‹ Robespierre terroristeChapitre 4 sur 10 · LE BANQUIER BOYD ET SES AMIS (M · texte numérisé non relu

LE BANQUIER BOYD ET SES AMIS (M

Pendant longtemps, il fat de bon ton, parmi les historiens de la Révolution, de considérer que la formule « agents de Pitt et de Cobourg, », qui revient si souvent dans les- documents de l'époque, n'était qu'une injure banale, sans signification précise» à laquelle il n'y avait pas. lieu de s'arrêter. Cette grave erreur a faussé toute la compréhension des grands drames politiques et patriotiques dont la France révolutionnaire fut le théâtre. En effaçant du tableau des événements les menées trop réelles des agents de l'ennemi, les discours et ks actes des terroristes ne sont plus apparus avec leurs causes. Ils ont pris l'aspect de gestes de déments ou de fanatiques s' agitant dans l'incohérence et la férocité.

Que les historiens superficiels qui ne travaillent que sur l'imprimé aient commis cette erreur de ne pas prendre au sérieux l'existence des agents de l'ennemi cachés sous un masque démagogique à tous les carrerfours du pouvoir révolutionnaire, cela n'accuse que leur légèreté et leur précipitation ; mais que les historiens qui consultent les sources manuscrites et qui ouvrent les dossiers des archives, que les historiographes du

(i) Cet article a cPabord parti dans les Annales révolutionnaires de mai- juin 1920.

tribunal révolutionnaire notamment, les Campardon et les WaHon, n'aient pas vu plus cjair que les autres, qu'ils aient passé à côté delà vérité qui sortait éclatante des dossiers qu'ils avaient sous les yeux, la chose étonnerait et scandaliserait, si on ne savait par expérience à quel degré la passion politique et confessionnelle, les partis pris légendaires, aveuglent les meilleurs esprits, dès qu'ils sont en présence de la Terreur. Ici, on ne raisonne plus, on ne comprend plus, on voit rouge.

Les études que j'ai réunies sous le titre La Révolution et les étrangers ont fait revivre quelques-uns des plus notoires de ces agents de Pitt et de Cobourg, qui inquiétèrent à juste titre les grands patriotes qui siégeaient au Comité de Salut public. Mais je suis loin, hélas ! d'avoir épuisé le sujet. Je n'ai guère fait qu'en montrer l'intérêt et l'importance.

Plus on approfondira la connaissance de l'époque, plus on s'apercevra que le tribunal révolutionnaire a été essentiellement une institution de défense nationale, plus on se rendra compte des services qu'Usa rendus, qu'on mettra enfin en regard de ses erreurs et de ses crimes.

Une bonne partie, peut-être la plus considérable, des affaires qui furent portées devant le terrible tribunal furent des affaires de commerce et d'intelligences avec l'ennemi, une catégorie de causes qui furent réservées, pendant la dernière guerre, à la compétence des conseils de guerre.

Les procès de cette nature s'enchaînent les uns les autres. Les révélations des accusés et des témoins, les découvertes des perquisitions font apparaître sans cesse de nouvelles complicités. On saisit à la poste une lettre d'émigré, on arrête le destinataire. La perquisition amène la découverte de nouvelles lettrés où il est question d'autres correspondants de l'ennemi. Ceuxci, à leur tour, sont perquisitionnes, et ainsi de suite. Les procès se succèdent, distincts en apparence, et

c'est cependant une seule et unique affaire qui continue. Souvent l'accusé principal, celui vers lequel viennent converger les poursuites, a réussi à se mettre à l'abri et la justice ne saisit que les comparses*

La plupart des « agents de l'étranger » se recrutaient dans le monde de la banque, qui était souvent, en ce temps-là comme aujourd'hui, un monde cosmopolite et interlope. Les grandes maisons de banque qui existaient à Paris étaient presque toutes aux mains de Genevois, de Suisses, d'Allemands, de Hollandais ou d'Anglais. Les Français d'origine ne formaient certainement qu'une minorité dans ce commerce de l'argent, international par nature et par destination. Une série de monographies consacrées aux principaux manieurs d'argent de l'époque rendraient les plus grands services, même pour la compréhension de l'histoire politique. Ce n'est pas de nos jours seulement que la finance fonde des journaux, fait l'opinion publique et les élections, s'empare de la machine à légiférer. Or, nous ignorons tout des banquiers de l'époque révolutionnaire. Il est certain cependant qu'ils ont exercé sur les événements un rôle considérable. On découvre leur main dans la prise de la Bastille (i), dans la déclaration de guerre contre l'Autriche, dans les obscures tentatives de corruption qui divisèrent le parti Montagnard. Les Genevois surtout, groupés autour de Mirabeau, qui savait les utiliser, à titre plus onéreux pour eux que gratuit, les Panchaud, les Clavière, les Grenus, les Delessert, formèrent une colonie remuante et ambitieuse, pratiquant entre ses membres une solidarité étroite fondée sur la communauté des haines confessionnelles autant que sur la solidarité des intérêts. Aussi longtemps que l'histoire des banques et des banquiers ne sera pas faite, il restera toujours quelque chose d'obscur et d'incomplet dans l'explication des événements,

