Report cit. Déposition de Robert Peel, p. iSg
2. Hutehins et Harrison, p. 9 à 11. W. Sabatier, Trealise ou, Poverty, 1797- T. Gisborne, Enquiry inlo the duties ofman, I794-
3. Id., p. i5. Cet employeur qui appartenait à une industrie non influencée par le nouveau inacbinisme rouait les enfants de coups, nég'ligeait de leur donner des vêtements et les faisait tant jeûner et travailler qu'ils en étaient tout décharnés.
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le métier par soif de gain, mais qu'il faut l'abandonner immédiatement dans l'intérêt même de la société. »
C'est à la suite de cette sentence que Robert Peel fait voter en 1802 Tact connu sous le nom de loi sur la santé et la moralité des apprentis. Uobert Peel justifie sa proposition de loi en disant que, convaincu des nombreux abus existant dans ses propres fabriques et n'ayant pas le temps d'y mettre ordre lui-même, il demande au Parlement une loi jDOur y apporter remède à sa place. Le litre même de Tact précise son objet et limite sa portée : il ne s applique qu'aux enfants pauvres mis en apprentissage par les paroisses '. La durée du travail des apprentis est fixée à 12 iieures, le travail de nuit est interdit ; l'employeur doit chaque année babiller ses apprentis complètement à neuf, leur faire apprendre à lire et à écrire, et les mener à l'église au moins une fois par mois ; les fabriques doivent être blanchies à la chaux deux fois l'an et en tout temps convenablement aérées ; les apprentis des deux sexes doivent dor-
I. llutcliins et Harrisou, |i. lO, op. cil. « En réalité, ce n'était pas une loi de protection du travail, mais simplement une extension de la Poor Law d'Elisabeth, relative aux apprentis des paroisses. Le {"ouvcrnement, ayant pris la responsabilité «l'élever et de placer des enfants, se trouvait obligé d'essayer de régulariser les conditions de leur travail. »
OWEN INITIATKUH DK LA LK(;iSLATION DU TRAVAIL lti7
inir dans des dortoirs sépares cl pas plus de deux par lit. Les juges de paix sont chargés de nommer deux inspecteurs pour visiter les fabriques et assurer l'exécution de Tact, et, en cas d'infraction, ils ont le droit d'inlliger des amendes de i' 2 à ii 5. La discussion parlementaire montre la portée restreinte de Tact de 1802. On souleva la question de savoir, si l'act serait applicable à toutes les fabriques ou seulement à celles qui employaient les apprentis des paroisses. Dans le préambule on déclara Tact applicable aux fabri- (jues de coton et de laine occupant plus de 20 ouvriers. Mais la clause limitative des heures de travail ne concernait que les seuls apprentis'. M. Newton voulant rendre les clauses de l'acte applicables à toutes les personnes employées dans les manufactures, on lui objecta qu'il était absurde de vouloir étendre un actqui n'avaitpour objet que l'apprentissage : cette réponse prouve bien que l'act n était regardé que comme un chapitre de la Législation des Pauvres. L'act de 1802 resta sans effet pour une double raison. On avait abandonné l'inspection aux Justices de paix qui, sauf de rares exceptions, négligèrent d'as-
I. Hutcliins, op. (•('/., p. i~. Au contraire, les clauses relatives à l'aération et au nettoyajye étalent applicables à toutes les fabriques.
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surer l'application de Tact. Les patrons du reste préféraient employer des enfants « libres » : ceux-ci ne leur imposaient point les mêmes charges ni la même responsabilité que les apprentis qu'ils devaient habiller, loger et nourrir. La question des apprentis cessa ainsi bientôt d'avoir la même importance : ce fut la seconde cause de l'échec de Tact de 1802 '.
Au lieu de réclamer, comme Robert Peel, un act au Parlement pour réglementer sa propre fabrique, Owen commença par réaliser chez lui les conditions du travail qu'il voulait offrir en exemple aux autres et par faire de la fabrique qu'il dirigeait un établissement modèle. Tous les arguments qu'il va développer devant la commission d'enquête sont tirés de l'expérience personnelle qu'il a faite à New-Lanark d'une réduction graduelle de la durée du travail. Ce n'est pas seulement cet effort personnel et cette réforme d'initiative privée qui justifient le nom donné par nous à Robert Owen ; mais plus encore peut-être, la conception générale qu'il a de la législation du
I. Robert Peel, Déposition, Report cité, p. i4i- — Les manufactures s'étaient déplacées, et, au lieu de s'établir dans des vallées solitaires où le besoin de main-d'œuvre leur faisait rechercher et apprécier les apprentis des paroisses, elles s'installaient maintenant près des centres populeux, où l'on pouvait se procurer sans responsabilité aucune une main-d'œuvre enfantine, abondante et bon marché.
