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lisait l'impérialisme conquérant à l'extérieur et, à
l'intérieur, la.^iéçbristia nisation à outrance , que le
Comité de Salut public avait' blâmée comme une folie
dangereuse.
I Proli, qu'on disait bâtard du prince de Kaunitz,
; chancelier autrichien, avait eu des liaisons suspectes
? avec Dumouriez. Danton l'avait employé après la
(j trahison de ce général pour entamer des ouvertures
secrètes de paix avec l'Autriche. On le soupçonnait de
faire passer à l'ennemi les documents dont il obtenait
communication par Hérault de Séchelles, son ami
intime, qui avait été longtemps chargé de la partie
diplomatique au Comité de Salut public.
Le banquier De Kock, qui recevait Hébert à sa maison de Passy, était considéré comme l'inspirateur et le bailleur de fonds du parti.
Desfieux, Pereira et Dubuisson, très liés avec Proli, étaient des hommes de moralité douteuse, que l'influence d'Hérault avait fait employer à des missions d'espionnage en Suisse ou en Belgique. On les croyait capables de s'être laissés acheter par l'ennemi. |^Les autres accusés, Ronsin, général commandant l'armée révolutionnaire, et son lieutenant Mazuel, commandant en second la même armée, Nicolas Vincent, adjoint au ministère de la Guerre, Leclerc et Bourgeois, chefs des bureaux de la Guerre, Momoro, membre du département de Paris et président de la section de Marat, etc., étaient les chefs qui préparaient l'insurrection et qui auraient bénéficié du changement de régime. Ronsin aurait été dictateur sous le nom de grand juge.
Deux partis avaient un égal intérêt à présenter au public les débats du procès sous un jour qui leur fût avantageux : le parti au gouvernement, c'est-à-dire le Comité de Salut public, qui avait envoyé les accusés au tribunal révolutionnaire, et le parti dantoniste qui, depuis six mois, les avait dénoncés par l'organe de Fabre d'Eglantine et par la plume de Camille Des-
moulins, avec une violence qui tenait de la rage.
Ne soyons donc pas surpris s'il existe deux versions des débats du procès, une version gouvernementale et une version dantoniste.
j. La version gouvernementale ne chercha pas à dissimuler son caractère officiel» au contraire. Elle est contenue dans les publications sorties de l'imprimerie même du tribunal révolutionnaire, dont le directeur était le citoyen Nicolas, juré au tribunal. Ces publications sont au nombre de deux, mais qui se font suite : i° le Journal du tribunal révolutionnaire ; 2 le Procès instruit et jugé au tribunal révolutionnaire contre Hébert et consorts.
Le Journal du tribunal révolutionnaire parut sur une feuille in-4 , c'est-à-dire sur huit pages. Le premier numéro porte ce sous-titre : « Première séance du procès d'Hébert, dit Père Duchêne, et consorts, du premier germinal », et cette épigraphe en exergue : Salus populi suprema lex esto (1). Il n'eut que quatre numéros. Le numéro deux et les suivants sont suivis de cette mention : « De l'imprimerie du tribunal révolutionnaire, grande salle du Palais de justice, à côté du corps de garde.»
A la fin du premier numéro, qui donne uniquement la liste des juges, jurés et accusés, on lit cette note : « N. B. Sur la sollicitation de plusieurs patriotes, qui ont bien voulu se charger de la rédaction de ce journal jusqu'au moment où le procès d'Hébert et consors, prévenus de conspiration, sera jugé, le citoyen Nicolas, imprimeur du tribunal révolutionnaire, s'est chargé de l'impression. Nous donnerons les détails des débats et les dépositions des témoins dans le numéro proj chain. Les numéros ne seront point uniformes, ils varieront ainsi de prix suivant l'augmentation des feuilles. »
Les numéros 2, 3 et 4 donnèrent le texte ou le résumé
î) Bib. nat., Lb 41 3773.
144 ftOBESFIÈfcftfi ÏÊRâDfclStE.
de* déposition* des si* premiers témoins. Le nttméfo 4 s'arrête à peu près au milieu de la déposition du Sixième témoin, le citoyen Jacquemier , et il se termine brusquement par cette note : 4 La conspiration sur laquelle le tribunal vient de prononcer intéressé assez essentiellement les amis de la Uberté et doit assez marque* dans l'histoire de là Révolution, pour que Ton désire d'avoir Utt recueil complet de ce ùîwës intéressant. L'éditeur du journal des débats prévient en conséquence ses concitoyens qu'il va suspendis la distribution par ntttttéros pour s'occuper d*tttte éditioii complète d'après le travail des rédacteurs, dont l'exactitude ne peut faire doute. Nicolas a settf ce tfevait et ce qui sortira d*une autte presse sera à coup sflr d'une exactitude moins certaine. *
Nicolas tint parole. 11 fit paraîtra un pett pltts tard, sous forme d'une brochure de t6i pages de fondât in-8* le recueil des débats du procès, qu'il intitula « PtoCêé inûfuit et jugé du tribunal révolutionnaire contre Hébert et consm (1). Les 65 premières pages de ce recueil sont identiques au texte du Journal, «tvec cette différence que les pages i2 à 30 donnent l'acte d'accusation de Fouquier-Tinville, qui est absent du jottttial. On peut encore noter que lorthographe de certains noms défigurés dans le journal a été rectifiée dans le recueil, Ainsi le Joutnùl (p. 5) avait imprimé : « Jean- Charles îiaut-tavau $, le Procès imprima: «Jean- Charles Lavah *. Le Tîatrt du journal était mis pour Thiébauït, car Charles Laveattx s'appelait aussi Tïtié* battit. A noter enfin que le Prœis, comme le Journal, porte la même épigraphe : Salus fopuli sup tenta tex
ê$tOi
La version officieuse des débats du procès, <jue nous croyons d'inspiration dantoniste, est également contenue dans une publication périodique et dans un
(1) A Paris, de l'imprimerie du tribunal révolutionnaire, rue Honoré, n° 355, maison ci-devant de la Conception. L'an II de la République française. Bib. nak> Lb* 1 1032.
recueil fait d'après celle-là. La publication périodique n'est autre que le Bulletin du tribunal révolutionnaire, qui avait cessé de paraître avec son numéro du 8 frimaire an II et qui reprenait précisément pour le procès d'Hébert (1). Le recueil est intitulé : Procès des conspirateurs Hébert, Ronsin, Vincent et complices, condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire, le 4 germinal Van 2 e delà République, et exécutés le même jour, suivi du Précis de la vie du Père Duchêne (2). Il forme une brochure de 126 pages petit in-12.
Alors que la version officielle sous ses deux formes, journal et recueil, est tout entière sortie des presses d'un unique imprimeur Nicolas, la version officieuse est l'œuvre de deux imprimeurs différents. Le Bulletin du tribunal était édité par l'imprimeur Clément, «cour des Barnabites, en face du Palais, maison Nugerard, traiteur». Le Procès des Conspirateurs parut chez « Caillot, imprimeur-libraire, rue du Cimetière André des Arcs, 46 ».
J'ignore quels rapports unissaient Clément et Caillot, qui étaient voisins, mais je remarque que la publication du second est tout entière empruntée à celle du premier. Elle reproduit jusqu'aux fautes typographiques. Par exemple, le douzième témoin est appelé, dans le Bulletin et dans le Procès des Conspirateurs, « Raymond Germinal », quand son nom véritable était Verninac («Verminat» dans la version officielle) ; par exemple encore, Sambale, peintre, quand le véritable nom est Sambat.
Sur la valeur respective des deux versions, l'officielle
(1) Le procès d'Hébert commence la quatrième partie du Bulletin. La première partie, comprenant cent numéros, avait paru du 6 avril au 6 septembre 1793 ; la deuxième partie, comprenant également cent numéros, du 10 septembre 1793 à brumaire an II ; la troisième partie, ne comprenant que onze numéros, du 4 au 8 frimaire an II.
(2) Sur la page de garde, une gravue symbolise la République. Elle représente une femme armée d'une massue qui foudroie le Père Duchesne auprès de ses fourneaux. Qn lit au-dessous : « La grande frayeur du Père Duchesne ». Bib. nat., Lb" 3774.
et l'officieuse, et sur es deuils de leur confection, l'instruction dn procès de Fouqine^Tinville jette quelque lumière, Le 9 vendémiaire au III, deux mo is après la chute
de Robespierre, quand lft Terreur, changeant de camp, s'attaquait au* hommes de l'an II, Jean-Pierre- Victor Ferrai, âgé de trente-neuf ans, né à Villers-sur- Mer, et juge au tribunal du district de Pont-Challier, c'est^-dii* Fant-l'Ëvêque (Calvados) (1), fut entendu au procèe de Fouquier. Il déposa à l'instruction qu'il avait eu une carte spéciale pour assister au procès d'Hébert. Cette carte signée d'Herman, qui présidait alors le tribunal alternativement avec Dumas, l'auto» risait à « tenir des nottes dudit procès (3) ». Il prit en eflet ces notes, étant placé derrière les juges. Il les a conservées, dit-il, très exactement « Ajoute Je dépo» saut qu'après la première séance, Coffinhal son voisin
alors et de sa section, l'invita h réunir se6 notes au* siennes et à celles de Naulin et Subleyraa, afin de rassembler les preuves et de les consigner dans un ouvrage que le tribunal f eroit imprimer sous le titre de Journal du Proçh l'Hébert ; qu'il se réunit en effet h eux et écrivit sous leur dictée ce qui a servi de copie à l'imprimeur, qui n'a point achevé œ journal sons io format in-4 s^w lequel il a été commencé. Qu'il ne toi étoit p9« difficile $appmmir (3). tant dans la cours de l'instruction publique que dans le travail du journal, qtte l'on vouloit affaiblir et même falro disparaître les preuves 011 indices qui se présentaient de la complicité d'Homrfà, de. Pacte et de Robes-
p) J«a^Pjm**Vfctar Fera} fut délégué 4e U ville de Poatl'Évéque au comité insurrectionnel formé à Caeu par les fédéralietef 4u Calvados» les ne% 90 juin 1793. Il fut traduit, pour ce Uit, au tri* punal révolutionnaire qui l'acquitta, faute de preuves. ÏU* Coinit4 de Sûreté générale décerna contre lui un mandat d'wener, mai» le Comité 4e Salut public le nomma eu même temps au jury o> jugement du trijwuwu* criminel 4e Caea (Archives nationales, f 7 4704),
(a) Archives nationales, W $pi,
(3) Souligné dansle t**te ainsi que Je» pacage» $wvan$« en italique.
pierre que Von voyait derrière eux: Qu'il fat instruit par l'imprimeur que l'on avoit refondu le format de l'édition inr^ pour faire une édition in^8° ; qu'alors il se présenta plusieurs fois chès PimprimeuF pour avoir un exemplaire de la nouvelle édition, que l'imprimeur lui tfépondoit toujours quelle n'étoit pas finie et qu ? enfin ce -ne fut que quinze jours après l'exécution de Danton, époque à laquelle on distribuoit l'édition u*-8f>, qu'il put s'en procurer un exemplaire. Qu'alors, ayant comparé cette édition avec ses noftes, il a remarqué une quantité de soustractions de preuves et d'altérations au point qu'il a remarqué que Von a mis sur le compte de Danton des faits qui existoient contre Paehe et qu'on Va fait si maladroitement que Von a laissé subsiste* dans l'ouvrage même la preuve de ces falsifications, qu'alors, muni de cet exemplaire, il a fait un manuscrit intitulé : Errata de V édition inr*8*, etc., qui contient tous les changements et altérations qui ont eu lieu dans la ditte édition, qu'il en a repais un exemplaire à plusieurs membres de la Convention, auxquels il avoit aussi communiqué pendant l'instruction sa surprise que Poche et Hanriot ne fussent pqs rangés avec Hébert et consors, mais que ces députés lui répondirent qu'ils ne pouvaient que gémir sur de pareilles choses pt qu'aveo le tems on atteindrait tous les complices d'Hébert et Ronsin. Que Coffinhal lui proposa de suivre aussi le procès de Danton, mais que, d'après les choses qu'il avait vu se passer dans le procès d'Hébert, il n'a pas voullu defférer à son invitation. Ajoute qu'à cette époque ou peu de temps après, ayant été instruit que Fabricius, qui de son cété avoit tenu comme le déclarant des nottes pendant l'instruction du procès d'Hér bert, avojt été incarcéré et remplacé pour quelque indiscrétion qu'il avoit eu relativement à V édition *tt«8Q. Alors, prévoyant bien qu'il seroit à son tour incarcéré, {1 quitta Paris dans les premiers jours de floréal, il n'y e&tMe'retoar'que depuis quatre jours. »
^ Cette déposition confirme et précise oe que nous
avait appris le seul examen des deux publications officielles. Elles furent l'œuvre des juges mêmes du tribunal, Coffinhal et Subleyras, aidés de Ferrai et de Naulin. Celui-ci était le substitut de Fouquier-Tinville.