(i) Voir mon article sur les Capitalistes et la prise de la Bastille, dans V Ecole et la Vie du 3 octobre 191 8.

Ne dissimulons pas que l'entreprise sera longue et ardue. Les papiers des- banquiers échappent d'ordinaire aux atteintes des historiens. Ceux-ci ne peuvent reconstituer leur action que par les traces qu'elle a laissées dans les dossiers judiciaires. Mais, par une bonne fortune singulière, à l'époque révolutionnaire, la plupart des banquiers devinrent suspects. Beaucoup furent arrêtés et quelques-uns condamnés, et ce qui fit leur malheur fait la joie du chercheur.

Pour mes enquêtes sur les agents de l'étranger et sur les politiciens leurs complices, j'ai été amené à fouiller les archives du tribunal révolutionnaire et du Comité de Sûreté générale. J'ai pu rassembler ainsi quelques renseignements sur deux banquiers anglais, établis à Paris, rue de Grammont n°9, quelques dizaines d'années . avant la Révolution, sous la raison sociale Boyd et Ker.

Walter Boyd, qualifié de junior dans les documents, jouissait de la confiance de Pitt, dont il était le banquier comme il l'était aussi du Foreign office (1). Outre sa maison de Paris, il possédait un établissement à Londres, sous la raison sociale Boyd, Benfield and C° (2). Ses affaires étaient prospères. Il était le correspondant à Paris de la grande maison bruxelloise Veuve Nettine et C le , qui lançait les emprunts du gouvernement autrichien. Il s'intéressait aux affaires coloniales comme aux opérations financières proprement dites. Je vois qu'à la date du 14 avril 1790, il est nommé avec Sabatier l'un des commissaires délégués à la caisse par les administrateurs de la nouvelle Compagnie des Indes (3).

Comme tous les banquiers qui veulent inspirer confiance, il menait grand train. Il possédait à Boulognesur-Seine une agréable maison de campagne entourée

(1) D'après la National Biography. U était né en 1754 et il mourut en 1837.

(2) Arch. nat., W 348. Dossier des poursuites contre Antoine- Grégoire Gène ste, caissier de la maison Boyd.

(3) Arch. nat., AJ 1 544 (papiers de la Compagnie des Indes).

d'un grand parc à l'anglaise où il élevait des daims en liberté (i). Célibataire, à ce qu'A semble, il avait une maîtresse en titre, Marie-Nkole Montréal, qu'il logea somptueusement me projetée Mkhaudière, avec un ménage pour la seivir (2). Marie-Nicole n'avait que vingt-trois printemps quand elle connut Boyd, le 4 novembre 1791. Elle était à Paris depuis un an seulement.

L'associé de Boyd, Jean-Guillaume Ker, était un Écossais d'Edimbourg âgé d'une quarantaine d'années. Il avait comme maîtresse une femme mariée, âgée de trente-cinq ans, Catherine-Denise- Jeanne d'Estat, dont le mari, Tobk Gothereau Billens, membre de la république de Fribouig et ancien officier aux gardes suisses, était retourné en Suisse après le 10 août (3). M*** de Billens, qui se faisait appeler baronne, tenait un petit salon aristocratique dans son appartement du cul-de-sac Taitbout, n° 16, où fréquentaient notamment un ancien gentilhomme de la chambre, Jean-Baptiste-Emmanuel Roettiers, et le marquis de Charras et sa femme, née Roettiers de Chauvigny. *

M me de Billens avait une nombreuse famille. Son frère, Michel d'Estat dit Bellecour, était parti en 1783 pour la Russie et y était parvenu au grade de major de cavalerie. Il était revenu en France le 27 juin 1791, juste au lendemain du retour de Varennes, Age de trente et un ans en 1792, il vivait avec une femme Livry,amie intime de sa sœur (4).

Si la baronne de Billens et son frère Bellecour fréquentaient plutôt les aristocrates, leurs sœurs, mêlées au monde de la galanterie, ne répugnaient pas à se

(1) Arch. de la Seine, 704 (dossier des biens séquestrés appartenant à Boyd).

