‹ Robinson Crusoé, tome 1Chapitre 4 sur 43 · VIA · texte numérisé non relu

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clarait libre. Il y a de ces traits qui ré- vage couvert de peaux de cbèvres. Le vêlent tout le caractère d'un homme ; gentilhomme ne tarda pas à le comde ces lueurs qui éclairent toute son prendre , et toujours on les voyait ename : tel est celui-ci. Payer ses dettes semble assister , en sortant de la taest chose très-commune et très-natu- verne, à la prédication du soir. Le relie ; les payer aux dépens de son re- Gentilhomme-Dimanche était de Foë, pos, de sa santé , de sa vie , lorsque qui , ruiné par la mauvaise fol de ses rien n'y oblige, c'est le dernier terme associés , fuyait les créanciers et les de la probité. exempts; le Sauvage était Alexandre

Lorsque de Foë languissait dans la Selcraig , ou Selkirk, le modèle primlsère et la retraite , lorsqu’il man- mitif de Robinson Crüsoé. quait de vêtements et de nourriture, De Foë avait quarante-huit ans lorsce grand et honnête homme ne trouva que l'original de Robinson parut depas même de secours auprès de son vant lui. Il en avait cinquante-huit fils. Fuyant les recors , il visita plu- quand il écrivit cette œuvre dont la sieurs provinces de l'Angleterre, et bonhomie et la simplicité ont survécu résida fort long-temps à Bristol, cou- à tant de prétentieux travaux. Ce fut vert de la plus profonde obscurité. quelques années après son séjour à Dans les murs de Bristol, on voyait. Bristol, lorsque de Foë , vieilli , cherversl709,se promener, touts les diman- cha des ressources contre la pauvreté, cbes, un gentilhomme vêtu de noir, qu'il se souvint d'Alexandre Selcraig. portant la large perruque de l’époque, dont les discours avaient germé dans sa une épée selon la mode du temps , et pensée , et dont il fit le populaire , de longues manchettes de dentelles, l'immortel Robinson.

Ce jour était pour lui un jour de fête. Les réflexions de de Foë pendant sa On le voyait dans touts les quartiers ; retraite furent tristes et sages, comme son air de bonhomie plaisait ; il eau- on peut bien le penser ; il n'avait écrit sait avec les gens du peuple, observait jusqu’alors que des pamphlets éphéleurs jeux et leurs amusements , s’ar- mères. Sa vocation se révéla enfin à rêtait dans les tavernes , et conversait lui : il sentit que jamais il ne ferait un de préférence avec les ouvriers et les marchand passable , un respectable matelots. Nul ne pouvait deviner son commerçant. I ne traduction du nom : dès que le dimanche expirait, Vota gbdans le Monde de De9cartes, il s’évanouissait à tous les yeux , pour ouvrage savant et spirituel du père reparaître le dimanche suivant ; aussi Daniel , fut l’amusement de ses loile nommait-on dans toute la ville le sirs.

Gentilhomme - Dimanche. C'était à Un mémoire manuscrit sur la situa- Fauberge du Lion Rouge, dans Castle- lion des affaires en Europe, mémoire Stieet, que le Gentilhomme-Dimanche qu'il lit remettre entre les mains de prenait ses repas. On y fumait; le Guillaume, et dont le bon sens frappa maître de l’auberge , nommé Mark l’esprit du roi, lui valut la protection Watkios, homme usez riche, et qui du monarque. On le nomma membre a laissé une réputation de jovialité d’une commission qui devait organibrillante dans la ville de Bristol , ai- ser lifcfrtt sur le verre. Quand cette malt surtout à recevoir dans sa ta- commision fut dissoute, un de ses verne les personnages remarquables amis lu! fit obtenir la surintendance par quelques originalités de carac- de la tuilerie de Tilbury; les gains 1ère. économisés par de Foë furent em-

Unjour on vit entrer dans la taverne ployés à l’achat d’actions dans cette de W alkins un honync dont tout le entreprise , qui , toute patriotique costume se composait de peaux de qu’elle fût , échoua, chèvres, dont le bonnet et les hottes Gomme Guillaume, il opposait à la étaient fabriqués avec les mêmes ma- fortune un front toujours ferme. Un tériaux, grossièrement cousus; il par- mois après la chute de l'entreprise de lait mal anglais , et son style ressem- laquelle dépendait toute son existence, blait à celui des sauvages* et des nè- il fit paraître, en 1697, le premier ougres , qnf» se contentent de fonder vrage important qu'il ait publié , cl leurs phrases avec les mDAaquj se pré- qui a pour titre Essai sur les Projets ; sentent à leur pensée , siTO jamais les œuvre aujourd’hui si obscure que le soumettre aux règles de la syntaxe, libraire de Londres le plus riche en Une espèce d'intimité s’établit entre vieux trésors de littérature oubliée ne le Gentilhomme-Dimanche et le San- vous le donnerait pas. Cet Essai n’est

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qu’une appréciation des vices du corps politique à cette époque et un plan détaillé d’amélioration sociale. Toute la révolution française, moins ses folies , est dans ce livre , qui a précédé Locke , Jean- Jacques et Franklin.