Ferrai accuse la version officielle d'avoir atténué les charges que certains témoignages faisaient peser sur Hanriot et Pache. Il prétend qu'elle mit sur le compte de Danton ce qui avait été dit contre Pache. Enfin il nous apprend que le greffier Paris, dit Fabricius, intime ami de Danton, avait de son côté pris des notes du procès d'Hébert et que ces notes étaient distinctes de celles qui ont été mises en œuvre dans la version officielle. Nous sommes ainsi amenés à nous demander si les notes de Fabrifcius n'ont pas servi à composer la version officieuse que nous qualifions de dantoniste.
Ce même Pâris-Fabricius déposa à son tour dans l'instruction contre Fouquier-Tinville, devant le juge Pissis et le greffier Raymond Josse, et voici comment il s'exprima sur les faits déjà rapportés par Ferrai :
« [Dans l'affaire d'Hébert], un grand nombre de témoins désignoient comme chef d'une faction Pache, sous le nom de grand juge, et Hanriot comme chef militaire secondant cette faction. Un soir, avant la mise en jugement, le tribunal s'assembla en la chambre du conseil et délibéra sur les charges qui se trouvoient portées contre Pache et Hanriot dans les différentes déclarations reçues. Dumas, qui étoit yvre, proposa 3 le mandat d'arrêt contre Hanriot. Fleuriot s'y opposa sous prétexte qu'on ne devoit par arretter le chef de l'armée parisienne sans en avoir référé au Comité de Salut public. Ce dernier avis prévalut et, le même soir, Fouquier, Fleuriot, Dumas et Herman se transportèrent au Comité de Salut public lui faire part de la délibération qui venoit d'avoir lieu. Le déclarant sçut le lendemain qu'ils avoient reçu une semonce de la part du Comité, et particulièrement de Robespierre, pour avoir délibéré sur l'arrestation d'Hanriot, et ils reçurent l'ordre d'écarter les preuves qui pourroient
exister tant contre Pache que contre Hanriot. Les accusés Ronsin, Hébert et autres furent A mis en jugement. Les débats s'ouvrirent et lorsque quelques témoins vouloient parler de Pache et degHanriot, le président Dumas les interrompoit en disant qu'il ne de voit pas être question deux, qu'ils n'étoient pas en jugement et faisoit leur éloge... Le tribunal avoit commis le citoyen Ferai (1), homme de loi, pour recueillir des notes des déclarations qui seroient faites pendant le cours des débats. Naulin, Subleyras et Coffinhal, juges, recueilloient les notes des débats tous les soirs. Ils se rassembloient pour réunir ces notes et en faire un travail pour être livré à l'impression. Il paroît que ce travail a été tellement dénaturé qu'on a supprimé les preuves qui pouvoient exister contre Pache et Hanriot, et qu'on a mis sur le compte de Danton ce qui étoit sur celui de Pache, mais avec une telle maladresse qu'il est impossible de ne pas y reconnoître le maire de Paris. Le citoyen Ferai a fait un petit manuscrit intitulé Errata, qui contient tous Ls changemens frauduleux qu'on a fait dans cet ouvrage. Le déclarant avoit aussi recueilli très exactement note des déclarations faites pendant l'instruction de ce procès, mais elles lui ont été volées pendant sa détention... »
Identique dans l'ensemble à la déposition de Ferai, la déposition de Fabricius rejette en outre sûr le Comité de Salut public, et particulièrement sur Robespierre, la responsabilité de la mise hors de cause d'Hanriot et de Pache.
D'autres précisions intéressantes nous sont enfin fournies par la déposition que fit à l'instruction du procès de Fouquier un autre ami de Danton, l'ingé nicur Dufourny, qui rappela son rôle au procès des hébertistes.
Dufourny déclara, le 9 vendémiaire an III, devant le juge Forestier, qu'il avait déposé au procès d'Hébert
(1) Orthographié ailleurs Ferrai.
contre Hanriot et contre Pache. Il avait reproché au premier des bris de scellés dans une maison d'Asniêies* qui lui avait été prêtée* pour y boire te vin des àaves. Il avait rappelé que, dans cette affaire, Hanriot avait été défendu par Vincent. Au sujet de Pache, il avait rapporté une altercation qu'il avait eue avec Ronsin à la table du maire» au cours de laquelle il avait accusé Rbnsiii d'aspirer à la dictature» Il continua eu ces termes : « Il existait alors un Journal du tribunal révolutionnaire, mais il étoit incomplet et surtout inexact* Aussi cette grande affaim [le procès d'Hébert] qui renfermoit, comme on a vu et comme on éprouve encore, le germe de taht de maux, m'avoit paru exiger que tes débats fussent tracés littéralement afin de jalonner l'avenir et d'éclairer l'histoire. J'avois fait aux jacobins la proposition d'envoyer au tribunal un preneur de nbttes* mais Robespierre» qui étoit toujours der* rière toutes les conspirations pour en recueillir le succès sains en partager les dangers et pour, dans tous les cas, en knoler les chefs, Robespierre, qui sentoit que des faits bien constatés ne laissent aucune latitude à l'imposture, mère de toute tyrannie* s'y était opposé, mais Goffinhal qui* je crois» nes'étoit pas encore abb&ndonné à Robespierre, rédigea dans l'intérieur du par* quet, sous l'autorité du tribunal, à l'aide de plusieurs membres du tribunal* ses collègues, un journal qui fut imprimé, avec la vignette du tribunal* à son imprimerie ; l'extrait que Cofîinhal avoit fait de mes trois déclarations principales étoit informe. J'en fournis un qui fut imprimé, mais parce que Barère, Hanriot et Collot y étaient nomniés t V accusateur public et quelques tkembres du tribunal supprimèrent l'édition. Cette suppression est un mensonge à la nation au nom et en présence de laquelle les jugements se rendent et à laquelle on doit coknpte de la totalité des motifs des jug&meats. C'est uh acte de servitude à l'accusateur public envers ces hommes que je viens dénommer ; c'étoit enfin étouffer la surveillance générale que fappeUois sur les projets
LE PfcOCÊë DÈS HÊBÊtmSÏÉS. Î5I
d'Hanrtot éti$m protecteurs, sur les dangers de l'armée révolutionnaire et sur cet guillotines dont on devoit été* poUtlleT la justice pour ne les confier qu'à la TefteUK Le citoyeii Ferrai peut donner des éclaircissements Sur ces délits.
« Je ne peux taire que, la Veille au soit de Cette skpptèS* sion, Barère me trouvant ati Conseil me dit, en ptësence des mintetres taré, DeforgUes et Destdurnelles j « n eàt bien amer, citoyen Dufourny, d'être nommé au « tribunal révolutionnaire dans Une affaire de conspi* « ration par un citoyen dont la véracité est auSài bien « établie que l'est là vôtre », que je lui ai répondu : « N'âi+je pas jUrè de dire toute la Vêtitè », que Barère, après avoir nie ses relations avec Pï ôiy, avait ajouté : «Attaque* un membre du Comité de Salut public, « c'est ôtet la confiance à ce Comité, c'est attaquer là 4 Représentation nationale », que je lui ai enfin répondu : « Oh ! pour ceci, Barère, les principe^ s'y 41 opposent et j'ai juré de maintenir les principes, iî$ 4 à'opposent à ce qu'aucun représentant s'enveloppe t du manteau de la Convention ou de celui d'un Co* « mité pour se soustraire à l'examen de ses délits pet- 4 sonnels, et plus je désire vivement que là Convên- « tioh et le Comité de Salut public jouissent de la «plus grande confiance, plus je demande que ses t membres soient purs et épurés », que Barère se tut, mate que te fut le lendemain malin que, de concert avec l'accusateur public et autres, il a fait supprimer cette édition et ne m'a donné députe d'autre signe de aie qu'en notant ma mort sous la forme de mandat â' arrêt au 16 germinal. »
Si on se souvient que l'auteur de cette déclaration, Dufourny, ancien [président du département de Paris, fut avec Fabre d'Eglantine l'inventeur et le metteur eu scène de là « Conspiration de l'Étranger », autrement dit du procès des Hébertistes (t), si oh se fcouvientattssi
(x) Voir notre étude Fabre d'Eglantine inventeur do la Conspiration de l'Étranger, dans la 2 e série de nos Etudes robespiertisUs.
qu'il haïssait Robespierre, qui le fit chasser des Jacobins, on sera en état d'apprécier la valeur de son témoignage. De son propre aveu il chercha, en déposant au procès d'Hébert, à mettre en cause Barère et les hommes du Comité de Salut public. Le procès, qui était en grande partie son œuvre, était dans ses mains une arme politique destinée à renverser un gouvernement qu'il craignait. Derrière Proli il visait Barère et, sans doute, Collot d'Herbois, ses anciens protecteurs. Derrière Vincent et Ronsin, il visait Pache et Hanriot.
Il est remarquable que Dufourny avait prémédité son coup. Pour que sa déposition au procès d'Hébert atteignît par ricochet le Comité de Salut public, il fallait que cette déposition fût assurée d'une publicité. Dès le 28 ventôse, deux jours avant le procès, il se plaignait aux jacobins de l'inexactitude du Journal de la Montagne et il demandait que la société se procurât un « tachygraphe », c'est-à-dire un sténographe, « qui recueillera tout ce qui aura été dit, afin que le rédacteur ne laisse échapper rien d'essentiel». Robespierre vit sans doute où Dufourny voulait en venir. Il s'opposa à sa motion pour cette raison qu'il fallait avant tout connaître les rédacteurs auxquels on aurait affaire : « On est exposé à se tromper dans le choix ; par conséquent, il ne faut encore rien innover, afin de ne pas se mettre dans le cas de changer un mal pour ua autre. » Ce que Robespierre ne disait pas, mais ce qu'il sous-entendait, c'est que la raison d'État s'opposait à la publicité intégrale des débats de la société. Le club se rangea à son avis. Mais, battu sur sa proposition de sténographier les débats des jacobins, Dufourny, qui était tenace, revint à la charge un moment après, quand le club aborda l'ordre du jour, qui était la conspiration hébertiste. « Si on avait recueilli, dit-il, les discussions qui ont eu lieu dans les procédures intentées contre les conspirateurs, la France entière eût été éclairée sur toutes les coaspirations et ces lumières
auraient beaucoup servi à déjouer les complotsjqui depuis ont été tramés. Il est de l'intérêt public que l'on fasse connaître aux départements les délits que le tribunal révolutionnaire aura à juger et les indices qui lui seront donnés par les réponses des accusés. Je demande en conséquence que les jacobins avisent aux moyens de se procurer un tachygraphe, au moins pendant le cours de la procédure et du jugement d'Hébert, Vincent et autres. »
Tranchant, Robespierre répondit : « Je demande la question préalable sur cette nouvelle motion, pour les mêmes raisons qui m'ont paru mériter qu'on ajournât la première. »
Dufourny reprit^ «Je désirerais que Robespierre s'expliquât et fît connaître le motif qu'il peut alléguer contre ma motion. »
Alors Couthon intervint : « Un des plus grands moyens que les conspirateurs imaginent pour se sauver est celui de se rendre intéressants ; un autre moyen non moins odieux est celui de diffamer les patriotes les plus purs. Attendez-vous à ce malheur, surtout si le journaliste que vous choisirez se trouve corrompu. Si les conspirateurs se croient perdus, ils chercheront, par un motif de vengeance, à imprimer une tache universelle sur les meilleurs patriotes. C'était là le système de Brissot, Gensonné et autres ; c'est aussi celui d'Hébert et autres, qui sont aussi fins que les premiers. Je demande la question préalable sur la mo- . tion proposée. »
C'était une seconde fois invoquer la raison d'État. La liberté de la presse aurait été une arme pour atteindre les gouvernants dans l'opinion publique. Le club une fois encore exprima sa confiance au Comité en votant la motion de Couthon, Dufourny lui-même se rétracta.
