LEAU
Pour copie conforme : Bourguignon (i).
Nous ignorons où les agents de la police régénérée mirent le mandat à exécution, mais les pièces d'un
(1) Archiva nationales ; série F^, carton 4637.
Foiilaiiie ilel. Le Beiax, Sculpt.
Madamk ROYAI.K. fille de Louis xvi
autre dossier peuvent donner quelques indications à cet égard. Il s'agit de Timprimeur Nicolas, juré du Tribunal Révolutionnaire, arrêté le 9 thermidor comme robespierriste. Nicolas habitait rue Saint-Honoré. Quand on se présenta chez lui, on trouva dans une pièce de Tappartement, Mme de Chalabre : € Se disant chez elle et étant dans le domicile du dit Nicolas, > porte une inscription sur un paquetde papiers saisis (i). Il résulte de tout cela que l'amie de Robespierre logeait chez ce Nicolas. Vraisemblablement se trouvaitelle là encore le 22 thermidor, quand on vint Tarrôter. Conduite à la maison Talaru, rue de la Loi, ci-devant Richelieu, elle n'y demeura point longtemps. En effet, quatre jours plus tardées administrateurs de la police annonçaient son transfert à Sainte- Pélagie. Voici leur lettre :
Commune de Paris.
Département de police régénérée (2).
Le 26 thermidor.
L'an deuxième de la République Française une et indivisible. Aux représentons du Peuple composant le Comité de Sûreté Générale.
Citoyens, En exécution de votre arrêté du 22 de ce mois, nous avons fait arrêter la nommée Chalabre qui a été conduite d'abord à la maison d'arrêt de la rue de la Loi, et de là transférée à Pélagie où elle est actuellement détenue.
Les administrateurs de police régénérée : Gerôme, Lecamus (3).
(1) Archives nationales; série F^, carton 477457. (S) Ce dernier mot est ajouté à la main sur l'en-téte imprimé de Toriginal.
(3) Archives nationales; série F^, carton 4637.
A Sainte-Pélagie, la prisonnière ne fait que passer. Elle est transférée une fois encore, et va à la Bourbe, ou Port-Libre. Des semaines, des mois passent. Peu à peu, la prison se vide, les détenus sont rendus à la liberté, elle seule demeure. Cela dure ainsi jusqu'en pluviôse an III, sept mois. Alors elle se décide à demander sa liberté. Sa lettre est au dossier et prouve le peu de confiance qu'on doit accorder à ses protestations à rincorruptible. Elle a menti, parce que femme, parce que faible, et son idole chue du socle, elle ne manque pas de rappeler € scélérat >. Gela n'a rien d'une Spartiate, on le peut confesser, et prouve qu'aussi bien on aurait grand tort de juger Mme de Chalabre, comme le fit M. Hamel, sur les pièces du recueil Berville et Barrière. C'est le hasard qui vient dédorer son auréole. Elle écrit donc :
Paris, le 29 pluviôse, Tan trois de la République Française, une et indivisible.
Citoyens représentans,
La citoyenne Chalabre, détenue depuis près de sept mois, sans connaître d'autre cause de sa Détention, que d'avoir été voisine du scélérat Robespierre, et chez laquelle, après l'examen le plus exact, on n'a rien trouvé qui puisse faire naître sur son compte le moindre soupçon ; vous expose, qu'âgée de quarantetrois ans, accablée dès sa jeunesse, par l'effet d'une dartre rentrée d'infirmités, qui se sont considérablement accrues avec l'âge, et depuis sa détention ; a besoin de secours et de soins qu'elle ne peut se procurer dans une maison d'arrêt. Elle se recommande à la justice et à l'humanité des membres du Comité de Sûreté Générale ; auxquels elle croit devoir encore observer qu'une maison nationale qu'elle a acquise
et fait réparer à grand frais, tombe en ruine, n'ayant ni portes, ni croisées, et faute de sa surveillance.
Chalabre.
Maison du Port-Libre (i).
Et cette € dartre >,ces infirmités, elle les fait attester par le médecin Thibaut, dans un certificat joint à la pétition. La pièce prouve en outre que Mme de Ghalabre n'était point de la première jeunesse et donne, en l'absence de la date précise de sa naissance, une utile indication.
Je soussigné, ancien médecin, certifie avoir donné mes soins à la citoyenne Chalabre pendant à peu près vingt ans. J'atteste que tout ce qu'elle dit dans le présent mémoire, de ses infirmités et de leur cause, est conforme à la vérité, et qu'elles n'ont pu qu'augmenter par la détantion (sic) surtout à l'époque où elle est de sa vie. A Paris, ce 3o pluviôse, Tan III de
Tère républicaine.
Thibault (2).
Ni la € dartre », ni la propriété nationale menaçant ruine, ne purent fléchir le Comité de Sûreté générale. On laissa la pétition sans réponse et pendant cinq mois encore, Mme de Chalabre expia, au Luxembourg et au Plessis, son enthousiasme pour le € divin » Robespierre. Cela la fit revenir du jacobinisme de l'an II, au point qu'elle renonça à tout jamais aux admirations politiques, quand on la libéra. Elle n'était point de cette étoffe, dans laquelle se taillent les Mme de Staël.
(1) Archives nationales ; série F^, carton 4637.
(2) Archives nationales ; série F^, carton 4637.
(SaaCtto