OWEN INITIATEUR DE LA LÉGISLATION DU TRAVAIL Kiy
travail et des raisons qui la légitiment. Son projet primitif interdit l'emploi des enfants -avant l'âge de lo ans, limite à lo heures 1/2, entre 10 et 18 ans, le temps de travail dans les fabriques occupant plus de 20 ouvriers et assure la nomination d'inspecteurs capables et appointés pour faire appliquer l'act'.
Les raisons, apportées par Owen en faveur de ces prescriptions, montrent qu'il était peutêtre le seul à avoir compris l'influence de la réduction du temps de travail sur la productivité. Owen a vu nettement le double motif qui sert de fondement à la législation moderne du travail : la raison sociale, le loisir dû à l'ouvrier ; la raison économique, le lien entre la durée du travail et saproductivité. Owen considère en l'ouvrier — et l'instrument de travail qui donne un rendement proportionné aux soins dont on l'entoure, et l'homme qui a droit au repos non seulement pour réparer ses forces physiques, mais pour développer ses facultés mentales.
Après avoir adressé aux Chambres du Parlement son discours de Glasgow, Owen rend visite aux membres les plus influents des deux Cham-
I. Life of Robert Oiren V. I. A. AppendixG, p. 20. M. Oweii's bill for Regulatiiigf tlie Ilours of work in niills and factories, as originally proposed in i8i5 and finally spoilt witli observations of opponents and tlie act passed in 1819.
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bres afin d'essayer de les intéresser à son projet. On lui conseille de faire présenter ce projet par Robert Peel qui a fait passer Tact de 1802. Robert Peel accepte ; mais Robert Peel est lui-même un industriel, il n'est pas insensible aux intérêts et aux sollicitations des manufacturiers. Sous l'influence de ses collègues industriels, il fait traîner le projet pendant quatre sessions et y apporte de tels amendements qu'il en amoindrit singulièrement la portée.
Pendant ces quatre années, presque seul, en butte à toutes les attaques, Owen défend son projet ; par tous les moyens les grands patrons s'efforcent de le décourager, d'affaiblir son autorité afin de faire échouer le bill de limitation \ Deux objections préalables avaient été faites : on invoquait la liberté patronale pour affirmer que l'Etat n'a pas le droit d'intervenir dans l'administration de l'industrie privée. On prétendait de plus qu'il n'y avait aucun danger pour la santé des enfants à les faire tra-
I. Autobiograp}nfi, p. ii4, Ii6, 121, 126, 22.^, 226. « J'ig^norais, dit Owen, la l'aoon dont on mène les affaires du pays dans le Parlement; mais l'expérience que j'ai acquise m'a ouvert les yeux sur la conduite des hommes politiques et sur l'égoïsme ignorant et vulgaire des commerçants et industriels qui ne regardent pas aux moyens pour atteindre leur but : ils n'épargnèrent rien pour combattre et ruiner l'objet de mon projet. »
vailler i5 et 16 heures par jour dans une atmosphère surcliaulTéc et emphe de duvet de coton. Iioherl Peel consentit à la nomination d'une commission d'enquête. Grâce à ces délais favorables, les grands manufacturiers purent agir et faire, dès le début, écarter du projet les industries de la laine, de la soie et du lin.
Sauf quelques patrons éclairés, les Arkwright, Struttset Fieldens, Owen avait soulevé contre son projet tous les grands industriels qui cherchèrent àdiminuei" son autorité par des procédés déloyaux dont voici un exemple qui tourna à leur confusion. Un filaleur de Glasgow, HouldsAVorth, avait été chargé par ses confrères d'une mission de confiance : il devait rechercher un gros scandale qui put discréditer Owen. Ayant appris que le ministre de Old-Lanark était un ennemi du bon patron'. HouldsAvorth s'adresse à lui et lui demande s'il connaît un fait quelconque qui puisse détruire l'autorité d'Owen : a J'ai votre all'aire, répond le ministre. Le premier janvier de ■cette année, à l'ouverture de la nouvelle institution pour la formation du caractère, il a prononcé
I. Autobiographie, p. 1 18, 119. «Il avait, dit Owen, prêché jiendant 20 ans h Lanark, sans qu'on put s'apercevoir que ses paroissiens en fussent devenus meilleurs, tandis qu'en 16 ans j'avais opéré un grand changement dans leurs mœurs : d'où sa jalousie. » Ceci se passait en 1816.