Les dantonistes n'eurent pas le sténographe officiel et patenté qui aurait enregistré leurs attaques indirectes contre Barère, contre Collot, contre Robespierre,
154 fcOBÈSPiÈKkE TERRORISTE.
contre fètib& 9 contre Hanriot, contra tous ceux qui les gênaient att* avenue» du pouvoir. Ils furent obligés de s'en passer, mais ils avisèrent. Ils ressuscitèrent d'emblée le Bulletin du tribunal têvoMioHHditt et ils chargèrent Pàris-Fabrteius, leur homme oui était greffier du tribunal, de prendre note des débats du procès.
Le rédacteur du Bulletin du tribunal devait se réjouir à l'idée de fendre compte du procès d'Hébert. Ce n'était pas seulement pour lui une belle affaire en perspective, c'était, aussi l'occasion d'Uhe Vengeance à exercer.
A la séance des jacobins du 6 brumaire, Hébert s'était plaint amèrement de la façon tendancieuse dont les journalistes avaient rendu compte des débats du procès des girondins. « Il est aisé d'apercevoir, aVait-il dit, l'intention formelle d'atténuer les torts des accusés, de tes justifier* s'il était possible, et d'égaref- l'opinion du peuple* Il existe Un journal intitulé le Bulletin du tribunal révolutionnaire. L'astuce et l'imposture que l'auteur de ce journal met dans sa rédaction sont inconcevables. Il n'est pas de feuille plus dangereuse pour l'opinion publique, et je vous avoue qUe Bnssot lui-même n'aurait pu écrire en sa faveur avec plus d'adresse. On se garde bien d'y insérer tout Ce qui est à la charge des accusés. » Après Hébert, utt citoyen s'était déchaîné à son tour contre le Bulletin du tribunal. « Cette feuille, dit-il, est tellement dangereuse qu'il est essentiel d'en arrêter la circulation. » Il fit la motion de nommer une commission d'enquête et de dénonce? te rédacteur au Comité de Sûreté générale. La commission fut nommée et la dénonciation suivit son cours.
Il ne semble pas cependant que le Comité de Sûreté générale, où les dantonistes étaient encore très forts et où Fabre d'Églantine portait au moment même sa dénonciation sectète contre les hébertîsteS, ait donné satisfaction au* jacobins, puisque le Bulletin du tribuHM continua à paraître en frimaire. Mais il est sigiii-
LE PROCÈS DES ttÊÔfcRîtttËS. 155
âcatif que le journal avait été interrompu juste au moment de te. dénonciation d'Hébert et que sa troi* sièitie partie, qui parut en frimaire, n'eut que onze numéros. Le rédacteur avait eu peur. PeUt-étre n'avait* il été àaUvé que par l'intervention des dantonistes? ^eut-être était-ce à lui que Dufourny avait songé poUi 4 le poste de sténographe officiel dont il avait demandé la création, le 28 ventôse, à la veille des débats du procès d'Hébert? En tout cas, il est certain, à mon sens, que le Bulletin, qui reparut le i è * germinal, rendit compte des débats datts le sens que pouvait souhaiter DUfourhy. Nous n'aurons pas de peine à te déhbntter dans un instant.
Dans la déposition qu'il fit à l'instruction du procès FouqUier*Tinville, et que nous avons citée, Dufourny s'est plaint avec amertume de l'inexactitude du Journal du tribunal révolutionnait e, du Joutnal et non du Bulletin. Le journal dont il parle ne peut être que la publication officielle qui fut rédigée par les juges Cofflnhal, SUbleyras et Naulin, et imprimée par Nicolas. Il a prétendu dâhs sa passion qu'un numéro de ce journal fut supprimé le lendemain du jour où il eut avec Barêre une explication fort vive. Il est possible que Barète ait fait, en efiet, des reproches à Dufourny sur sa déposition, mais nous gavons que lé Journal du tri* bunal révolutionnaire ne fut pas supprimé,. mais qu'il cessa de paraître périodiquement après son numéro 4 pour se transformer eiï un recueil dans lequel il entra comme partie intégrante. Dufourny inVoqUe à l'appui de son dire le témoignage de Ferai. Ferai ne parle pas de suppression, mais seulement de suspension.
Si Y erratum, que Ferai avait rédigé pour servir de correctif à la publication officielle, s'était retrouvé, nous saurions exactement jusqu'à quel point les juges du tribuhal ont remanié et dénaturé les dépositions des témoins» Mais cet erratum, qui existe peut-être dans quelque dossier ignoré, n'a pas encore été mis au jour» Pour contrôler les accusations de Ferai, de Pâris-Fabri-
cius et de Dufourny, il ne nous reste que les deux publications simultanées et rivales, celle de Nicolas et celle de Clément-Caillot. Leur comparaison ne peut manquer de nous fournir quelques constatations intéressantes.
La déposition de Dufourny est beaucoup plus longue et plus détaillée dans le Bulletin que dans le Journal, et cela seul est un indice que le rédacteur soignait les dépositions des dantonistes. En outre, on peut relever entre les deux versions des différences significatives. On lit dans le Bulletin (1) : « Ronsin voulait que l'on se ralliât à La Valette pour conduire à la guillotine Bourdon de l'Oise, Fabre d'Eglantine, Dufourny, Robespierre. »
On lit dans la publication officielle Procès instruit et jugé au tribunal révolutionnaire contre Hébert, p. 39 : « Ronsin disait dans sa prison à ses coalisés qu'il fallait se rallier pour faire guillotiner Philippeaux. » Les noms de Bourdon, de Fabre, de Dufourny, de Robespierre ont disparu.
La raison de ces différences n'est pas aisée à démêler. Dufourny, en nommant Robespierre à côté de ses amis Fabre et Bourdon, a eu l'intention de rendre le premier solidaire des seconds. Il veut que l'opinion continue d'associer les deux noms de Robespierre et de Danton, que le nom de Robespierre soit un bouclier pour son parti.
Mais Robespierre et le Comité, qui ont déjà décidé à cette date l'arrestation des dantonistes, ne veulent pas que l'opinion s'égare. Les juges du tribunal, qui rédigent le récit officiel, pratiquent donc dans la déposition de Dufourny les suppressions que nous avons relevées.
Pourquoi Dufourny a-t-il nommé La Valette, dont le nom a disparu aussi de la version officielle? Sans doute parce que La Valette, poursuivi par les rancunes
(1) Je cite le Bulletin d'après la reproduction qu'en ont donnée Bûchez et Roux dans leur Histoire parlementaire, t. XXXI. La citation est à la page 374» »
de Duhem et des dantonistes pour sa conduite à Lille, a été défendu et sauvé par Robespierre.
On lit encore dans la version dantoniste de la déposition de Dufourny : « On se demande d'abord quel est le dénonciateur de Desfieux, et Ton répond : c'est Robespierre (1). » Ce passage a disparu de la version officielle.
A disparu de même cet autre passage de la même déposition : « Proly n'est qu'un intrigant... C'est un homme fort adroit, fort astucieux, rôdant sans cesse autour des comités de la Convention, s'y introduisant sous mille prétexte et rédigeant même quelquefois pour Hérault et Barère, qui avaient beaucoup de confiance en lui... (2). » H ne faut pas que le public puisse s'imaginer que Barère a eu des relations compromettantes avec un Proli !
Quand Dufourny eut fini de parler, le président Dumas demanda aux accusés ce qu'ils avaient à répondre : « Ronsin, avez-vous dit qu'il fallait se ralier à La Valette pour conduire à la guillotine certains individus par vous désignés? » Ronsin répond : « Jamais il ne m'est arrivé de former des projets aussi sanguinaires, même contre mes plus dangereux ennemis, et je soutiens le fait de toute fausseté (3). » La question du président et la réponse de Ronsin, qui figurent en ces termes dans le Bulletin, ont complètement disparu de la version officielle.
|§ Le président demande à Desfieux : « Avez-vous eu le dessein de faire afficher des pétitions tendantes à opérer votre élargissement et celui de vos amis? Avez-vous entretenu des intelligences tendantes à vous faire un parti chez les Liégeois? » [Il s'agit des Liégeois réfugiés à Paris, qui soutenaient en majorité la politique hébertiste (4).] Desfieux nie purement et simplement. Cet incident est absolument passé sous silence dans la
(1) Bûchez et Roux, t. XXXI, p. 374.
(2) Ibid., p. 375.
(3) Ibid. t p. 377.
(4) Voir[mon livre t La Révolution et les Elfan£erè, chapitre III»
J$8 WWRSFIS1RR TBRJtpmSTE.
version officielle où il n'est nullement question des
Liégeois.
Dumas s'adresse maintenant à Proli : « Proly, avez vous fait des soustraction* dans les bureaux des comité de la Convention, comme vous en êtes accusé? — R t Je a'ai rien à me reprocher 4 cet égard et les. soustractions dont on me charge n'ont jamais été mon ouvrage.,.. » Cette question et cette réplique sont inconnues & la version officielle.
Si la déposition do Puf ourny est incomplète dam te récit officiel, en revanche la déposition de Jacques Moine, agent comptable dans la fabrication det armes, y est relatée d'uue façon beaucoup pj^ précise,
C'est ici la version dantoniste qui est écourtée et
fautive. Jacques Moine, dans le Bulletin, ne parle
qu'en termes vagues des banquiers qui s'étaient enrichis « en faisant passer des fonds aux ennemis eaçté* rieur* et aux émigrés », Pans le recueil de Nieolas,
il nomme ces banquiers Grefeuil (lise» Greffulhe) et
Mons (Use? Monts), Ce* banquiers ne sont pas désignés dans le récit dantoniste, De ntè&s Moine dit plu$ loin, dans le recueil de Nicolas, que Pesfieus avait des connaissances détestables, «notamment avec un nommé Peyrateau, et que Grefeuil se rendait habituellement au comité qui se tenait chez Pesfteujc » t
Aucune trace de ces financiers dans la version de Clé-»
ment^Cailiot* I*es dantoniste» n'aimaient pas contrister les' banquiers en jetant leurs noms en pâture ài'ppmiçn, la déposition du peintre Samb&t, juré au tribunal, est a peu près semblable dans les deu* versions* Cependant, dans la version dantoniste, il y a un peu plus de détails. « Hébert, dtyôl dans le &**U*i*n t dans une affiche, a fait des sorties indécentes contre Pan*ton, il a essayé de Je vilipender par œtte affiche. Jl y
a eu des intrigues de la part de Momoro et Delcloche, concertées avec Vincent, pour faire recevoir ee dernier aux Jacobins.... » Rien sur cette affiche d'Hébert dans la version officielle,
LE PROCÈS CES «éSERTISTSS. *59
Dumas reproche à ProJi d'avoir poussé k & pais m
lendemain de la trahison de Pumouries. Pr^y nie, Dumas, pour le confondre, lui réplique î < Comment accorderez-vous votre repose avec une lettre 4e VOUS h Pampjerre : lettre trouvée dans la poche (Je es dernier, et qui traitait de négociations 4e paix avec ie& ennemis? -^ R> J'accorderai facilement le tout et je ne dirai que la vérité- Lorsque l'arma du Nor4 se trouvait réduite dans une certaine Stupeur, pa* quel» que» échecs procédant de trahisons, q^ d§ toute autre cause., quelques membres 4u Comité 4e Salut publie
m'engagèrent à écrire à Darnpierre pouf l'invite? à
insinuer adroitement aux puissances qoaljiées de reconnaître la République française et de se retirer (1). # Pour comprendre cet incident, il faut se souvenir que Je général Parnpierre, que l'influence 4e Panton avait fait nommer commandant en chef 4e l'armée du l^prd après la trahison de Dumouries, avait essayé d'entamer des négociations 4e paix av$ p le prince de Cpbourg sur la base de récb&nge de la famille royale avec les conventionnels, que Pumouries avait livrée
à l'ennemi. Quand Darnpierre fut frappé à mort W début de mai dans un combat, on trouva dans la poçbe de sa redingote des documents compromettante qui prouvaient l'existence de ses pourparlers avee l'Autriche («)• Je n'ai pas retrouvé cet incident 4ans le recueil de Nicolas- Si les daptoniste$ l'qnt relaté et
si les juges l'ont passé sous silence, c'est que les uns
et les autres avaient sans 4oute pour cela 4ee faisons* mais qui m'échappent.