On ne comprendrait pas le titre de I’Essai sua les Projets , si l’on ignorait que les contemporains de Daniel de Foê, un peu plus modestes que les nôtres, appelaient projets ce que nous appelons progrès. 11 n’y a pas plus de déclamation dans ce livre de notre auteur que dans tout ce qu’il a écrit. Daniel n’a pas le génie des mots, la monnaie courante du talent et de la phrase. 11 a le génie sterling , celui des idées; il faut des siècles pour le réduire en monnaie de billon , le répandre dans la circulation générale, et le faire accepter du peuple. Ce dernier ouvrage , le plus riche de pensées que l’on ait publié depuis le chancelier Bacon, passa tout-à-fait inapperçu.

Les Dissidents, qui , d'après les anciennes lois, non encore abrogées, ne pouvaient occuper de magistrature tant qu’ils restaient fidèles à leur secte , cherchaient à concilier leur ambition temporelle et leur amour du pouvoir avec leur foi religieuse, en se montrant a l’église protestante , sans cesser de professer les opinions de leurs pères et de visiter les chapelles dissidentes. De Foë, trop sévère et trop honnête homme pour se prêter à cette escobarderie , si bien d’accord avec l’étaf moral d'une nation qui n’avait plus foi au serment , et qui ne croyait à rien, écrivit deux pamphlets pour l’attaquer.

La France devenait chaque jour plus menaçante#Guillaume demandait une armée; on la lui refusait : les factions, avec leur logique accoutumée ^ disaient au roi : « Vous nous défendrez; Mnaisnous vous refuserons les moyens »de nous défendre.* De Foë, toujours maltraité de la fortune et ne désirant que l’indépendance , reprit la plume, et fit ressortir ces absurdités.

Déterminé à ne pas laisser échapper une seule occasion de dire la vérité aux hommes, et deeontinuer sa folie croisade en faveur de toutes les vérités,deFoë, dans i.a Plainte du pauvre Hohme , excellent pamphlet qui rap- * pelle leRoniiomme Richard de Franklin , et qui nous semble l’avoir inspiré, quitte sa polémique habituelle, etse détachant tout-à-fait du ministère qu’on aurait pu le croirj^disposé à

servir , fait retentir les gémissements du peuple contre les dilapidations des grands.

Cependant l’influence de Guillaume ne cessait pas de décroître. Menacé à l’étranger, humilié par son parlement, trahi par ses ministres, ii était, dans son palais même, à peu près le seul de son parti. Deux pamphlets éloquents, écrits par de Foë, donnèrent le cri d’alarme, et appelèrent touts les protestants à la défense du pays.

Quand il fut question de reconstituer le parlement, et que les nouvelles élections approchèrent, de Foë publia les Six Caractères d’un bon Membre au Parlement , petit livre populaire qui serait assurément fort bon à publier aujourd’hui , et deux autres Traités dans lesquels il attaque vivement ces marchés , ces achats et ces ventes de sièges parlementaires, dès lors aussi communs qu’ils l’ont été de nos jours.

Guillaume était plus tolérant , plus philosophe. Guillaume était plus libéral que ses sujets : lui seul il défendait la liberté ; il prenait parti pour la raison. On voulait qu’il sanctionnât un bill d’après lequel les Catholiques étaient chassés du royaume, privés de tout emploi, et leurs tètes mises à prix. On lui força la main. Les deux chambres, à la presque unanimité, votèrent ce bill absurde , inhumain et exécrable. I n pauvre moine franciscain, le père Paul Atkenson, fut arrêté, emprisonné, et, après trente années de détention , mourut dans son cachot La majorité des Protestants anglais applaudissait à ces barbaries , que le roi G uflftume abhorrait, contre lesquelles sont dirigés les pamphlets de Daniel. Jamais roi ue se trouva dans une situation plus affreuse. 11 ne rencontrait d’affection sincère chez personne , excepté chez cet obscur écrivain, Daniel de Foë , qui le défendit aux dépens de sa fortune et de sa réputation. Les caricatures contre le roi couvraient toutes les murailles ; les théâtres retentissaient d’injures contre la Hollande et les Hollandais. Pour se distinguer , les légitimistes, l'opposition, c’est-à-dire presque toute la masse du peuple, tons lespartis combinés se décoraient du tïom de véritables Anglais. Alors de Foë, qui n’avait jamais écrit de vers , trouva dans son indignation la verve poétique. 11 écrivit le Véritable Anglais, excellente satire dans laquelle ii prouv^

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