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lin discours de trahison contre l'Etat et l'Eglise.
— Y assistiez-vous ? — Non, mais M""^ Menzies et ma famille y étaient et M"* Menzies m'a répété fidèlement toutes ses paroles. » Sur quoi les adversaires d'Owen emmènent notre ministre à Londres et lui paient les frais du voyage. Ils demandent audience à lord Sidmouth : « Nous venons, lui disent-ils, pour accuser M. Owen. — Quel crime a-t-il donc commis l! Je connais Owen très bien. — Voici M. Menzies, ministre de la paroisse de Lanark, qui va vous le dire — Eh bien, M. Menzies, de quoi accusez- vous Owen '') — J'ai à décla^rer que le i*' janvier dernier, à l'ouverture de ce qu'il appelle la Nouvelle institution pour la formation du caractère, ouverture à la- (juelle assistait tout son personnel et toute la haute bourgeoisie du pays, M. Owen a prononcé le discours le plus extraordinaire qui ait jamais été entendu en Ecosse, un discours incendiaire, un discours de trahison. — Etiez- vous présent et avez-vous écouté attentivement tout ce qu'il a dit "^
— Non, Monseigneur, je n'étais point présent, mais ma femme était là ainsi que ma famille, de nombreux ministres des environs et la bourgeoisie du pays. — Et vous savez tout ce que contenait ce discours.»^ — Je sais, d'après ce que m'en ont rapporté ma femme et d'autres auditeurs, que c'était un discours incendiaire, un dis-
cours de trahison. » Là-dessus lord Sidmoulli demande aux membres de la députation s'ils ont à lui faire part de quelque autre accusation contre Owen. (( C'est tout ce que nous avons à dire — Eh bien donc je vous congédie et vous renvoie des fms de votre plainte qui est au suprême degré futile et injustifiée : il y a six mois que le gOTivernement a entre les mains un exemplaire de ce discours qui vous eût fait honneur si vous aviez été capables de le prononcer. »
Dégoûté de la campagne déloyale entreprise contre lui et des mutilations que son projet subissait, Owen, à partir de 1817, laissa à Nathanicl Gould et à Richard Oastler le soin de défendre ses idées devant la commission d'enquête. Pendant deux sessions il avait assisté à toutes les séances de cette commission ' et il y avait rempli une lourde tâche. Presque seul il avait dû défendre son projet ; il avait dû démontrer les abus qui résultaient de l'âge et de la longueur du travail des enfants employés dans les manufactures, combattre les arguments qu'on opposait à l'intervention législative, exposer l'expérience de New- Lanark, développer enfin les raisons qui militaient en faveur de la réduction et les heureux effets qu'elle pouvait avoir.
I. Iliip[)ort cité. Déposition d'Owen, p. 20, 36, 6G, 88, Ii3.
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DcA^ant la commission, Owen s'efforce d'abord d'établir quelle est en fait la situation. Il lui faut démontrer qu'il est de pratique courante à Leeds, à Stockport et dans tous les districts manufacturiers, d'employer des enfants de quatre et cinq ans. A Stockport, où il a fait personnellement une enquête, il est fréquent de voir travailler des enfants de quatre ans et il cite même le cas d'une petite fille de trois ans. Ces tout petits enfants sont employés à ramasser sur le sol les déchets de coton et à se glisser sous les machines'. Un fabricant de soie, Peter Noaille, déclare que, plus les enfants commencent jeunes, mieux ils acquièrent l'habitude de manier la soie". Ces enfants travaillent aussi longtemps que les adultes. La journée de travail normale est de i4 à i5 heures. Robert Peel déclare que dans ses fabriques on travaille i5 heures : « Mon sentiment, dit-il, c'est qu'il est devenu très général dans les fabriques de travailler i/i et i5 heures ». George Gould pense que la journée de i6 heures n'est pas rare^ et Robert Owen confirme cette opinion ' : « C'est devenu une pratique habituelle dans l'industrie