La déposition du dantouiste Charles l^aveaus, ancien rédacteur du Jownvl de la Mçntagm, est éeourtée dans la version officielle. Au contraire, la déposition
du Belge Charles Jobert (ou Jaubert), espion & la
solde du Comité de Sûreté générite. est beaucoup $us
(1) Bûchez et Roux, XXXI, p. 380.
(2) Voir mon livre Danton a la Paix.
IÔO ROBESPIERRE TERRORISTE.
longue et circonstanciée dans le recueil de Nicolas que dans le recueil de Clément-Caillot.
pif Les dépositions des huitième et neuvième témoins* Antoine-Marie-Charles Garnier, député, et Félix- Thomas Riden, greffier à Saint-Lazare, sont assez développées dans la version officielle, alors qu'elles sont réduites à cette ligne dédaigneuse dans la version dantoniste : « Les 8 e et 9 e dépositions n'ont donné aucun renseignement important. »
La déposition du onzième témoin, qui était le général Auguste Danican, est complètement supprimée dans le recueil dantoniste.
La déposition du douzième témoin, Raymond Verninac, ministre de la République en Suède, mérite une mention particulière, parce qu'elle mit Pache en cause. Il déclara que le 17 ventôse, ayant rencontré le général Laumur, celui-ci lui avait dit « que l'on parloit de l'établissement d'un grand juge ; que l'on désignoit Pache pour remplir cette fonction ; que lui, témoin, parlant de la nécessité de la réunion entre les patriotes, Laumur répliqua : en coupant cinq à six têtes, cela sera bien aisé (1). »
Le président interpella Laumur sur cette déclaration. Laumur répondit «ne pas ^se rappeler s'il a nommé Pache ; déclare au surplus qu'il a raisonné sur le projet de nommer un chef d'après les bruits publics et qu'il a parlé de couper cinq à six têtes comme-d'autres choses (2). »
Il est remarquable que, dans les deux versions, le nom de Pache est en toutes lettres. On peut alors se demander si Ferai, Dufourny et Pâris-Fabricius, qui ont accusé les rédacteurs de la version officielle d'avoir intentionnellement supprimé le nom de Pache, ont dit la vérité.
^La^version^dantoniste est beaucoup moins circons*
(1) Procès instruit et jugé contre Hébert, pi 8si
(2) Ibid., p. 85:
tancîée sur cet incident que la version officielle» Elle ne mentionne pas l'interpellation du président à Laumur, ni la réponse de Laumur, qui était un demi^aveu. A l'instruction, le 23 ventôse* devant le juge Ardouin, Laumur avait déclaré que le dictateur dont i! était question ne serait « ni Danton ni Robespierre, étant de la société des jacobins, mais qu'on croyait qu'on le choisirait dans la municipalité », ce qui était indiquer Pache, tout en ne le nommant pas (1).
Il y a mieux. Le témoin Fleuri-Gombeau, trésorier de la gendarmerie, qui avait assisté à la conversation de Laumur avec Verninac, le 17 ventôse, confirma la déposition de Verninac sur les propos de Laumur. Sa déposition figure dans la version officielle. Il n'en est absolument pas -trace dans la version dantoniste.
Le président interroge de nouveau Laumur sur les déclarations de Gombeau. Laumur répond qu'il a dit à Verninac que « les Cordeliers ayant fait cette levée de bouclieis,ils ne choisiroientsans doute que Danton, et ne s'adresseraient ni à Robespierre ni à Pache, contre lesquels ils paroissoient être (2). * Cette seconde réponse de Laumur a complètement disparu comme la première de la version dantoniste. Si Coffinhal, Subleyras et Naulin, qui ont rédigé la version officielle, ont substitué, comme Dufourny les en accuse, le nom de Danton au nom de Pache, ils ont été d'une maladresse insigne, car, dan9 la phrase mêmé^ où Laumur nomme Danton, ils laissent subsister les noms de Pache et de Robespierre. Singulière façoti de ne pas attirer l'attention publique sur ces deux derniers.
Ce n'est pas tout. Westermann dépose à son tour. Lui aussi a rencontré Laumur, qui lui a parlé de la conjuration « sans avoir l'air d'y applaudir », et Laumur ajouta : « — Oh 1 vous ne savez pas le fin mot ;
^ (ij Tttetey, Répertoire, t. X, n° 2383.
"" (2) Procès instruit contre Hébert&p. 87.
l'on veut un grand juge, le terme de dictateur étant trop connu et trop effarouchant, mais je suis bien sûr que les intrigants n'y réussiront pas (i). »
Le président, pour la troisième fois, interpelle Laumur. Oui ou non a-t-il parlé d'un grand juge et qui a-t-il désigné. pour remplir cet emploi? Laumur « prétend que c'est le témoin [c'est-à-dire Westermann] qui lui a parlé de Pache, et le témoin au contraire soutient que c'est Laumur (2) ». Cette réponse de Laumur, comme ses réponses antérieures, sont complètement absentes de la version dantoniste. Pourquoi? „
Pourquoi la version officielle relate-t-elle cette mise en cause de Pache, si elle avait voulu à tout prix couvrir ce dernier, comme le prétend Dufourny ?
Il est singulier que Westermann, en relatant le propos de Laumur, s'efforce de décharger celui-ci de toute inculpation. Laumur, dit-il, parlait de la conjuration « sans avoir l'air d'y applaudir ».
Le quinzième témoin, Thérèse-Geneviève Tavernier, veuve Marquis, dépose que, le décadi précédent, Westermann lui avait parlé de la guerre de Vendée * qui serait finie il y a longtemps sans les intrigues de Ronsin » ; que Westermann « ajouta que Danton étoit désigné pour être grand juge ; ce que .le témoin répondit croire assez, le nommé Allard, son voisin, lui ayant dit que Danton passoit pour devoir être dictateur (3) ».
Le président interpelle Westermann. H répond sur Ronsin. Il ne dit-rien du propos sur Danton. Alors le président l'interrompt et lui observe * qu'il étoit possible que Pache, qui a voit jusqu'à présent mérité la confiance du peuple, fut mis en avant par la conjuration sans son adhésion, et observe au témoin qu'il n'est pas possible que l'idée de Pache lui soit venue sans qu'il en ait entendu parler ».
(1) Ibid., p. R7.
(2) Ibid., p. 88-89.
(3) Ibid., p. 89.
Ce passage de la version officielle — qui n'offre aucune analogie avec la version dantoniste — ne laisse pas d'étonner. Thérèse Tavernier, d'après la version officielle, n'a parlé que de Danton. Westermann n'a parlé ni de Danton ni de Pache, et le président ne parle que de Pache, sans faire allusion à Danton. Cela ressemble par trop évidemment aux propos interrompus. Ce n'est pas la physionomie fidèle des débats. On voudrait pouvoir comparer ici les deux versions, mais la version dantoniste est absolument muette sur Thérèse Tavernier, sur les interrogations du président, sur la réponse de Westermann et la réplique du président.
La fin du procès, les débats des 3 et 4 germinal sont extrêmement écourtés dans la version dantoniste, qui n'a pas noté la déposition du 26 e témoin, Pierre Allard, qui revint sur les propos de Westermann relatifs à Ronsin. A cette occasion, le président pressa de nou* veau Laumur de s'expliquer sur les propos qu'on lui prêtait relatifs au grand juge. « Laumur, dit la version officielle, qui avoit provoqué la déclaration du témoin sur ce fait, pressé de nouveau de s'expliquer sur le projet de créer un grand juge, avoue en avoir parlé à Westermann et autres, même avoir nommé Danton, mais persiste à dire que ce n'étoit que l'effet du bruit public et de ses combinaisons politiques sur la conduite des Cordeliers (1). »
A première vue, si on admet la véracité de la Version officieUe, que la version dantoniste ne contredit pas sur ce point, il peut paraître surprenant que le général Laumur, inculpé d'hébertisme, ait songé à Danton pour en faire un grand juge. Danton n'était-il pas le chef des ennemis de l'hébertisme? On semble alors très disposé à croire que le nom de Danton a partout été substitué au nom de Pache, et Dufourny aurait dit la vérité au procès de Fouquier-Tinville.
(1) Procès instruit contre Hébert, p. 110.
Cependant Laumur déclara à l'instruction que les noms de Danton et de Robespierre avaient été mis en avant pour le poste de grand juge. Il ajouta qu'on les avait écartés parce qu'ils étaient jacobins. Mais l'aveu reste, Il fut question de Danton dans les conversations qu'il eut avec Westermann, avec Gombeau, avec Thérèse Tavernier, avec Pierre Allarl
La présence du nom de Danton dans sa déposition secrète faite à l'instruction ne permet pas de supposer que le nom de Danton n'a pas été prononcé à Tau* dience et qu'il aurait été partout substitué au nom de Pache par les rédacteurs de la version officielle.
On peut et on doit se demander pourquoi ces rédao teurs, les juges Subleyras, Coffinhal et Naulin, auraient fait ce faux dont Dufourny et Ferrai les accusent? S'il était absurde de supposer que certains hébertistes aient pu songer à Danton pour les aider à renverser le Comité de Salut public, pourquoi les juges auraientils introduit cette absurdité dans les débats du procès? Quel avantage en eût retiré la cause officielle? On ne fait pas un faux sans motif, pour le plaisir ! Or, s'il était absurde de supposer que les hébertistes avaient pensé à Danton pour la fonction de grand juge, à quoi servait le faux, sinon à jeter le soupçon sur la véracité de la publication officielle"
Mais en quoi la chose était-elle absurde? Un mois exactement avant la tentative d'insurrection des Cordeliers, le 14 pluviôse, Danton s'était joint à ceux qui avaient demandé la mise en liberté de Vincent et de Ronsin, qui avaient été incarcérés sur la dénonciation de Fabre d'Eglantine. A cette occasion, il avait affecté de se tenir au-dessus et en dehors des partis dans la position d'un arbitre désintéressé : « Ainsi, je défends Ronsin et Vincent contre des préventions, de même que je défendrai Fabre et mes autres collègues tant qu'on n'aura pas porté dans mon' âme une^conviction contraire à l'opinion que j'en'ai.*»^ * * ""**
II est remarquable que les hébertistes, qui atta-
quaient vertement Desmoulins, Philippeaux, Fabre d'Eglantine, Bourdon de l'Oise, Chabot et Basire, épargnent Danton dans les semaines qui précèdent leur tentative et au cours de cette tentative même Hubert, jadis si acharné contre lui au mois d'août 1793, se tait. Vincent, Momoro, Ronsin, tous se taisent N'avaient-ils pas pour cela leurs raisons?
De sa prison, l'hébertiste Proli écrivait à Jeanbott Saint-André pour le prier d'intervenir auprès de Dan* ton en sa faveur, « afin de le ramener à des sentiments plus bienveillants pour lui (1) ».
Un ami de Danton, Daubigni, figurait alors dans le parti hébertiste. Il avait violemment attaqué Bourdon de l'Oise et défendu Rossignol. Daubigni ménageait Danton. Après thermidor, il fut un des rares révolutionnaires qui essaiera, vainement d'ail leurs, de prendre la défense de sa mémoire.
Il est curieux que Westermann ait été intime avec Laumur, un des généraux sûr lesquels comptaient . les hébertistes, et qui sera guillotiné avec eux. Que signifient ces confidences que Laumur faisait à Westermann sur le plan des conjurés, sur le choix de leur grand juge? Westermann les écoutait et, quand il déposa au procès, il se porta garant des bonnes intenj tions de Laumur.
Westermann avait alors à se plaindre du Comité de Salut public qui venait de le destituer. Il aurait dû être arrêté, mais le dantoniste Lecointre avait fait décréter, le 18 nivôse, que, par exception à la loi qui ordonnait l'incarcération de tous les fonctionnaires destitués, il resterait en liberté. Westermann était un soudard propre à tous les coups de main. Il ne serait pas autrement surprenant que Laumur et Ronsin eussent essayé de l'enrôler dans leur entreprise.
