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n'apprendra que des connaissances utiles. » C'est ainsi que raisonne M. Owen : sans doute s il fabriquait lui-même les êtres qui doivent habiter ses petits paradis, comme il fait les lois qui doivent les gouverner, tout serait parfaitement organisé... En politique, en morale, en philosophie, M. Owen prononce des arrêts avec une égale autorité et ses raisonnements peuvent se ramènera ceci : « Je suis moi, et je suis dans la vérité. Vous êtes vous, et vous êtes dans le faux. Je ne répondrai pas à vos arguments : il sont futiles et viennent de votre ignorance. Lisez mes brochures, et vous serez convaincus \ »
En présenlant l'inventeur des villages d'harmonie et de coopération mutuelle comme un simple disciple de Spence, \e Nain-Noir avait marqué l'un des caractères essentiels de l'owenisme, qui est une doctrine agraire. Owen est fidèle à la tradition du communisme ", qui, depuis ses origines, avait été presque exclusivement préocupé du problème de la terre et de la projDriété foncière ; il est
1. Sous une forme satirique, c'est une très fidèle imag'e des argumentations d'Owen et des réponses qu'il faisait aux objections. Voir Lovett, p. 48-49-
2. La Crisis porte en tète d'un certain nombre de ses numéros et sur la couverture de l'année iSSa le plan d'un village d'harmonie avec cette inscription : Communauté de 2 ooo personnes, fondée sur le principe recommandé par Platon, lord Bacon, T. Morus et R. Owen.
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fidèle aussi à la tradition anglaise, car, peut-êlre sans le savoir et sans connaître leurs œuvres, il est disciple des Winstanley, des Ogilvie, des Spence et des Paine. Bien qu'ayant assisté et ayant pris part au développement de la grande industrie, Owen a refusé d'admettre la nécessité de l'évolution industrielle ; entraîné inconsciemment par les origines chrétiennes de sa conception du retour à l'état de nature, il a porté avec amour ses regards vers le passé, il a rêvé de rendre à l'agriculture, source de toute richesse et de toute Acrtu, une place prépondérante dans les travaux des hommes, afin de rapprocher ceux-ci et de la nature et de la vertu. Oavcii a voulu absorber et dissoudre en quelque sorte l'industrie dans l'agriculture en faisant des établissements industriels plus rares une simple annexe des services agricoles. La cellule sociale, selon lui, doit être l'association de cultivateurs, la commune rurale, — et le moyen de réaliser cette transformation, c'est la nationalisation progressive ou plutôt la communalisation du sol et la création de gros villages agricoles.
Pour atteindre cet idéal social, Owen prétend faire surtout appel à la raison de tous éclairés par quelques-uns, mais en réalité sa doctrine est autoritaire, et, pour renforcer la voix mal écoutée de la raison il fait appel aux gouvernements. Cet
I)K LASSISTANCK l'Ali LK THAVAIL AL' GOM.MUNIS.MK 2o:{
iiitervcnlioniiisme, latent ou manifeste, se retrouve à toutes les époques de la vie (VOwen et dans les trois œuvres qui marquent les trois étapes du développement de sa doctrine, le rapport de 1817, le rapport au comté de Lanark (1820) et VUniverselle Révolution publiée en 18/19'. ^^ 1817 comme en 18^9, la puissance publique est l'agent de la réforme sociale, et, en 1820, elle ne reste pas étrangère à la création des villages agricoles.
Dans le rapport de 1817, Owen n'exposait qu'un système d'assistance par le travail : il affirmait le droit au travail et donnait sa formule de mise en pratique de ce droit ; mais les établissements de pauvres dont il proposait la création suggéraient déjà l'idée d'une nouvelle organisation du travail destinée à se généraliser. Le rapport au comté de Lanark est la transition entre le plan d'assistance par le travail de 181 7 et le communisme agraire, autoritaire et communal qui apparaît comme la doctrine définitive d'Owen dans l'Universelle Révolution de 18/19. Bien que ce dernier ouvrage ne fasse sur beaucoup de points que préciser et généraliser les conceptions de 1820, il convient
I. The RevuhiUuii in the Mind ami Praclice oj llœ Huiiian Race or the comimj change froin irrationalily to Ralionalily. Londres, i8/i9, et A supplemenl to Ihe Révolution, publié séparément, mais la même année.
d'étudier et d'analyser successivement le rapport de 1820, complété par celui de 1817, et VUniverselle Révohifion de 18/19. ^^ 1820, Owen fait encore à l'initiative privée une part qui, après les échecs de ses tentatives personnelles, disparaît en i8/i9.
Les deux rapports de 181 7 et de 1820 ont pour objet l'étude des causes de la misère des classes pauvres et des remèdes à y apporter. Owen explique la misère des classes des travailleurs par le développement du macliinisme et de la puissance de production qui a suivi les découvertes de Watt et d'Arkwright : « La misère actuelle a pour cause immédiate la dépréciation de la main-d'œuvre ; cette dernière résulte de l'emploi général des machines dans les manufactures d'Europe et d'Amérique, mais principalement dans les manufactures anglaises où ce changement a été rendu très rapide par les inventions d'Arlovright et de Watt^.. L'absence de travail et la misère publi-
I. Report on ihe Poor. Life of R. Owen. Vol. 1, A, p. 54- 1^6 même Report to Countj of Lanark, p. 27/1 : « Les machines ;^ vapeur et les machines à tisser ainsi que les innombrables inventions mécaniques auxquelles elles ont donné lieu ont infligé à la société des maux qui conlre-balancent les avantages qu'elle en retire. Elles ont accumulé la richesse aux mains d'un petit nombre qui, grâce h elles, continuent à absorber la richesse produite par le plus grand nombre. En sorte que la masse de la population est devenue l'esclave de l'ignoi'ancc et du caprice des accapareurs et
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que qui en résulte sont dus au développement rapide (le cette puissance de production'... Le développement du machinisme a eu pour eHet la dépréciation do la main-d'œuvre; le manque de travail don tsoulTre actuellement la classe ouvrière estcausé parla surabondance des produits de toute esjDèce qui ne trouve pas de débouchés. » La surabondance de production résulte donc à la fois du développement du machinisme et de la consommation insuffisante : (( Elle tient à l'absence d'un débouché proportionné aux moyens de production ^ ^) Le développement du machinisme explique la surproduction destinée à se perpétuer par suite de la sous-consommation des classes ouvrières. Que faire en face de cette situation.^ Ce sont les machines qui enlèvent à l'homme son travail et sa subsistance. Va-t-on donc réduire l'emploi des machines ou sacrifier des millions de vies humaines? Ni 1 un ni l'autre. Il faut procurer aux sanstravail des occupations rémunératrices : la machine doit aider l'homme et non le remplacer. Le problème est double et il y a deux remèdes à trouver : il ne suffît pas de procurer des emplois aux
qu'elle est infiniment plus im])uissante et plus mist'Table qu'à l'époque où les noms de \V att et trArkwriglil n'étaient pas connus... »