(2) Arch. nat., F* 4774 w (dossier Montréal).

(3) Arch. nat., W 316 (affaire Billens, etc.).

(4) Arch. nat., W 348 (affaire Guibeville, Bellecour, etc.). Une femme Livry tenait, rue Neuve -des -Petits -Champs, une maison de jeu où on n'était admis que sur invitation. Est-ce cette dame avec laquelle Michel d'Estat vivait maritalement ?

lier avecles jacobins. Toutes deux habitaient Versailles. La plus jeune était entretenue par le fournisseur d'Espagnac, ancien abbé, qui s'était procuré à la Montagne d'utiles amitiés. L'aînée, .qui se faisait appeler Bellecour comme; son frère, était la maîtresse du chargé d'affaires d'Espagne Ocariz* qui avait essayé de sauver Louis XVI en offrant au capucin Chabot 4 millions à répandre parmi ses collègues pour acheter leurs suffrages. Des témoignages nombreux et concordants prouvent que Chabot était l'ami des sœurs d'Estat et les prenait sous sa protection (1).

Il ne semble pas que, pendant les premières années de la Révolution tout au moins, les deux banquiers anglais Boydet Ker aient exercé une action dans les milieux politiques. Du moins, cette action n'a-t-elle pas laissé de traces. Ils s'abstenaient de se faire inscrire aux Jacobins, où les banquiers ne manquaient pas. Mais ils commettaient l'imprudence d'entrer, Boyd au club de Valois et Ker au club monarchique, deux clubs aristocratiques (2).

Aussi éprouvèrent-ils quelques craintes de la chute de la royauté Après le 10 août, Boyd et sa maîtresse quittèrent un moment Paris. Ker leur procura un passe- Ci) Arch. nat., W 357 (procès Bérard). La veuve Carouge, qui habitait dans la même maison que M m « de Billens, déposa, le i** floréal an II, que d'Estat l'ainée avait des correspondances avec Qeariz, qu'elle était l'amie de Chabot, qu'elle lui avait avoué qu'elle avait fait sortir d'Espagnac de prison par la protection de Chabot, etc. Son mari confirma sa déposition, ainsi que Pierre- Antoine Duvillier. Chabot avoua dans ses lettres, écrites à Robespierre de sa prison, les offres d'argent qu'Ocariz lui avait faites au moment du procès de Louis XVI. La jeune d'Estat, maîtresse de dfEspagnac, fut arrêtée au début d'avril 1793, quand le fournisseur, considéré comme complice de Dumouriez, fut frappé d'un mandat d'arrêt. Mais on la remit en liberté presque aussitôt (voir la lettre de d'Espagnac â Julien de Toulouse du 9 avril 1793» dans mon livre Etvdes robespierristes, i re série, p. 167-168). Sur les intrigues de Chabot et de Danton dans le procès du soi, voir mon livre Danton et la. paix. La' correspondance de Chabot avec Robespierre est reproduite dans mon livre V affaire de la Compagnie des Indes,. (2) Baron de Batz, Les conspirations de J. de Batx, t. II, p. 20.

port par l'intermédiaire du banquier Bérard, qui commandait le bataillon des Filles-Saint-Thomas et qui jouissait dans sa section d'une grande influence. La Montréal quitta aussi Paris, le 8 septembre 1792, pour se rendre à Dunkerque, où elle séjourna jusqu'au 23 du même mois. Elle expliquera plus tard au comité révolutionnaire de la section Le Pelletier qu'elle s'était absentée « parce qu'il y avait un peu de bruit à Paris ». C'était au lendemain des massacres des prisons.

Les débuts de la Convention semblent avoir rassuré les deux banquiers anglais. Les Girondins gouvernaient et les Girondins s'appuyaient sur les classes dirigeantes.

Les choses se gâtèrent avec la déclaration de guerre à l'Angleterre (i er février 1793) . Pitt plaçait les sujets français résidant en Angleterre sous la surveillance de la police. La France, par cosmopolitisme humanitaire, hésitait d'abord à user de représailles. Elle laissait aux sujets ennemis séjournant sur son territoire une liberté entière. Mais, après les premières défaites de Belgique, contemporaines du soulèvement vendéen, en mars 1793, étaient institués dans chaque commune des comités de surveillance chargés de dénombrer les sujets ennemis et de prendre contre eux les premières mesures de précaution.