(1) Voir cette lettre dans les Annales révolutionnaires, 1916, t. VIII, p. 147.
Iv.fô.
Les partis n'avaient alors aucune fixité, aucuns contours arrêtés. Parmi les Indulgents comme parmi les Exagérés, il y avait bien des nuances, bien des ambitions, bien des intérêts. Les uns et les autres se sentaient menacés par le Comité de Salut public. Il n'y aurait rien d'impossible que les éléments troubles qu'ils renfermaient eussent cherché à collaborer dans le coup de main qu'ils préparaient comme un moyen de salut.
Laumur savait comme tout le monde les relations de Westermann avec Danton. En lui parlant de dictateur, de grand juge qu'on instituerait après le coup, il a fort bien pu le tâter sur Danton.
g A toutes les grandes crises, Danton avait été accusé ! de désirer la dictature. L'imprimeur Brune, futur ! maréchal de France, voisin et ami de Danton, disait au café Procope, au temps de l'agitation républicaine qui suivit la fuite à Varennes, qu'il fallait proclamer M. Danton tribun du peuple (i). Au 10 août 1792, au 10 mars et au 31 mai 1793, la presse se fit l'écho des aspirations de Danton à la dictature. Les mêmes bruits coururent en mars et avril 1794 (2).
C'est "un fait que les contemporains ont cru que Danton s'était entendu avec les hébertistes contre le Comité de Salut public. L'espion royaliste qui, de Paris, informait d'Antraigues lui écrivait, le 20 ventôse, quelques jours avant l'arrestation des hébertistes : « Quelques-uns de ces scélérats d'aristocrates prétendent que Danton est derrière Hébert et qu'il presse ce Père Duchesne de se déchaîner contre Robespierre, que le premier veut dégotter dans l'opinion publique pour se rendre seul maître de nos destituées... (3). » L'espion ajoutait avec finesse que Danton
(1) Voir mon livre sur le Club des Cordeliers, p. 133, note.
(2) Voir entre autres la lettre de Miles à Noël, du 11 avril 1794, la ettre de Mallet du Pan à lord Elgin, du 3 août 1794, etc.
(3) Voir la seconde série de mes Etudes robespierristes ,La Conspiration de l'Étranger, p. 210.
se débarrasserait ensuite d'Hébert et de sa faction quand il s'en serait servi contre le Comité.
Robespierre et Saint- Just eurent la même impression . ^ que l'espion royaliste. Ils crurent que les deux fac- vï. D ♦ tions, hébertiste et dantoniste, cherchaient à se rapprocher et à se liguer : « La faction des Indulgens, qui veulent sauver les criminels, et la faction de l'Etranger, qui se montre hautaine parce qu'elle ne peut faire autrement sans se démasquer, mais qui tourne sa sévérité contre les défenseurs du peuple, toutes ces factions se retrouvent la nuit pour concerter leurs attentats du jour, elles paraissent se combattre pour que l'opinion se partage entre elles ; elles se rapprochent ensuite pour étouffer la liberté entre deux crimes (1). »
Quand la version officielle du procès des hébertistesf met dans la bouche de certains témoins la désignation éventuelle de Danton comme grand juge, non seulement elle ne pèche pas contre la vraisemblance, mais elle ne s'écarte pas de la logique.
Les dantonistes qui, après thermidor, déposèrent au procès de Fouquier-Tinville, ont peut-être raison d'accuser la version officielle d'avoir systématiquement supprimé des dépositions des témoins tout ce qui compromettait Barère et les membres du Comité de Salut public ; ils. sont sans doute aussi dans le vrai quand ils accusent le Comité et le tribunal d'avoir eu le dessein de mettre hors de cause Pache et Hanriot, que protégeait Robespierre (2) ; mais on commettrait, à mon avis, une erreur grave en donnant à leurs accusations une portée générale et absolue. De ce qu'ils ont dit que la version officielle avait parfois attribué à Danton 6e qui concernait Pache, il ne s'ensuit nullement qu'aucun témoin n'a mis en cause Danton .
(x) Rapport du 23 ventôse an II.
(2) Voir dans les AnmUa révolutionnaires, 1916, t. VIII, p. 147 notre note sur l'arrestation de Pache.
l68 ROBESPIERRE TERRORISTE.
La déposition de Laumur à l'instruction suffirait à prouver le contraire.
Le silence de la version dantoniste sur ces incidents trahit l'embarras ou la peur.
Nous savons maintenant à quoi nous en tenir. H est évident que dantonistes et gouvernementaux cherchèrent dans le procès des hébertistes des armes les uns contre les autres. Les premiers s'efforcèrent de compromettre les seconds avec les conspirateurs. Les gouvernementaux esquissèrent la manœuvre inverse. Le compte rendu des débats fut un champ de bataille. Il s'agissait de s'emparer de l'opinion pu* blique. C'est ce qu'il ne faut jamais oublier quand on utilise les relations du procès. A les prendre pour argent comptant et sans contrôle, on s'expose à de sérieux mécomptes. N'est-il pas curieux que les auteurs robes* pierristes de l'Histoire parlementaire, de la Révolution, Bûchez et Roux, n'aient pas su distinguer entre les deux versions et qu'ils aient reproduit dans leur compilation précisément la version dantoniste? Ils ont transcrit sans choix et sans critique la première venue, et ils ont préféré celle-là sans doute parce qu'elle était la plus courte.
Il serait grand temps cependant que l'histoire de la Révolution entrât dans une phase scientifique.
Mesdames» Messieurs,
A ceux d'entre vous qui seraient tentés de croire qu0 le seul souci de l'actualité a inspiré les conférences sur Robespierre que nous organisons cette année dans cette École si accueillante à toute pensée sincère, )e dois fournir une explication préliminaire. Nous n'avoîis pas attendu ni la grande guerre, ni le bolchevisme, ni la Chambre introuvable pour tourner nos regards vers le chef si palomnié de la Montagne. Notre société des études robéspierristes existe depuis X908, C'est une société historique, un atelier de libres recherches qui a poursuivi son œuvre, j'ose le dire, sans autre préoccupation que celle de la vérité. Et ce sont quelques-uns des résultats de ces recherches que mes collaborateurs et moi nous aurons l'honneur de vous exposer*
Mais pourquoi, dès 1908, avons-nous cru qu'il était utile, qu'il était urgent d'étudier Robespierre et de plaider enfin sur pièces ce grand procès que Gambacérès renvoyait au jugement de la postérité ? C'est de toute évidence que les ardentes apologies dantonistes parues dans le dernier quart du XIX e siècle, et les non moins ardentes diatribes antf*robespierristes dont elles se doublaient, ne nous avaient pas convaincus.
Il nous semblait difficile d'admettre que l'homme d'État, qui jouit de son vivant d'une popularité
(1) Conférence faite à l'École des hautes études sociales 1 14 janvier 1920 et publiée dans la Gtmnd* Revue d'avril 1920.
immense, telle qu'il n'y en eut peut-être jamais, et dont la mort laissa un tel vide que la République fut ébranlée jusqu'à la base, n'aurait été qu'un politicien médiocre presque dénué de talents ; il nous semblait impossible de croire que celui que les Sans-Culottes 1 surnommaient l'Incorruptible n'aurait été qu'un am- I bitieux sans scrupules qui n'aurait eu de la vertu I que le masque. Nous remarquions que les thermido» fll riens eux-mêmes, depuis Cambon jusqu'à Barras en passant par Barère, avaient déploré amèrement, au temps de l'Empire et de la Restauration, la lourde faute qu'ils avaient commise en renversant avec Robespierre la République honnête, la République véritable. Nous enregistrions leurs mea culpa et nous constations que tous les républicains de la période héroïque, ceux qui connaissaient plus les prisons et les échafauds que les places et les honneurs, avaient vénéré la mémoire de Robespierre comme celle d'un grand patriote qui n'avait jamais désespéré de la victoire et qui avait été l'âme du glorieux Comité de Salut j public, comme celle d'un grand démocrate, victime de sa foi, dont ils se proclamaient fièrement les disciples et les continuateurs. Robespierrisme et Démocratie furent une seule et même chose dans 1 esprit de nos pères jusqu'après 1848. Nous ne pouvions parvenir à comprendre que les contemporains et leurs successeurs immédiats se fussent aussi lourdement trompés que de considérer comme un précurseur et un prophète l'homme qu'on nous représente volontiers aujourd'hui comme un politique rétrograde encore imbu de l'esprit du passé.
Mais si nous pressions l'argumentation de nos adversaires, nous constations avec étonnement qu'elle se réduisait en somme à trois griefs.
Le premier, très ancien, ramassé dans la boue thermidorienne, consistait à rejeter sur Robespierre, comme sur un bouc émissaire, la responsabilité exclusive du sang versé sous la Terreur.
Le second, héritaere de l'hébertisme réchauffé par Michelet et Quinet, consistait à faire un crime à Robespierre de s'être opposé à la déchristianisation violente, à la proscription absolue du catholicisme, et de s'être institué ensuite, par fanatisme, le Pontife de l'Être suprême.
Le troisième grief enfin, formulé avec une passion haineuse par un illuminé du positivisme, le docteur Robinet, était d'un ordre personnel et sentimental. On ne pardonnait pas à Robespierre d'avoir eu le courage de traduire Danton au tribunal révolutionnaire.
Je ne dirai rien aujourd'hui du premier de ces griefs, du terrorisme de Robespierre, puisque je me propose de l'examiner à fond devant vous dans une étude spéciale (1).
Sur le second point, sur le prétendu pontificat de Robespierre, je pense que mes différents ouvrages sur les Cultes révolutionnaires, sur la Révolution et l'Église, ont fait une lumière suffisante et qu'il n'est pas un historien sérieux qui oserait soutenir aujourd'hui que Robespierre inventa un nouveau culte, quand les systèmes de fêtes civiques, qu'il se borna à coordonner, naquirent spontanément de l'élan enthousiaste des Fédérations et des nécessités de la propagande révolutionnaire. Je pense avoir établi, avec des preuves dont j'attends depuis quinze ans la •réfutation, que l'attitude de Robespierre devant Ile problème religieux fut la même que celle de la [grande majorité des Conventionnels et de Danton lui- Imêmé. Examinant son rôle dans la déchristianisation, je crois avoir montré qu'il n'avait été inspiré que par le seul souci des intérêts supérieurs de la patrie et de la République et que son initiative avait été non seulement légitime mais bienfaisante. On fait à Robespierre un crime de n'avoir pas tué le catholicisme par la violence ! Crime singulier sous la plume
li) On la trouvera en tête de ce recueil.
des mêmes écrivains qui lui reprochent également ses soi-disant excès terroristes ! Maxo je n'ai pas besoin d'insister, puisque mon excellent collaborateur et ami, M. Maurice Dommanget, qui a pu vérifier l'exactitude de mes conclusions dans un remarquable essai sur la Déchristianisation dans l'Oite, fera devant vous bonne justice d'une légende aussi absurde que malveillante. Reste le troisième grief : Danton. Si j'avais ici quelque chose à reprocher à Robespierre, ce ne serait pas d'avoir enfin consenti à abandonner un démagogue affamé de jouissances qui s'était vendu à tous ceux qui avaient bien voulu l'acheter, à la Cour comme aux Lameth, aux fournisseurs comme aux contre-révolutionnaires, m unauvais Français qui doutait de la victoire et quf"préparait dans l'ombre une paix honteuse avec l'ennemi, un révolutionnaire hypocrite qui était devenu le suprême espoir du parti royaliste. Non !
