aux jeux et amusements des enfants lorsque le temps ne leur permet pas de les prendre en plein air : ici