Le décret instituant la surveillance des étrangers est du 18 mars. Huit jours plus tard, Jean-Guillaume Ker se fit délivrer sans difficulté par le directoire du département de Paris un passeport pour Londres. Le procureur général syndic du département Lullier avait des relations intimes avec le baron de Batz, avec qui Ker était lié. Est-ce lui qui fit délivrer le passeport? Toujours est-il que le banquier anglais partit aussitôt pour Londres. Il était à Abbeville le 29 mars, à Calais le 7 avril, à Dunkerque le lendemain (1).

Il avait laissé à Paris la baronne de Billens, mais il avait eu soin de remettre à Boyd un pouvoir pour lui

(i) Arch. nat., W 316.

ouvrir un crédit. De Woodburn où il résidait en Angleterre, il écrivait à sa maîtresse de longues lettres très tendres qu'il lui faisait parvenir par Liège (i). Dans une de ces lettres datée du 10 août 1793, il lui conseillait d'aller s'installer chez la marquise de Charras.

Comme il communiquait sans difficulté, malgré la guerre, avec sa maîtresse, il pouvait communiquer de même avec son associé Boyd, qui était resté à Paris à la tête de la maison de banque.

Mais les rigueurs contre les étrangers s'aggravaient du même pas que les dangers de la patrie. A la fin du mois de juin, Boyd fut accusé « d'être en correspondance avec Pitt et de distribuer à Paris de l'argent pour favoriser la Contre-Révolution ». Il fut un moment arrêté. Il est probable qu'on ne trouva rien ou que la protection de Chabot le fit remettre presque aussitôt en liberté. « On se plaint, écrivit le journaliste girondin Dulaure, de la facilité avec laquelle cet homme très suspect a été absous (2). » Ce n'était qu'une première alerte.

Le 7 septembre, deux jours après que la Terreur fut mise officiellement à l'ordre du jour, la Convention ordonna des perquisitions chez tous les banquiers sujets ennemis et la mise de leurs biens sous séquestre. La mesure s'exécuta à Paris, dans la nuit du 7 au 8 septembre. Mais le lendemain 8, sur les observations du député Ramel, la mesure fut rapportée, sous prétexte qu'elle exposerait à la confiscation les créances des Français à l'étranger. Les scellés déjà apposés sur les papiers des banquiers étrangers furent levés. Mais il faut croire que les papiers découverts à la banque Boyd avaient paru suspects, car les scellés, par exception, y furent maintenus pendant plusieurs jours encore.

Boyd s'efforça d'intéresser à la levée de ses scellés les députés Chabot et Delaunay, tous deux membres du

(1) Les lettres de Ker sont au dossier de sa maltresse, W 316.

(2) Le Thermomètre du jour du 2 juillet 1793. Voir aussi le Moniteur, t. XVI, p. 745-

Comité de Sûreté générale. Chabot, qui avait déjà pris parti, le g septembre, à la tribune de la Convention, contre le séquestre des biens des sujets ennemis, n'hésita pas à prendre en mains la cause du banquier anglais. Il «Ha trouver Robespierre qui, dès les premiers mots, lui dit que Boyd était un conspirateur, un agent de Pitt. Écondmt par Robespierre, Chabot «e rendit au département. Il vît LuJlier, qui lui promit de faire lever les scellés, mais qui n'en fit rien. Les scellés furent cependant levés, après une démarche, du baron de Batz auprès de Lullier, si "on en croit Chabot. Le député Delannay a déclaré que Chabot avait reçu du banquier anglais 300 000 livres pour ses bons offices dans cette circonstance. Le baron de Batz racontera, dans sa Journée des soixante, que Chabotavait fait chanterBoyd pour lui extorquer 200 000 livres « le couteau sur la gorge ». Boyd céda. « Il ne paya cependant les 200 000 livres qu'en lettres de change acquittabïes après événement. Le récit de Batz et les déclarations de Delaunay sont d'ailleurs confirmées par d'autres sources (ï).

Le répit que Boyd avait acheté si cher ne fut pas de longue durée. A la nouvelle, d'ailleurs fausse, que le représentant Beauvais avait été supplicié par les Anglais, maîtres de Toulon, la Convention remit en vi-

<i) Voir le mémoire apologétique de Chabot que bous avons publié en 1914 ; Le Baron de Batz, par son petit- fils, t. II, p. 208 ; la note remise par Bous à Dufourny, au moment où les Jacobins décidèrent de soumettre Chabot à l'enquête, Arch. nat., W 342 ; les lettres de Chabot et les déclarations de la maîtresse de Delaunay publiées dans mon livre sur VA faire de la Compagnie des Indes ; |a déclaration du chirurgien Henry Jacob devant la .section, de Brutus, le 29 brumaire an II, etc. Le département de Paris, par arrêté du 17 septembre 1793, autorisa un de ses membres, André- Henry Dunouy, à lever les scellés sur les registres et papiers de la maison Boyd'Ker, <ea$e -conformant aux dispositions prescrites pour la levée des scellés chez les banquiers regnicoles, à la charge néanmoins de faite distraction de toutes les traites sur l'étranger et à ne laisser pour être acquittées que les traites sur les regnicoles ». La levée des scellés eut lieu le lendemain. Arch. nat., F* 46*5.

geur, le 9 octobre, le décret du 7 septembre, qui avait ordonné l'arrestation de tous k& sujets anglais et le séquestre de leurs biens. Boyd fut prévenu immédiate* meut et, le soir même, muni d'un passeport que lui avait sans doute procuré Chabot, il quittait Paris et la France (1).