\\ je reprocherais bien plutôt à Robespierre d'avoir peutêtre trop attendu pour prendre son parti et d'avoir risqué, par une indulgence excessive, qu'explique le souvenir d'une ancienne camaraderie politique, d'avoir risqué, par ses ménagements et ses hésitations, de donner le temps à la conjuration du défaitisme et de la
' corruption de mûrir et d'éclater. Rappelons-nous que la Convention thermidorienne elle-même, si peu diffi-
^cile qu'elle fût en matière de vertu, refusa de comprendre Danton et ses complices dans la longue liste de ses membres victimes de la Terreur qu'elle réhabilita
^solennellement en bloc le n vendémiaire an IV. Aucun ami de Danton, dans une assemblée qui en comptait plusieurs, n'osa protester d'un sei#* mot contre cette nouvelle flétrissure plus grave peut-être que la condamnation du tribunal révolutionnaire. Ce n'est que beaucoup plus tard, quand les survivais de la grande époque s'étaient éteints l'un après l'ai que la cause de Danton trouva enfin quelques d< seurs. Sa légende — j'ai produit à ce sujet des textes qui ne laissent aucun doute — fut l'œuvre de ses fils et
d'un sien cousin éloigné qui occupa une haute charge au ministère de l'Instruction publique sous le gouvernement de Juillet- et sous le second Empire, Les plaidoyers de la famille de Danton égarèrent des historiens de la valeur de VilHaumé et de Michelet, Ils trouvèrent une aide inattendue dans la petite chapelle positiviste qui regarda bientôt, avec les yeux de la foi, le viveur Danton comme un fils intellectuel de Diderot et|un précurseur d'Auguste Comte. L'entreprise de mensonge et de falsification réussit à s'emparer de l'opinion après 1870 , pour des raisons multiples, mais où l'intérlt de parti joua le premier rôle, Dès qu'il m'a été possible de vérifier sur les pièces d'archives les allégations des propagateurs de la légende, celle ci s'est effondrée. Mon Danton et la Paix, mes deux premières séries d'études robespierristes sont restés sans réplique,
; Mais, Mesdames et Messieurs, nous n'avons pas abattu la légende dantonienne pour ériger à sa place une autre légende, Il nous faut justifier l'admiration que nous professons pour Robespierre, pour ses idées et pour son œuvre. Nous devons maintenant retracer son rôle, énumérer ses services, faire comprendre enfin la valeur de son exemple, un exemple que nous croyons utile d'invoquer à l'heure grave que nous traversons, à l'heure marquée par le destin pour la reconstruction de notre chère France, que nous voulons, comme il l'a voulue, plus forte, plus juste et plus fraternelle. fftSi les discours de Robespierre ont été pendant trois quarts de siècle le bréviaire des démocrates, c'est que ceux-ci pouvaient y retremper, comme dans une source vive, le haut idéal politique dont J,-J. Rousseau avait formulé la théorie grandiose. Les discours de Robespierre, c'était les principes du Contrai en voie de réalisation, en lutte avec les difficultés et les obstacles, c'était la théorie descendant du Ciel sur la
I terre, c'était le combat épique de l'esprit contre les choses, au moment le plus tragique de notre histoire,
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quand la France jouait son existence pour sauver sa liberté.
Poussant à fond la pensée de Jean- Jacques, Robespierre n'a pas cru que la démocratie résidât tout entière dans les seules formes politiques. Il a proclamé, dès la Constituante, que la démocratie serait sociale ou qu'elle ne serait pas la démocratie. D se serait fort bien alors accommodé d'un roi, pourvu que ce roi ne fût qu'une sorte de président héréditaire, sans aucun pouvoir de décision ni dans la politique intérieure ni dans la politique étrangère. Quand les girondins lui reprocheront, sous la Législative, son peu d'enthousiasme pour la forme républicaine, il leur répliquera qu'il «avait lutté, seul pendant trois ans contre mie assemblée toute-puissante, pour s'opposer à l'excessive extension de l'autorité royale», il leur rappellera qu'après Varennes il avait osé, presque seul, réclamer que Louis XVI fût jugé et la nation consultée sur son maintien au trône ; il ajoutera enfin : « Est-ce dans les mots de république et de monarchie que réside la solution du g ra nd problème social? » (1). Le grand problème social ! Aucun autre révolutionnaire n'a parlé ce langage. L'égalité civile, l'égalité politique, l'égalité sociale furent, dès le premier jour de sa vie publique jusqu'au dernier, sa préoccupation essentielle. Il répugnait jtu communisme, « à la loi agraire », qu'il considérait comme une chimère, mais il entendait que toute l'action politique fiit employée à prévenir et.au besoin, à réprimer les abus de la r ichesse. X a ploutocratie n'eut pas d'adversaire plus defërmmé et ,plus convaincu : « Les grandes richesses, disait-il le 7 avril 1791, corrompent et ceux qui les possèdent et f !ceux qui les envient. Avec les grandes richesses, la vertu est en horreur, le talent même, dans les pays corrompus par le luxe, est regardé moins comme un moyen d'être utile à la patrie que comme un moyen
(1) Défenseur de la Constitution, n° 1.
d'acquérir de la fortune. Dans cet état de choses, la liberté est une vaine chimère, les lois ne sont plus qu'un instrument d'oppression. Vous n'avez donc rien fait pour le bonheur public si toutes vos lois, si toutes vos institutions ne tendent pas à détruire cette trop grande inégalité des fortunes... L'homme peut-il disposer de cette terre qu'il a cultivée lorsqu'il est lui-même réduit en poussière? Non, la propriété de l'homme, après sa mort, doit retourner au domaine public de la société. Ce n'est que pour l'intérêt public qu'elle transmet ces biens à la postérité du premier propriétaire. Or l'intérêt public est celui de il'égalité. » Les socialistes ne diront rien de plus contre l'héritage et contre le droit de propriété. On voit bien que, pour Robespierre, la Révolution politique n'était rien ou peu de chose si elle n'aboutissait pas à une r évolution soc i a le.
Il ne s'est pas borné à prendre en toute occasion la défense de tous les déshérités, des juifs, des comédiens,des esclaves, il ne s'est pas borné à se pencher avec ferveur sur les misères des soldats et de leurs familles, envers lesquelles il proclamait que la nation avait con? tracté une dette sacrée, il s'est levé avec une clairvoyance étonnante contre la nouvelle oligarchie qui finit par confisquer la Révolution à son profit. Sa célèbre déclaration des droits, si souvent rééditée par les socialistes de 1830 à 1848, proclamait le droit à l'instruction, le droit au travail, le droit à l'assistance en même temps qu'elle posait des bornes au d roit de propriété . Dans les notes personnelles où il résumait sa pensée pour lui seul, il écrivait : « Le peuple... quel autre obstacle y a-t-il à l'instruction du peuple? La misère. Quand le peuple sera-t-il donc éclairé? Quand il aura du pain, et que les riches et Ife gouvernement cesseront de soudoyer des plumes v et des langues perfides pour le tromper, lorsque leur intérêt sera confondu avec celui du peuple. Quand leur intérêt sera-t-il confondu avec celui du peuple? Jamais I » Je
le répète, aucun révolutionnaire n'a eu une telle vision
du problème social ; aucun n'a trouvé dans son cœur des
accents aussi profonds, aussi émus pour exprimer sa
tendresse pour les foules ignorantes et sujettes. Dans
^ . , son dernier discours il jetait encore aux sceptiques
J\ :/ ce cri superbe : « Mais elle existe, je vous en atteste;
âme* sensibles et pures,elle existe cette passion tendre,
; ' impérieuse, irrésistible, tourment et délices des
r cœurs magninimes, cette horreur profonde de la tyran-
1! nie, ce zèle compatissant pour les opprimés, cet amour sacré de I g, patri e, cet amour plus sublime et plus i saint de l'humanité, sans lequel une grande révolution n'est qu'un crime éclatant qui détruit un autre crime ; elle existe cette ambition généreuse de fonder sur la terre la première république du monde, cet êgoïsme des hommes non dégradés qui trouve une volupté céleste dans le calme d'une conscience pure et dans le spectacle ravissant du bonheur pubKc. Vous la sentez en ce moment qui brûle dans vos âmes ; je la sens dans la mienne. » Ces accents ne trompent pas. Ils ont traversé le siècle après avoir résonné profondément dans les consciences des Sans*Culottes.
Robespierre a été dévoré, à la lettre, de la passion du bien public. Mais ce grand démocrate, notons-le, ne se faisait pas la moindre illusion sur les mérites propres du régime démocratique. Il ne croyait pas du tout que le parlementarisme fût uiiepanacee. Personne mieux que lui *i en a signalé les imperfections, les vices et les dangers. Par là sa pensée reste singulièrement vivante. Il constate, dès la Constituante, que les représentants assoient rapidement de leurs commettants, qu'ils leur cachent les vraies raisons de leurs décisions afin de les écarter des affaires publiques. Il dénonce dès lors l'oligarchie des politiciens avec autant d'âpreté que l'oligarchie des riches, avec laquelle d'ailleurs elle se confond souvent: «Comme il est dans la nature des choses, dit-il, que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l'intérêt public, lorsqu'ils peuvent le faire
impunément, il s'ensuit que le peuplé est opprimé A P/n^x/ toutes les fois que ses mandat aires sont absolument j'*p^* i UM4
indépendants de lui. Si la nation n'a point encore recueilli les fruits de la Révolution, si des intrigants ont remplacé d'autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l'ancien despotisme, n'en t cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogé les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu'ils ont caressés bassement pendant les élections (1). » A cette aurore du régime parlementaire, Robespierre avait déjà découvert les mares stagnantes : « Reconnaissez-
Ivous des législateurs dans ces hommes plus préoccupés de leur canton que de la patrie, d'eux-mêmes que de leurs commettants? Séduits par l'espérance de prolonger la durée de leur pouvoir, ils partagent leur sollicitude entre ce soin et celui de la chose publique. Et nous voyons des représentants du peuple détournés du grand objet de leur mission, changés en autant de rivaux, dressés par la jalousie, par l'intrigue, occupés presque uniquement à se supplanter, à se décrier les uns et les autres dans l'opinion de leurs concitoyens. » Qu'on dise si ce tableau n'est pas d'une vérité permanente?
Robespierre, qu'on représente bien à tort comme un homme abstrait et 6himérique, n'est nullement un illusionné. Il sait le secret des conversions politiques : «Tel homme paroissait républicain avant la République qui cesse de l'être lorsqu'elle est établie. Il voulait abaisser ce qui était au-dessus de lui ; mais, il ne veut pas descendre du point où il était lui-même élevé. Il aime les Révolutions seulement dont il est le héros, il ne voit que désordre et anarchie où il ne gouverne pas (2). » Qui oserait prétendre que ce portrait digne de La Bruyère a vieilli? Écoutons encore comme
(1) Défenseur de la Constitution, n°n.
(2) Réponse à Petion.
il peint d'un trait vefigeur les tartufes de là démocratie : « Le faux révolutionnaire s'oppose aux mesures énergiques et les exagère quand il n'a pu les ecrtpêcher.,. Plein de feu pour les grandes résolutions qui ne signifient rien, très attaché, comme les dévotes, dont il se déclare l'ennemi, aux pratiques extérieures, il aimerait mieux user cent bonnets rouges que de faite une bonne action (i). » U disait encore avec le même bonheur d'expression : « Les barons démocrates sont les frères des marquis de Coblentz et quelquefois les bonnets rouges sont phis voisins des talons rouges qu'on ne pourrait le penser (2). » Hélas 1 la race des Wons démocrates n'a pas disparu, mais il n'y a pins de Robespierre potir arracher leur masque*
Connaissant lies vices du parlementarisme, Robes* pierre préconisa pour les prévenir des remèdes énergiques : les élections seront fréquentes, les représentants ne pourront être réélus qu'après un long intervalle, ils ne pourront être appelés au ministère ni aux fonctions à la nomination de l'Exécutif. Ainsi ils ne sèlont pas tentés de faire de leur mandat un métier. Le politicien professionnel lui paraît la plaie de la démocratie. «Si parmi nous les fonctions de l'administration révolutionnaire ne sont plus des devoirs pénibles mais des objets d'ambitiaty la République est déjà perdue (3). »
En faveur de la brièveté du mandat législatif il faisait vafok cet argument de bon sens qui n'a rien perdu de Sa videur : « Il faut que les législateurs se trouvent dans la situation qui confond le plus leur intérêt et leur vœu personnel avec celui du peuple ; or, pour cela, il est nécessaire que souvent fls re deviennent people eux-mêmes. Mettez-vous à la place des simples' citoyens et dites de qui vous aimeriez mieux recevoir des lois : ou de celui qui est sûr de n'être bientôt plos
(z) Cité par Ernest Hamel, t. III, p.
(a) Discours du 5 nivôse.
(3) Cité par Hamel, t. III, p. 324.
