Georges Sorel, Hubert Lagardelle, Edouard Berth. V. la
revue Le Mouvement socialislc.
présente un essai d'adaptation du marxisme aux conceptions obscures et aux mouvements spasmodicpies de la classe ouvrière : c est là ce (pii fait son originalité etle distingue des monotones répétitions et variantes du socialisme éternel, toujours ancien sous les formes nouvelles qu'il revêt sans cesse afin de se rajeunir. Malgré son elTort pour se différencier du socialisme traditionnel et rester un mouvement purement ouvrier, le syndicalisme révolutionnaire nous paraît un excellent exemple delà confusion qui recouvre le mot de socialisme. Sans doute lesyndicalisme révolutionnaire prétend n'être que représentatif, il se donne pour 1 expression consciente des besoins de la classe ouvrière ; par là, il peut apparaître comme réaliste, comme s'appuyant sur les faits, sur le mouvement de croissance des classes nouvelles. Sans doute le syndicalisme se déclare anti-étatisle. d prétend rejeter toutes les vieilles conceptions autoritaires et ne faire appel (ju'à la liberté ouvrière, et, par là, il se rapproclie des doctrines libérales et se présente comme une sorte de libéralisme ouvrier. Le syndicalisme révolutionnaire voit dans la liberté le moyen le plus favorable à la classe ouvrière pour se développer et s'organiser d'une façon spontanée et autonome : selon lui le prolétariat prétend ne demander son concours ni à la philantliropie bourgeoise ni à la puissance de
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l'Êlal pour créer, au sein de la société actuelle, des institutions et des organisations proprement ouvrières qui n'empruntent rien aux formes sociales du passé.
Le syndicat, représentant naturel de la classe ouvrière, est tout d'abord un organe de résistance. Il dirige le prolétariat dans son combat contre la société capitaliste et, dans cette lutte, il substitue l'action directe de la classe ouvrière à l'action parlementaire des politiciens. Mais le syndicat ne remplit pas seulement une fonction de destruction : il est aussi une école d'apprentissage, il est une institution d'éducation ouvrière ; il apprend à la classe ouvrière que son émancipalion doit être son œuvre personnelle. C'est à l'intérieur des syndicats que se prépare l'organisalion matérielle et morale du prolétariat; carie syndicat accomplit une œuvre de création : il est le creuset dans lequel se forment les conceptions et les institutions nouvelles. Le syndicat a un rôle juridique et politique ; grâce à lui s'élaborent les principes d'un droit ouvrier nouveau. Dans le domaine politique, le principe syndicaliste est la substitution des groupements professionnels nouveaux aux groupements politiques anciens'. Le
I. G. Sorel, L'avenir socialiste des Syndicats. Jacques, édit., 1901, p. 46.
syndicat entre en lutte contre l'Etat : il entreprend la destruction des rapports actuels de l'organisation politique : il tend à arracher à l'Etat et à la commune, une à une, toutes leurs attributions pour en enrichir les organismes prolétariens en voie de formation. Au principe des socialistes réformistes qui prétendent infuser les procédés de la politique dans l'organisation du travail et installer la démocratie à l'atelier, les révolutionnaires opposent la prééminence de l'organisation professionnelle et l'absorption de l'Etat par les syndicats : (( Les syndicats arriveront ainsi à enlevei" aux formes antiques, conservées par les démocrates, tout ce qu'elles ont de vie et ne leur laisseront que les fonctions rebutantes de guet et de répression. Alors une société nouvelle aura été créée avec des éléments complètement nouveaux, avec des principes purement prolétariens... La lutte définitive pour les pouvoirs politiques n'est pas une lutte pour prendre les positions occupées par les bourgeois et s'affubler de leurs dépouilles : c'est une lutte pour vider l'organisme politique de toute vie et faire passer tout ce qu'il contenait d'utile dans un organisme politique prolétarien, créé au fur et à mesure du développement du prolétariat'. ))