Quand le lendemain, 10 octobre, les commissaires du comité de surveillai*» de la section Le Peletier, Jean-Claude Boichut et Pierre Cornet, se présentèrent à sa banque, rue de Gramraont, n° 9, ib ne trouvèrent plus que le caissier Antoine-Grégoire Genesie» qui leur dit qu'il venait d'acheter, au prix de 15 000 livres, les bureaux et la caisse de la maison Boyd. U exhiba la quittance de cet achat et il ajouta que son entrée en jouissance commençait le jour même (2).

Boyd, contre lequel le comité de surveillance de la section Le Peletier avait lancé un mandat d'arrêt, le 19 du premier mois (10 octobre), resta introuvable* Quand la police se présenta à sa maison d$ Boulogne, pour apposer les scellés, le 26 du premier mois (17 octobre 1793), elle ne trouva personne. Mais les scellés avaient déjà été apposés quatre jours plus tôt par les soins du comité révolutionnaire de Boulogne.

Jusque-là, Boyd n'avait été recherché et inculpé que comme sujet ennemi et non comme conspirateur. Robespierre le soupçonnait déjà d'être l'agent da Pitt, Mais les commencements de preuves manquaient (3). L'affaire prit un autre aspect, quand, le 26 brumaire, Chabot et Basire vinrent révéler au Comité de Sûreté générale un graad complot de

(1) Interrogatoire de la Montréal devant Le ■confits révolutionnaire de la section Le Peletier, le 3 frimaire an II. Arch. nat., F* 4774 w *

(2) Arch. nat., F* 4615. Dossier Boyd-Ker.

(3) On avait simplement saki un paquet de lettres adressées à Boyd, où figurait un billet d'un banquier de Lyon, Chabot, qui demandait à Boyd s'il pouvait lui négocier une lettre de dhange de z 900 livres sterling qu'il possédait et que la banque Gomart de Bruxelles Avait tirée à l'ordre de P. S. Delahaut et fils (Arch. nat., F 7 4615).

corruption et de contre-révolution qu'avaient tramé dans l'ombre, à les en croire, leurs collègues Julien de Toulouse et Delaunay d'Angers, inspirés par le baron de Batz et divers autres banquiers contrerévolutionnaires. Chabot avait accusé Batz d'avoir spéculé sur les scellés de Boyd. Il avait ajouté que Batz s'était aidé de Delaunay pour cette opération et il avait précisé que Delaunay « voyait souvent la maîtresse de Boyd », c'est-à-dire la Montréal (i). Les Ccmités de gouvernement, faisant état des révélations de Chabot, comprirent Beyd dans les mandats d'arrestation qu'ils lancèrent le 27 brumaire, à 3 heures du matin. Trois jours plus tard, le 30 brumaire, ils lancèrent le nouveau mandat d'arrêt qui suit :

Du 30 brumaire, l'an 2 •

Le Comité [de Sûreté générale] arrête que la nommée M ontréal, demeurant rue projettée Michaudière, maîtresse du nommé Boid, anglais, chef de la maison Boid, Ker et compagnie, dans laquelle étoit associé La Borde (2), qui vient de partir avec un faux passeport et que ladite Montréal se propose d'imiter, sera saisie par le porteur du présent, autorisé, pour cet effet, à faire réquisitions civiles et militaires ; examen sera fait des papiers et extraction de ceux trouvés suspects qui seront apportés au comité ; le scellé sera apposé sur ses autres papiers et effets et sur ceux dudit Boid, procès- verbal dressé e^ ladite Montréal et tous autres chez elle trouvés suspects conduits dans une maison d'arrêt pour y rester détenu î par mesure de sûreté générale. Le porteur est autorisé de plus à faire toutes les informations nécessaires pour découvrir les auteurs du faux passeport délivré à Boid qui s'est soustrait par ce moyen au décret contre les Anglais.

M. Bayle, Philippe Ruhl, Louis, David, Jagot,

Page 1