Crisis, vol. I, p. (ii, (ia
3. Owen espérait que bientôt les bons feraient prime. Crisis, i5 et 22 septembre iSSa, p. 112, Ii3: Bons de travail échangés contre Pargent au taux de ly sh. 6 d. contre 20 sh. en argent et 19 sh. 9 d. contre le souverain en or.
LE TRAVAIL SOUFKîE ET MESUHE I)K t.A VALEUR 281
s'incorporenl dans un prodiiil : leurs noms seront indiqués aux personnes qui pourront avoir besoin d'eux, mais la société ne doit pas courir le risque de garantir le travail qui pourra èlrc lait. ))
L'idée de remédier aux vices de la société acluelle par une organisation de l'échange indépendante de toute organisation de la production n'est pas une idée qui soit particulière à Robert Ow^en. Cette idée a donné naissance aux systèmes de ceux qu'on pourrait appeler les socialistes de rechange. La raison consciente ou non qu'ont ceux-ci de limiter leur ambition réformatrice à l'échange est le désir, en laissant la production libre, de préserver l'individu de la tyrannie collective. Mais ils rencontrent l'opposition des piartisans du socialisme intégral qui embrassent dans leurs critiques et dans leurs projets de réforme non pas un moment de l'organisation économique, la circulation des produits, mais l'organisation tout entière. Les adeptes du socialisme intégral pensent que l'organisation de la production est le commencement et la fin de la Uévolution sociale, la condition sine rjua non
de la disparition de toute injustice et de toute misère : ils accusent d'illogisme les socialistes de l'échange. L'échec de tentatives comme celles d'Owen semble bien leur donner raison et montrer que toute organisation de l'échange présuppose une organisation autoritaire de la production ou y conduit.
De tous les socialistes de l'échange, le plus original est Proudhon et il nous paraît intéressant d'esquisser ' ici un rapprochement entre les idées et tentatives d'Owen et celles de Proudhon.
Les idées de Proudhon sur l'organisation de l'échange ont fait l'objet de deux projets, l'un de 1848-/19 (projet de constitution d'une Banque d'Echange et acte de fondation de la Banque du Peuple), l'autre de i855 (projet de Société de 1 Exposition perpétuelle adressé au prince Napoléon ^). Gomme ces deux projets se différencient très nette ment, il est nécessaire de les analyser séparément.
Owen veut atteindre la monnaie métallique, mesure artificielle de la valeur et agent imparfait des échanges, dans sa fonction d'étalon et dans
1. M. Aucuy consacre sa tlièse de doctorat à l'analyse de ces Systèmes socialistes d'échange et nous renvoyons à son étude très approfondie et très pénétrante des conceptions de Proudhon.
2. Le prince Napoléon était président de la Commission de l'Exposition universelle de Paris et chargé par l'empereur de trouver pour le Palais de l'Industrie une affectation d'utilité publique. Voir Théorie de la propriété, p. 247-
sa fonction de circulation. Or, dans le projet de Banque d'Echange (i8/i8) et de Banque du Peuple (18/19), Proudhon se borne à la seconde de ces deux réformes : il prétend supprimer la monnaie métallique comme instrument de circulation et non substituer à celle-ci le travail comme mesure des valeurs. Dans ce premier système, en effet, on ne trouve ni magasin de vente dans lequel se fasse le dépôt et l'évaluation des produits, ni la moindre préoccupation de rémunérer l'ouvrier en temps de travail. La Banque de Proudlion reçoit non les marchandises elles-mêmes, mais les litres qui les représentent et elle les reçoit pour la valeur certaine qHi leur a été attribuée au cours de l'échange par le libre accord des contractants.
La Banque d Echange a pour but de constater, d'enregistrer les valeurs faites, en éliminant seulement ce qui, dans l'échange, vient fausser les rapports qui s'établissent entre les choses. Là est l'analogie avec O^A'^en : Proudhon veut supprimer l'usage delà monnaie. L'obligation pour tout vendeur de transformer son produit en argent pour pouvoir se procurer ce dont il a besoin est l'origine d'un prélèvement capitaliste et la source de toutes les crises. « L'or, dit Proudhon, qu'on se ligure comme la clef du commerce n'en est que le verrou. C'est une sentinelle placée à l'entrée du
débouché qui dit : On ne passe pas ' . » Comme Owen, Proudhon attendait de la suppression de 1 intermédiaire monétaire la disparition des crises, et, par l'extension du débouché, la possibilité d'élendre indéfiniment la production.
Lorsqu'une marchandise a trouvé son débouché et qu'elle s'est échangée avec une autre, son acquéreur reçoit un titre de crédit représentant cette marchandise. La Banque d'Echange" a pour objet de donner à ce titre de crédit le caractère d'vme monnaie : elle remplace ce titre par un bon d'échange, analogue à notre billet de banque sans la garantie métallique, « titre anonyme, échangeable à perpétuité et remboursable à vue, mais seulement contre des marchandises et des services '' ».
A la base de l'émission d'un bon d'échange, il y a donc placement d'une marchandise : la Banque n'intervient qu'ultérieurement à l'opération d'échange ; elle n'a ni à évaluer la marchandise, ni à se préoccuper de lui trouver un débouché et, par là, la tentative de Proudhon devait se diflcrencier de celle d'OAven,puisqu'aucune difficulté n'existait j)our adapter la production à