CHANSON NÈGRE
Dans belle Jamaïque, Oii bon rhum et tatia, Bayi, baya, Bamboula ,
Chika !
Sous case magnifique Vivais avec papa,
Bayi, baya.
Bamboula,
Chika!
Ah! ah! ah! ah!
Chaque foir en maraude, Aupi'ès do Mauricaude
Qui savait charmer cœur, M’échappant de la case, Allais goûter extase r>u plus tendre bonheur.
Ah ! ah ! bon petit noir Content... li fallait voir !
Mais un jour l’incendie Sur la case éclata,
Bayi,baya, i>
llainboula,
Chika!
Nègre a l’âme hardie, Mais d’abord se sauva, lîayi, bajm, llambonla,
Chika!
Ah ! ah ! ah ! ah !
Depuis ce jour funeste, lion nègre, je l’atteste,
Être bien moins joli!
Plus jamais de négresse Qui faire avec tendresse Battre le cœur à li !
Ah ! ah !... bon petit noir.
Séchoir de désespoir.
ONÉZYPHORE, après le refrain.
C’est pas plus malin que ça...
miDOUCFIE.
Mon bon Dimanche, tu m’as tout bêtement charme... viens m’embrasser.
ONÉZYPHORE, à part.
Merci! je n’aurais qu’à déteindre ! (Haut.) Non, maître î
18 ROBINSON CRUSOK
PXÉDOUCHE, à part.
Pourquoi ce nègre se refuse-t-il à mes caresses fraternelles? (A Onézyphore.) Ah ! mon ami, mon histoire à moi est encore plus terrible que celle de ta chanson... Je vais te la conter...
ONÉZYPHORE, à part.
Ah! non, merci!... je la connais cette histoire-là. 'Haut.) Maître, moi avoir sommeil!
PIÉDOUCHE
Toi avoir sommeil si je veux! Moi blanc, moi commander toi noir; toi obéir... article unique du petit code que je t’ai octroyé!
ONÉZYPHOBE, à part.
Mon Dieu! que j’attrape donc une bonne fois le fusil! (Haut.) Oui, maître, moi écouter!
PIÉDOUCHE
Ça ne sera pas long! J’étais marié... j’avais un ami...
ONÉZYPHORE, s’oubliant.
Je sais... je sais...
PIÉDOUCHE
Comment, tu sais! Est-ce que la nouvelle de mon accident serait déjà parvenue dans ces contrées... Du reste, avec le télégraphe...
ONÉZYPHORE.
Non! moi... savoir, parce que aussi comme ça chez bons nègres... nègres mariés... avoir un ami, et puis... cric !
PIÉDOUCHE
Jo ne sais pas au juste ce qu’il entend par ce mot : cric! mais ça doit être ça... Eh bien! oui, mon bon Dimanche, croirais-tu qu’un gredin... Ah! ce n’est pas toi. Ame candide, qui aurais ainsi abusé des lois de l’hospitalité... Ali! que je suis bétel... un nègre!... Après ça, qui sait? Adèle est si bizarre!...
ONÉZTPHOBE.
Et bon maître? (A part.) Comme c’est adroit! (Haut.) Bon maitre être bien certain... souvent méchants conter menteries.
PIÉDOUCHE
Bon nègre, va! Il voudrait me faire douter... Embrasse-moi!
ONÉZTPHOBE.
Mais non! mais non! (A part.) Est-il assommant!
PIÉDOUCHE
Non! il ne veut pas! c’est un nègre tendre, mais pas embrasseur, voilà tout!...
ONÉZTPHOBE.
Et maître, (A part.) comme c’est encore adroii I (Haut.) avoir tué séducteur ! ,
PIÉDOUCHE
Ilélas! non... Imagine-toi, qu’embarqué sur le même vaisseau, j'avais en vain essayé de le retrouver... le brigand s’était sans doute caché A fond do cale!...
ONÉZTPHOBE, à part.
Parbleu!
PIÉDODCHE.
C’est alors que la nuit dernière j’eus une idée... oh ! mais une idée qui ne serait pas venue à un imbécile !
ONÉZYPHOKB, à part.
Hein?
PIÉDOUCHE
Imagine-toi que je parvins à m’emparer subrepticement... c’est peut-être un peu fort pour toi, ce mot-là...
ONÉZTPHOBE.
Nonl non!
PIÉDOUCHE
Quel nègre étonnant ! Donc, je m’emparai subrepticement du porte-voix du capitaine, et je m’écriai d’une voix de tonnerre... Tout le monde sur le pont! Nous touchons!...
ONKZYPHORE, à part.
C’était lui 1
PIÉDOUCHE
Trois minutes après, j’apercevais mon gredin d’Oné- zjphore qui était sorti de sa cachette, et qui, dans sa terreur, s’était jeté àla mer pour échapperau naufrage.
Je me revêts de ma ceinture, je m’arme de mon fusil et me jette à sa poursuite... Point ne le retrouvai!... quelque requin aura sans doute vengé mon honneur. C’est ainsi que j’abordai dans cette ile où je t’ai trouvé, toi, ma consolation suprême...
ONÉZYPHORE, il part.
Ail ! le gredin! Et j’ai coupé dans ce pont-là... ah! si j'avais le fusil !
PIÉDOUCHE
A propos, Dimanche ! Dimanche ! (A part.) 11 n'est pas encore bien habitué à ce jour-là... (Haut.) Dimanche...
ONÉZYPHORE.
Maître !
PIÉDOUCHE
Dis-moi, cette île est-elle pourvue de gibier? Ce coco m’a encore creusé. Je suis sûr que c’est ce qui remplace l’absinthe ici...
ONÉZYPHOBE.
Oui, oui... bon maître. . vous tranquille, bêtes beaucoup ici... vous pas ennuyer vous.
PIÉDOUCHE
Eh bien ! dis donc...
ONÉZYPHOBE.
Et moi aller chercher manger pour maître... Mais pour moi revenir plus vite, li donnera moi ça (Il montre le fusil.) pour faire boum, boum sur bêtes.
PIÉDOUCHE
Non, non, tu n’aurais qu’à te blesser.
ONÉZYPHOBE.
Oh! non, moi faire bien attention... puis, moi trèsadroit.
PIÉDOUCHE
Allons, je veux bien... va! (11 lui tienne son fusil.) Et dépêche-toi... Ah! tu sais, j’aime beaucoup le faisan... Tâche de me rapporter du faisan... Et si en route tu trouves un peu de truffes...
ONÉZYPHOBE, à part.
Je t’en vais donner des truffes ! (Haut.) Moi, revenir tout de suite... (A part.) Ah! enfin, je le tiens!
(11 sort vivement.)