DUO
PIÊDOUCHE.
Onézyphore... ôciel! en croirai-je mes yeux?.,. OXÊZYPHORE.
Comment cela va-t-il, mon vieux?
PIÊDOUCHE.
Oui, puisque je retrouve...
ONÉZYPHORE,
Un ami si tidè
Ta fortune va prendre...
PIÊDOUCHE.
, Ail ! tu railles, je crois !
(A part.)
Après avoir séduit Adèle,
L’iniame se moque de moi !
^ (Haut.)
Prends garde à toi !
ONÉZYPHORE.
Voyons, mon cher, soyons gentil!
J’ai le fusil !
(Parle.) Essayons de lui faire peur; mais je viens de m’apercevoir que la poudre est complètement mouillée 1
PIÉDOUCHE
Infâme ! tu n’cs donc pas mort?
ONÉZYPHORE, contrefaisant le nègre.
Petit bonhomme, vivre encore !
PIÉDOUCHE
C’était toi !.. c’était lui !.. ah ! je n’al pas de chance ! ONÉZYPHOEE.
Je veux vous proposer un traité d’alliance !
Le voulez-vous?
PIÉDOUCHE
Jamais! Que je succombe ici,
Avant de te donner quittance!
Lâche qui m’as trahi!
(S’avançant vers Onézyphore avec noblesse et les bras croisés, pendant qu’Onézyphore le tient en joue .)
Pendant six mois, 6 faveur sans égale!
J’obtins le sergent-majorat.
Dans la garde nationale :
Jo saurai mourir en soldat !
ENSEMBLE
ONÉZYPHORE.
Oui, sa grandeur d'âme Arrête mon bras,
Ce serait infâme,
Jo UC tire pas !
PIÉDOUCHE
Tant de grandeur d’âme Arrête sou bras.
Ce serait infâme,
11 ne tire pas!
ROBINSON CRUSOK
ONÉZYPHOliK.
La poudre est mouillée, et pourtant ça me fait de l'effet...
riÉDOUCHE.
Va donc, misérable, achève ton œuvre ! Ah! tu hésites... Tu as tort, car je ne te ferai pas grâce, moi 1
(Il vrt pour s’élancer sur lui, Oiiézypliore le couche on joue.)
ONÉ'/YPHORE.
Piedouche! voyons, je voudrais, pour vous convaincre, n’employer que l’arme de la persuasion.
PIEDOUCHE.
Tu railles encore, gredin!
ONÉZYFHORE.
Piédouche, Adèle est innocente, je vous jure sur ma tête qu’elle est innocente!
PIÉDOUCHE
Sur ta tète !
ONÉZYPHORE.
Sur la vôtre aussi, parole d’honneur! Elle est complètement innocente !
PIÉDOUCHE
Ah! certainement, voilà quelque chose qui est probable !
ONÉZYPHORE.
D'abord... voyons! causons une minute! rien qu'une petite minute. Qu’est-ce que vous avez entendu? Vous
êtes làà me poursuivre comme une bête fauve., . Qu’cstce que vous avez entendu?
riÉDOUCllE.
Comment, ce que j’ai... mais tout simplement ceci : Onézypliore, tu me jures que tu ne m’en reparleras plus.
ONÉZYPHORE.
Rien que ça?
PIÉDOUCHE
Tu trouves que ça n’est pas assez, gredin?
ONÉZVPHORE, à part.
Voilà ce qu’il a entendu. Ah! si j’avais su... (Haut. Piédouche, écoutez-moi... Eli bien! oui, vous avez été trompé 1
Ah ! tu l’avoues, enfin !
ONÉZVPHORE.
Mais non ! vous avez été trompé par les apparences... pas par moi, par les apparences !
PIÉDOUCHE
Il est bon, lui!... Tu me jures que tu ne m’en reparleras plus... Tu appelles ça dos apparences?
CNÉZYPIIOKE.
Eh bien ! vous ne vous doutez pas combien c'es]^ simple! (A part.) Ni moi non plus, par exemple...
PIÉDOUCHE
Allons, va, raconte.
ONKZYPflOHE, clicrcliant, tout en parlant.
Voilà! Vous saurez donc qu’aprôs vous avoir accompagné au cliemin de fer, madame Piédouelie, qui n’avait pas envie de dormir encore, m’a prié d’entrer un instant chez elle... Elle voulait me montrer des bretelles qu’elle brodait en cachette pour vosétrennes. C’est alors qu’à travers son fichu j'ai a[iciçu...
Onézyphore!
ONÉZYPHORE.
Une croix à demi brisée, et dont, hasard inou'i, j'avais sur moi l’autre moitié... nous nous sommes reconnus!.,. Cette croix, qui lui vient de sa mère, me vient aussi de la mienne. Comprends-tu, Athanase? Adèle était ma sœur! C’est alors que, pour ne pas. outrager une mémoire respectable, elle m’a dit : Onézyphore, tu me jures que tu ne m’en... Vous êtes survenu, furieux... La fenêtre était ouverte, j’ai eu peur... Et voilà!
PIÉDOUCHE
Ah ! Onézyphore!
ONÉZYPHORE, au public.
Ça n’est pas vrai du tout, vous savez bien!
PIÉDOUCHE
Ah! mon ami, mon frère, Adèle n’est pas coupable... Je puis mourir, maintenant!... (Onézjpbore s’apprête à tirer.) Eh! là-bas! ne tiro pas! Je dis : je puis mourir... c’est un cri de joie, mais ne tire pas!
ONÉZYPHORE.
Il n’y a pas do danger. Tenez!... (Tl tire doux ou trois fois, le fusil rate toujours.) Elle cst tout à fait mouillée.
riÉDOÜCHE.
Tiens! parbleu! Est-ce que tu crois que sans ça je serais resté bêtement devant ton fusil? c’est-à-dire, non... devant mon fusil... car il me vient de toi. Oh ! mon cher Onézyphore, je suis rudement soulagé, mon bon ami ; Mais dis-moi donc... qu’est-ce que nous allons devenir? Je n’ai plus de nègre, puisque tu t’es complètement blanchi à mes yeux!... Est-ce que nous allons finir notre existence dans cette île déserte? Je ne serais pas fâché de revoir un peu mon épouse.
ONÉZYPHORE.
C’est si doux de pardonner! (A part.) Il faut que j’avertisse madame Piédouche de ce dénoùment.