POURQUOI NÔU9 SOMMES ROBB8PIBRRISTES. 179
gtt'ttti cltojren, ou de celiii qui tient encore à son pouvoir pat l'eàpiranc* de le perpétuer? (1) $ Pour que la démocratie existé Véritablement* il ne faut pas en effet que le parlementaire se distingue du citoyen et qu'au-dessus de là nation se constitue un corps de professionnels de là politique. Si les députés étaient assurés de rentrer dans la vie privée après chaque législature, assisterions-nouâ à cette ruée de surenfcfeèrefe qui mine et démoralise un paye?
Robespierre n'a que du mépris pour les hommes d'État, dont tout lé savoir- faire Consiste à se saisir atl pouvoir et à s'y maintenir, coûte que coûtfe. « Je n'aime point, s'écriait-il, le 17 mai 1791, dans son mémorable discours contre la réélection des Constituants, cette sdericë nouvelle qu'en appelle la tactique des grandes assemblées ; elle ressemble trop à l'intrigué, et la vérité, la raison doivent seules régner dans les assemblées législatives. » C'est parce qu'il dédaignait lés manœuvres savantes des couloirs qu'il fut si facile à ses ennemis de préparer dam l'ombre le coup dû 9 thermidor.
Nul riè s'est fait des devoirs dé l'itomitte public une idée plus haute. Nul ne les a mieux remplis : « J'ai mieux aimé, répondait-il à Brissot lé %j avril 1792; . souvent exciter dès mtirrmirèà hoitofrables qpt d'bbtt* f\ J^L { ,; mr de honteux applaudissements; j'ai regardé f
comme un succès de faire retentit là voix de la vérité / lors même que j'étais sûr de la voir rèptmssée; Portant * \*\ ? I tOfajoiirs mes regards an delà de l'étroite enceinte du ~ J(l *' - r \ sanctuaire de là législation 1 , quand j'adressais la parole au eélrpg rëpréèentàtif, mon* but était surtout de me iéàÈè èhtendre de la natfcta et de rbumaiiité ; je voulais* réveiller sans cesse dans le cœUr des citoyens ce Sentiment de la dignité dé l'homme et Ces principes éternels Çtii défendent les droits dés peuples coitte les erreurà ou les caprice^ du législateur même. *
(1) 18 mai 1791.
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l8o ROBESPIERRE TERRORISTE.
Il disait encore : * La grandeur d'un représentant du
peuple n'est pas de caresser l'opinion momentanée
qu'excitent les intrigues des gouvernements, mais que
^ combat la raison sévère et que de longues calamités
( *J~ { démentent. Elle consiste quelquefois à lutter seul,
: .^Ui< (i I avec sa conscience, contre le torrent des préjugés et
i I des factions » (18 décembre 1791).
Ses adversaires eux-mêmes lui rendront justice à
cet égard. Mirabeau disait de lui : « Il ira loin, il croit
tout ce qu'il dit. » Son journal Le Courrier de Provence
( ajoutait : «Tous les partis s'accordent à rendre à
j M. Robespierre la justice qu'il n'a jamais renié les
j principes de la liberté et il n'est pas beaucoup de
membres dont on puisse faire le même éloge (1). »
Camille Desmoulins disait de Robespierre qu'il était
« le commentaire vivant de la déclaration des droits » ;
Adrien Duport, qu'il occupa sans interruption à la
I Constituante «une chaire de droit naturel» ; Barère,
[ qu'il fut « toujours sévère comme les principes et la
S raison » ; Dubois-Crancé, que « jamais ses plus grands
| détracteurs n'ont pu lut reprocher un instant d'^ga-
\ rement » ; que « tel il fut dès le commencement, tel
j on le retrouvera à la fin » ; que « les calomnies, les
; outrages mêmes ne l'ont jamais rebuté. Je l'ai vu
j résister à l'Assemblée entière et demander, en homme
j qui sent sa dignité, que le Président la rappelât à
1 l'ordre ». Dubois-Crancé dit encore que « Robespierre
• fut un rocher et un rocher inexpugnable ».
Les adaptés, tes apaisés, les assagis de l'époque appelaient orgueil et entêtement cette inflexibilité, mais le peuple s'attachait au rocher inexpugnable.
Avec de pareilles convictions, Robespierre n'aurait jamais pu se plier à la discipline étroite d'un parti. A l'heureux temps où il vivait, il n'y avait pas encore au Parlement de groupes constitués. Les Montagnards, qui siégeaient à l'Assemblée sur les mêmes gradins,
(i^ N 3 du 8 février 1791.
POURQUOI NOUS SOMMES ROBESPIERRISTES. l8l
ne se réunissaient pas pour se. concerter avant les
séances. Il n'y avait entre eux qu'un lien spirituel .
De ce lien même, si ténu fût-il, Robespierre se
dégageait quand sa conscience parlait plus haut que
la tactique ou que l'amitié. Il se sépara de la Montagne
et vota avec les Girondins, ses pires ennemis, quand . . .
ceux-ci réclamèrent le bannissement de Philippe- \ 4ît*
Égalité. Déjà sous la Constituante, il s'était séparé 1
plusieurs fois avec éclat de la petite poignée de démo- ( ^ly. JJ^v
crates groupés à côté de lui à l'extrême gauche ; ainsi, )
le 10 juin 1791, quand il vota seul le licenciement des f û
officiers de l'armée royale ; ainsi quand il s'opposa aux f &kl - l
premières lois d'exception contre les prêtres et contre
les émigrés. C'est par ces exemples d'indépendance
et de courage civique qu'il s'imposait à l'estime de
tous.
L'Incorruptible n'a rien d'un démagogue. Il aime trop le peuple pour le flatter. Il sait que sa capacité politique est encore trop restreinte pour qu'on pût établir d'un seul coup sans péril le gouvernement direct qui est peut-être au bout de l'évolution logique de la démocratie. En attendant, il ne perd pas de vue la réalité ; il sait ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. Il craint les surenchères et il répéterait volontiers avec Marat que c'est une façon de perdre la Révolution que d'exagérer ses principes. « On ne nous prendra, disait Marat, que par les hauteurs. » « La démocratie, dit Robespierre, n'est pas un État Où le peuple, continuellement assemblé, règle par lui-même toutes les affaires publiques, encore moins celui où cent mille fractions du peuple, par des mesures isolées, précipitées et contradictoires, décideraient du sort de la société entière. Un tel gouvernement n'a jamais existé et il ne pourrait exister que pour ramener le peuple au despotisme. La démocratie est un État où le peuple * J? souverain, guidé par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-même- tout ce qu'il peut bien faire et jgx ^
tout ce qu'il ne peut pas faire lui-même » r^\
ite
10BBSPTBRHE TERRORISTE,
(17 ptoviAse). Admirable formule qui n'a rfen perdu de su vertu.
Mais, si ennemi du désordre qu'il fût, Robespierre n'était pas dupe du jeff éternel des conservateurs sociaux qui appellent anarchie la justice et qui ne parlent de paix publique que pour légitimer les abus de la force : « Ils appellent ordre tout systèipe qui convient h leurs arrangements, Us décorent du wm de paix la tranquillité fies cadavres et le silence des, tombeaux. * H disait encore : « La maladie mortelle du corps politique, ce n'est point l'anarchie, mais 1$ tyrannie (1). *
Peu lui importaient les sourires et les dédains deç gens comme il faut : 4 Nous somnjes. les sans-culottes et la canaille », répliquait-il à ceux de la Gironde.
Adversaire de l'ochlocratie comme de la ploutocratie, Robespierre est un homme d'ordre, mais qui veut que l'ordre et l'autorité soient exclusivement au service du bien public. Il redoute les empiétements des gouvernements sur les libertés des citoyens. If ye fl éfi e de la bureaucratie, envahissante et incapable par nature. D fedoutêTfous les despotismes parce qu'il a l'horreur de l'arbitraire. Mais, si on l'obligeait à choisir, c'est contre le despotisme du gouvernement qu'il se pro? noncerait sans hésitation, parce qu'ayant plus de moyens à 6a disposition, ce despotisme-là est plus oppressif que tous les autres. Aqssi se montre-t-il résolument décentralisateur : « Laissez dans les départements, sous "fa" main du peuple, les portions des tributs publics qu'il ne sera pas nécessaire de verser dans la caisse générale, et que les dépenses soient acquittées sur les lieux autant qu'il sera possible. Fuyez la manie ancienne des gouvernements [de vouloir trop gouverner; laissez aux "individu*, | laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit I point à autrui ; laissez aux communes le pouvoir de
) (1) Cité j>ar B, Hamel, t. I^îp* 48a.
régler elles-mêmes letirs propres affaires et tout ce jqui ne tient point essentiellement à l'administration générale de la République. En un mot, rendez à la liberté individuelle tout ce qui n'appartient pas naturellement à l'autorité publique, et vous aurez [laissé d'autant moins de prise à l'ambition et à [l'arbitraire (r). ♦ Voilà un programme qui est toujours, tâas ! à l'ordre du jour.
Dans le même esprit, afin de remédier à l'arbitraire, Robespierre exige que les délibérations des corps constitués soient pubUjjjjes et que tous les fonctionnaires, élus ou non, soient effectivement re sponsable s. ^ La fameuse séparation des pouvoirs, chère T à Montes^ quieu, ne lui paraît pas un moyen suffisant peur arrêter les gouvernements sur la pente du despotisme ; il compte davantage sur la décentralisation et sur l'éducation de l'opinion publique.
Nul n'a dénoncé avec plus de clairvoyance et de ténacité le péril que fait courir à la démocratie une armée de métier, un état-major de prétoriens. ïl disait, le 27 avril 1791, à la Constituante : « Il est certain que partout où la puissance du chef d'une force militaire considérable existe sans contrepoids, le peuple n'est pas libre. Ce contrepoids, quel est-il? La gafde nationale. » Au soldat professionnel, il opposait comme correctif le citoyen soldat. Et, pour que la. ugarde nationale elle-même, autrement dit la nation v armée, ne pût devenir l'instrument d'une classe, il voulait quelle fût ouverte à tous les citoyens, aux pauvres comme aux riches. H était convaincu que « l'esprit de despotisme et de domination est naturel aux militaires de tous les pays ». Aussi voulait-il que les officiers de la garde nationale fussent soumis à de fré quentes flej^ Jons. Nul n'a mieux aperçu les dangers de l'esprit <Er corps. Il est l'adversaire résolu des décorations, de ces hochets de la vanité que les gouverner
(1) Cité par Harael, II, p. 697.
ments emploient pour payer le dévouement de leurs partisans. Il juge qu'elles sont bonnes tout au plus « à enfanter l'esprit d'orgueil et de vanité et à humilier lie peuple ». Quant à l'armée régulière, il aurait voulu fila renouveler entièrement afin de la fondre dans la {(nation. En l'an II, quand il sera au gouvernement, il ira chercher les nouveaux chefs qui vaincront l'Europe dans les rangs les plus obscurs. Mais il craignait que ces parvenus eux-mêmes n'oubliassent vite leurs origines et il priait Barère de ne pas faire trop mousser lei\t$ victoires. Il répétait avec conviction : « La puissance militaire fut toujours le plus redoutable écueil de la liberté (i). / »
Personne ne me demandera, je pense, comment il se fait que cet antim ilitariste convaincu se montra, dans l'opposition comme au pouvoir, le patriote le |plus fervent, le plus intransigeant. En pratiquant \ à la lettre la maxime vaincre ou mourir, en s'opposant résolument à toute transaction avec l'ennemi, en réprimant avec la dernière rigueur les menées défaitistes, en airachant à la Convention d'abord hostile l'arrestation des sujets ennemis embusqués en pleine guerre dans toutes les administrations et jusqu'au cœur du gouvernement, Robespierre avait conscience de servir non seulement la France, mais l'hufrianité. Ce fils du xviii 6 siècle croyait que tous les hommes sont solidaires : « Notre sort, disait-il le 29 juillet 1792, est attaché à celui de toutes les nations ». 4 Français, n'oubliez pas, s'écriait-il au bruit du canon du 10 août, que vous tenez dans vos mains le dépôt des destinées de l'Univers. » Son cœur magnanime compatissait aux souffrances des ennemis mêmes. Lui qui mènera la guerre avec une rigueur implacable, il souhaitait de toute son âme la disparition de ces horreurs fratricides par la réconciliation de tous les peuples. Il conçut à la lettre l'organisation de la
(1) Cité par Hamel, II, 470.
