TIR DH O A K I R L DR TOC
modèle de toute littérature périodique, dont 1* Angleterre a raison d’étrc fière.— De Foô a été grand philosophe, poète énergique , écrivain éloqueut , homme vertueux. De Foë a été l’ami de Guillaume, l'inspirateur de Franklin , le précurseur de Jean-Jacques , l’instituteur de toute la jeunesse d’Furope depuis un siècle. Que lui a-t-il manqué pour être célèbre ? peut-être la virulence et la mauvaise foi de Swift , la vénalité et la versatilité de bryden, la vanité et la fatuité de Pope, la morgue et l’égotsme d’Addlson. 11 avait de trop la superstition de la vertu et le fanatisme du bon sens. Il se battait, don Quichotte delà justice, contre touts les partis qui vivaient d’iniquité. 11 s'épuisait , apôtre des idée» saines , à lutter contre toutes les idées folles qui germaient et venaient à poindre.
Pauvre grand homme ! 11 réunissait )a bonhomie de l’abbé de Saint-Pierre ,
l’ironie de Cervantes , la raison claire et calme de Locke, la résolution d’un martyr et d’un apôtre. Tolérant, Il avait pour ennemis les intolérant» :
éclairé , il étonnait son siècle , qui se riait de lui. Invincible , O Irritait les sots et lçs hommes du pouvoir. Soyez donc en avant de votre siècle ! servez donc l’humanité !
Sur le tombeau même de Daniel la gloire ne s’est pas assise. On ne connaît pas une édition complète de ses œuvres; et s’il n’avait fait Rodi>so^, livre populaire , adoré des enfants, je ne sais trop si les biographies le mentionneraient.
Les hommes d’état l’ont livré au bourreau ; les sectaires l’ont persécuté ; ses amis l’ont trahi ; son fils l’a tué; ses rivaux l’ont noirci ; les gens d’esprit l’ont raillé; les enfants le protégeront.
Puilarête Chasles. ■
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)N^i652 , je naquis à York, du 9e bonne famille, mais qui n était point de ce pays. Mon père , originaire de Brême , établi première- —i ^.1 ment à Hull, après avoir acquis de l’aisance et s’être retiré du commerce , était venu résider à York , où il s’était allié , par ma mère, à la famille Robinson, une t. 1. 1
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des meilleures de la province. C’est à cette alliance que je devais mon double nom deRoBiNSON-KREUTZNAER ; mais, aujourd’hui, par une corruption de mots assez commune en Angleterre, on nous nomme, nous nous nommons et signons Cnusoé; C’est ainsi que mes compagnons m’ônt. toujours appelé.
J’avais deux frères : l’ainé, lieutenant-colonel en Flandre , d’un régiment d’infanterie anglaise ^ autrefois commandé par le fameux otlonel Lockhart , fut tué à la bataille de Dunkerque contre les Espagnols; que devint l’autre? j’ignore quelle fut sa destinée ; mon père et ma mère ne connurent pas mieux la mienne. #
Troisième fils de la famille, et n’ayant appris auéfe métier, ma tête commença de bonne heure à se remplir de pensées vagabondes. Mon p^je, jjui était un bon vieil* lard, m’avait donné toute* la somme de savoir qu’en général on peut acquérir par l’éducation domestique et dans une école gratuite. 11 voulait me faire avocat ; mais mon seul désir était d’aller sur mer, et cette inclination m’entraînait si résolument contre sa volonté et ses ordres , et malgré même toutes les prières et les sollicitations de ma mère et de mes parents, qu’il semblait qu’jl y eût une fatalité dans cette propension naturelle vers un avenir de misère.
Mon père , homme gravé et sage, me donnait de sérieux et d’excellents conseils contre ce qu’il prévoyait être mon dessein. Un matin il m’appela dans sa chambre, où il était retenu par la goutte , et me réprimanda chaleureusement à ce sujet. — « 1 Quelle autre raison as-tu, fte dit-il, qu’un penchant aventureux, pour abandonner la maison paternelle et ta patrie , où tu pourrais être poussé , et où tu as las-
1 Malgré notre respect pour le texte original, nous avons cru deroir nous permettre, ici, de faire le récit direct. P. 11.
surance de faire ta fortune avec de lappUcation et de l’in* dustrie, ét 1’assurance d'une vie d'aisance et de plaisir? 11 n’y a que les hommes dans l 'adversité ou les ambitieux qui s’en vont chercher aventure dans les pays étrangers , pour s’élever par entreprise et se rendre fameux par des actes en dehors de la voie commune. Ces choses sont de beaucoup trop au-dessus ou trop au-dessous de toi ; ton état est le médiocre , ou ce qui peut être appelé la première condition du bas étage ; une longue expérience me |’a fait reconnaître comme le meilleur dans le monde et le plus convenable au bonheur. 11 n’est en proie ni aux misères^ni aux peines, ni aux travaux, ni aux souffrances ^|s artisans : il n’est point troublé par l’orgueil , le luxe , «mbition et l’envie des hautes classes. Tu peux juger du bonheur de .cet état; c’est celui de la vie que les autres hommes jalousent; les rois, souvent, ont gémi des cruelles conséquences d’être nés pour les grandeurs, et ont souhaité d’être placés entre les deux extrêmes, entre les grands et les petits; enfin le sage l’a proclamé le juste point de la vraie félicité en implorant le Ciel de le préserver de la pauvreté et de la richesse.
p Remarque bien ceci , et tu le vérifieras toujours : les calamités de la vie sont le partage de la plus haute et de la plus basse classe du genre humain ; la condition moyenne éprouve le moins de désastres , et n’est point exposée à autant de vicissitudes que le haut et le bas de la société ; elle est même sujette à moins dé maladies et de troubles de corps et d’esprit que les deux autres , qui, par leurs débauches , leurs vices et leurs excès , ou par un trop rude travail , le manque du nécessaire , une « insuffisante nourriture et la faim, attirent sur eux des misères et des maux, naturelle conséquence de leur manière
HOBIMSOX
de yivre. La condition moyenne s’accommode le mieux de toutes les vertus et de toutes les jouissances : la paix et l'abondance sont les compagnes d’une fortune médiocre. La tempérance, la modération, la tranquillité, la santé, la société, touts les agréables divertissements et touts les plaisirs désirables sont les bénédictions réservées ce rang. Par cette voie , les hoiqpaes quittent le monde d’une façon douce, et passent doucement et uniment à travers, sans être accablés de travaux des mains ou d? l’esprit ; sans être vendus à la vie de servitude pour le pain de chaque jour; sans être harassés par des perplexités continuelles? qui troublent la paix de l’âme et arrachent le corps au repos ; sans être dévorés par les angoisses cle l’envie ou la secrète et rongeante, convoitise de l’ambition ; sein d’heureuses circonstances, ils glissent tout mollement à travers la société , et goûtent sensiblement les douceurs de la vie sans les amertumes , ayant le sentiment de leur bonheur et apprenant , par l’expérience journalière , à le connaître plus profondément. »
Ensuite il me pria instamment et de la manière la plus affectueuse de ne pas faire le jeune homme : — « Ne va m pas te précipiter , me disait-il , au milieu des maux contre lesquels la nature et ta naissance semblent t’avoir prémuni ; tu n’es pas dans la nécessité d’aller chercher ton pain ; je te veux du bien , je ferai touts mes efforts pour te placer parfaitement dans la position de# la vie qu’en ce moment je te recommande. Si tu n’étais pas aise et heureux dans le monde , ce serait par ta destinée ou tout-àfait par l’erreur qu’il te faut éviter ; je n'*en serais en rien responsable , ayant ainsi satisfait à mes devoirs en t’éclairant sur des projets que je sais être ta ruine. En un mot, j’accomplirais franchement mes bonnes promesses
ClUSOÉ.
si tu voulais te fixer ici suivant mon souhait, mais je ne voudrais pas tremper dans tes infortunes en favorisant ton éloignement. N’as-tu pas l’exemple de ton frère aîné, auprès de qui j’psai autrefois des mêmes instances pour le dissuader d’aller à la guerre des Pays-Bas , instances qui ne purent l’emporter sur ses jeunes désirs le poussant à se jeter dans l’armée, où il trouva la mort. Je ne cesserai jamais de prier pour toi, toutefois j’oserais te prédire, si tu faisais ce^ coup de tête , que Dieu ne te bénirait point , et que, dans l’avenir, manquant de toute assistance, tu aurais toute la latitude de réfléchir sur le mépris de mes conseils. » * Je remarquai vers la dernière partie de ce discours, était véritablement prophétique , quoique je ne suppose pas que mon père en ait eu le sentiment ; je remarquai , dis-je , que des larmes coulaient abondamment sur sa face , surtout lorsqu H1 me parla de la perte de mon frère , et qu’il était si ému , en me prédisant que j’aurais tout le lors ir de me repentir, sans avoir personne pour m’assister, qu’il s'arrêta court, puis ajouta : — « J’ai le cœur trop plein, je ne saurais t’en dire davantage. »
Je fus sincèrement touché de cette exhortation ; au reste, pouvait-il en être autrement? Je résolus donc de ne plus penser à aller au loin , mais à m’établir chez nous scion le désir de mon père. Hélas ! en peu de jours tout cela s’évanouit, pt bref, pour prévenir de nouvelles importunités paternelles , quelques semaines après je me déterminai à m’enfuir. Néanmoins , je ne fis rien à la hâte comme m’y poussait ma première ardeur , mais un jour que ma mère me parut un peu plus gaie que de coutume , je la pris à part et lui dis : — Je suis tellement préoccupé du désir irrésistible de courir le monde, que je ne pourrais rien embrasser . avec assez de résolution pour y réussir; mon