Société des nations et il proposa même de la codifier en quatre articles que la Convention trouva trop hardis :
« 1. Les hommes de tous les pays sont frères et les différents peuples doivent s'entr'aider, selon leur pouvoir, comme les citoyens du même État.
« 2. Celui qui opprime une Nation se déclare l'ennemi de toutes.
« 3. Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme doivent être poursuivis par tous, non comme /\ % ^ r des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et 11/tittCipv des brigands rebelles. j
« 4. Les rois f les aristocrates, les tyrans, quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre, qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers, qui est la nature. »
Ces articles, quifont reposer l'existence d'une Société des nations sur cette condition primordiale, la chute des trônes et l'établissement de la démocratie universelle, sont encore bons à méditer, même et surtout après les s peecHë s du Président Wilson qui ont peutêtre le défaut de ne pas placer le problème sur son véritable terrain. '
Avant M. Wilson, Robespierre a condamné, sans
appel cette di plomatie secrète , qui est la source empoi- Jf sonnée de tous les impérialismes et de toutes les barbaries, cette diplomatie secrète qui est le suprême K' : t recours des intrigants, des incapables, des empiriques qui disposent souverainement du sang et de l'or des peuples.
Ici, comme partout, Robespierre a mis d'accord ses actes avec ses paroles. Il a dirigé au grand joui* la politique étrangère du Comité de Salut public.
u II lisait du haut de la tribune les instruction^que le Comité adressait à nos agents diplomatiques; il répondait, lui ou Barère, également du haut de la tribune, aux propositions de paix des coalisés; il
l86 ROBESPIERRE TERRORISTE.
faisait connaître au moode nos buts de guerre. C'est grâce à cette franchise, qui est en politique la suprême habilité, quoi qu'en pensent nos petits empiriques, que Robespierre eut derrière lui toute la partie saine de la nation. La France sut pourquoi elle se battait, où on la conduisait et elle sentit décupler ses forces, elle fut invincible.
On ne fonde rien de grand, rien de durable que sur les consciences. Les politiciens empiriques méprisent le peuple qu'ils croient incapable et qu'Os traitent en mineur. Robespierre n'avait ni ce dédain ni ce scepticisme. Il faisait confiance aux hommes des! champs et de l'atelier. Il croyait à leur bon sens. C'est I par là que son action fut immense, par là qu'il fut I grand. *
Sa pensée et son exemple n'ont pas épuisé leur vertu. Il fut le premier maftre d'école de la démocratie, un maître d'école sévère, qui ne lui a ménagé ni les vérités, ni les avertissements, ni les réprimandes. Son programme d'action est toujours d'une actualité saisissante. Nous sommes ses fils intellectuels. Nous l'adoptons comme un guide et comme un drapeau.
Nous aimons Robespierre parce qu'il a conçu et pratiqué l'art du gouvernement, cette politique si justement décriée de nos jours, comme un sacerdoce. « Eji fait de politique, a-t-il dit, rien n'est juste que ce qui est honnête, rien n'est utile que ce qui est juste » (9 mai 1791). Il aurait voulu, lui, que la politique fût une morale en action. Évidemment il ne pouvait paâ être compris par les grands hommes de la République des camarades.
Nous aimons Robespierre parce qu'il n'a pas craint 1 de heurter de front, quand il le fallait, les préjugés] vulgaires. Nous l'aimons parœ qu'il n'a jamais eu | peur du ridicule, parce qu'il a répété, sans se lasser, une vérité, qu'il tenait de Jean- Jacques et de Montesquieu, à savoir que de tous les gouvernements le démocratique est le plus difficile à pratiquer, parce
iqg'H y faut du dévouement au bien public, autrement dit dé la vertu, et qu'il a prêché d'exemple.
A ceux d'entre vous qjii voudraient savoir comment ilfremplissait ses devoirs au Comité de Salut public, je conseillerai de lire le carnet &ide-mémoire où 3 couchait par écrit, au jour le jour, les questions qu'il avait à poser, les éclaircissements qu'il voulait réckr mer, les solutions qu'il se proposait de défendre. Rien n'échappe à son attention sévère et justement soupçonneuse . Il ne s'occupe pas seulement, comme on le dit parfois, de la politique générale, de l'esprit public qu'il faut éclairer et vivifier, des complots qu'Û faut déjouer ou réprimer, il porte, sa vigilance sur ton les branches de l'administration, sur la diplomatie e l'armée comme sur les services administratifs, sur justice comme sur les approvisionnements, sur le hommes et sur les choses. Il embrasse, d'un regar< vaste et sûr, tout le champ du combat révolutionnaire , l'avant et l'arrière, la France et l'étranger. Il est le contrôleur universel perpétuellement en éveil. Il a l'œil sur les conventionnels en mission comme sur les généraux et jusque sur les humbles courriers qui s'attardent eh portant leurs dépêches. Rien ne lui échappe, et, quand il a découvert un abus, une faute, aussitôt il indique le remède et prend la décision qui s ? impose. Aucune hésitation, aucune lenteur. La France n'a pasHe temps d'attendre.
Cet homme, qu'on dit abstrait, apparaît, dans le déshabillé de ces notes journalières, un esprit éminemment précis , éminemment français. Il est infiniment plus r éalist e que ces empiriques qui se croient positifs parce qu f ils sont sans idéal et même sans idées. Les plaisantins de l'histoire qui sourient de sa vertu n'ont jamais compris qu'une république livrée aux empiriques et aux philistins, une république sans vertu mais avec beaucoup de vices, est peut-être le pire dés régimes, *car c^est celui où la ruée des égofcroes se d&hafoe avec le minimum de contrainte.
l88 ROBESPIERRE TERRORISTE.
Au temps où la République était belle, — ce temps est lointain, mais il reviendra, — c'étaient là des vérités élémentaires. Quid leges sine tnoribus? Les républicains d'autrefois connaissaient leur Conciones. Us apprenaient la politique à l'école de Montesquieu, de Rousseau et des anciens. Ils ne l'apprenaient pas encore dans les antichambres ministérielles, ni dans les conseils d'administration des grandes compagnies, ni dans les coulisses des théâtres subventionnés, ni dans ces cercles luxueux où l'on mange sous l'effigie de Marianne.
Nous aimons Robespierre parce qu'il, a incarné la France révolutionnaire dans ce qu'elle avait de plus noble, de plus généreux, de plus sincère. Nous l'aimons pour les enseignements de sa vie et pour le symbole de sa mort. Il a succombé sous les coups des fripons. La légende, astucieusement forgée par ses ennemis qui sont les ennemis du progrès social, a égaré jusqu'à des républicains qui ne le connaissent plus et qui le béniraient comme un saint s'ils le connaissaient. Ces injustices nous le rendent plus cher.
Nous aimons Robespierre parce que son nom, maudit par ceux-là mêmes qu'il a voulu affranchir, résume toutes les iniquités sociales dont nous voulons la disparition. En consacrant nos efforts et nos veilles à réhabiliter sa mémoire, nous ne croyons pas servir seulement la vérité historique, nous sommes sûrs de faire chose utile pour cette France, qui devrait rester ce qu'elle était au temps de Robespierre, le champion du droit, l'espoir des opprimés, l'effroi des oppresseurs, le flambeau de l'Univers.
Robespierre et ses amis furent grands parce qu'ils ont compris que leur action gouvernementale, si résolue fût-elle entre leurs mains, serait cependant impuissante à galvaniser les énergies du peuple français, s'ils ne l'associaient pas, ce peuple, directement à l'exécution des lois, par une politique de confiance et de clarté. U est temps que les hommes
d'État, qui ont aujourd'hui la mission redoutable de panser les plaies de la patrie, s'inspirent de leurs exemples. -/ ;Bj
Mais le parti républicain s'est endormi au pouvoir. Il a glissé insensiblement à un m odéran tisme juste milieu qui lui a obscurci la claire visionae ses origines, dont il ne se réclamait plus que par une sorte d'habitude rituelle et de routine. Les légendes les plus contrerévolutionnaires ont trouvé créance jusque chez ses dirigeants. Bon nombre de ceux-ci se sont mis à admirer ceux qui furent dans la Révolution l'équivoque, la faiblesse, les affaires ou la trahison. Ils leur ont élevé des statues. Et les grands ouvriers de la démocratie, ceux qui ne remportaient pas des victoires à la Pyrrhus, ceux qui firent à la France avec un abandon total le sacrifice de leurs travaux, de leurs amitiés, de leur réputation même et de leur vie, les désintéressés et les incorruptibles, les énergiques et les clairvoyants, ceux qui domptèrent l'Europe monarchique jtt réprimèrent les Vendées intérieures, ceux qui dressèrent sur leurs cadavres la République au seuil du monde nouveau, ceux-là furent calomniés et ridiculisés à plaisir. On couvrit de boue leur tombe et on écarta leur souvenir importun.
Par une conséquence logique, à mesure que le mensonge et l'ingratitude faisaient leur œuvre, à mesure que le parti républicain s'éloignait de ses vrais fondateurs, passait dans nos mœurs politiques je ne sais quel vent de rouerie et de petitesse, quelle indulgence sceptique pour toutes les abdications les ^>lus graves, quelle aversion instinctive pour les partis tranchés, pour les résolutions vigoureuses, quelles habitudes de mollesse et de laisser-aller, quelles compromissions malsaines colorées des noms d'adaptation, d'apaisement, d'habileté, de sagesse ! Peu à peu s'est miné chez les hommes publics le sens et le besoin des responsabilités, s'est détendu chez eux ce ressort moral, cette rigidité de principes, cet appétit de clarté
qui Ont fait la grandeur de£ ministres de l'ancieiine monarchie comme de leurs émules du Comité de Salut public. Les calculs de l'intérêt, l'esprit de parti et d'intrigue» le& moeurs féodales de la clientèle ont remplacé la noble et nécessaire émulation pour le bien public, sans laquelle les États périssent; Par une réaction inévitable, la confiance populaire s'est retirée d'tifl parlement qui ne se confiait plus à la nation. Ce que Robespierre avait voulu conjurer s'est réalisé. La République a été la proie defr factions; elles-mêmes dtittnnées par des intérêts.
De ces maux, qui se révèlent îtujourd'hui aux plus aveuglée, la France a failli périr. Elle n'est pas guérie* hélas ! Mate si nous voulons que sa convalescence soit courte, sa guéristo complète, appBqu0ès-hii, Mesdames et Messieurs, l'élixir Robespierre; Et île tardons pas trop, car bientôt il ne serait plus temps.
Je fie sais si je vous aurai containers, mais je vous aurai dit du tamm sans réticences oe que nous sootfnès et ce que nous voulons; Note croates que notte société a servi depuis 190& avec courage et désintéressèrent, fton pas tant la cause d'un homme, non pus même la cause d'un £arti, mais la cause de la France, de la France moderne qui restera fidèle à ses traditions. Nous croyons que notre société, qui a lutté s&âs àe rebuter contre l'indifférence,» contre l'ignorance, contre le dédain, contre l'hostilité même,; é'a pas lait unte dèWrte vaine, ni dans le domaine de la sfcïëhce, ià dans celui de faction. Noies avons l'orgueil de penser ^d'elle à préparé; indirectement et de loin, M crise morale qui, là g&ëtte aidant; finira par purifier F atmosphère où nos libres institutions risquent de s'étioler et de périr. Nôtié croyons qtie nos recherches indépendante^, que nos combats d'idées préparent F avènement de cette nstrtelle république que déji tant de coeurs sntôères appellent dé kîus teetaû Nous espérons que du fond de ï'abîme qdfc ixàas côtoyons surgira enfi# une démocratie' organisée et vivante.
POURQUOI NOUS SOMMES ROBESÊIERRISTES. îgt
démocratie invincible, parce qu'elle sera juste et fra* ternelle, cette cité d'égalité pour laquelle* Robespierre et Saint- Just sont morts, cette cité de liberté pour laquelle tant de millions d'obscurs héros ont versé à flots leur sang généreux.
Telles sont les raisons, Mesdames et Messieurs, les raisons à la fois lointaines et proches, à la fois scientifiques et pratiques, pour lesquelles nous nous proclamons robespierristes