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Ils me répondirent, en vrais marins, qu’ils gageaient d’en revenir, qu’ils se tiendraient sur leur garde, et ccetera ; et ils partirent. Je les conjurai de prendre en considération le navire et la traversée ; je leur représentai que leur vie ne leur appartenait pas, qu’elle était en quelque sorte incorporée au voyage ; que s’il leur mésarrivait le vaisseau serait perdu faute de leur assistance et qu’ils seraient sans excuses devant Dieu et devant les hommes. Je leur dis bien des choses encore sur cet article, mais c’était comme si j’eusse parlé au grand mât du navire. Cette incursion leur avait tourné la tête; seulement ils me donnèrent de bonnes paroles, me prièrent de ne pas me fâcher, m’assurèrent qu’ils seraient prudents, et que, sans aucun doute, ils seraient de retour dans une heure au plus tard, car le village indien , disaient-ils , n’était pas à plus d’un demi-mille audelà. Ils n’en marchèrent pas moins deux milles et plus, avant d’y arriver.
Ils partirent donc, comme on l’a vu plus haut, et quoique ce fût une entreprise désespérée et telle que des fous seuls s’y pouvaient jeter, toutefois, c’est justice à leur rendre , ils s’y prirent aussi prudemment que hardiment. Ils étaient galamment armés, tout de bon, car chaque homme avait un fusil ou un mousquet , une bayonnette et on pistolet. Quelques-uns portaient de gros poignards, d’autres des coutelas, et le maître d’équipage ainsi que deux autres brandissaient des haches d’armes. Outre tout cela, ils étaient munis de treize grenades. Jamais au monde compagnons plus téméraires et mieux pourvus ne partirent pour un mauvais coup.
CAUèOi.
lin partant, leur principal dessein était le pillage : ils se promettaient beaucoup de trouver dè lor; mais une circonstance qu'aucun d eux n'avait prévue, les remplit du feu de la vengeance , et fit d'eux touts des démons. Quand ils arrivèrent aux quelques maisons indiennes qu'ils avaient prises pour la ville, et qui n'étaient pas éloignéesdeplusd'uu demi-mille , grand fut leur désappointement , car il y avait là tout au plus douze ou treize cases, et où était la ville, et quelle était son importance , ils ne le savaient. Us se consultèrent donc sur ce qu’ils devaient faire , et demeurèrent quelque temps sans pouvoir rien résoudre : s'ils tombaient sur ces habitants, il fallait leur couper la gorge à touts ; pourtant il y avait dix à parier contre un que quelqu'un d'entre eux s'échapperait à la faveur de la nuit, bien que la lune fût levée, et, si un seul s'échappait, qu’il s’enfuirait pour donder l’alerte à toute la ville, de sorte qu’ils se verraient une armée entière sur les bras. D’autre part s’ils passaient outre et laissaient ces habitants en paix, — car ils étaient touts plongés dans le sommeil, — ils ne savaient par quel chemin chercher la ville.
Cependant ce dernier cas leur semblant le meilleur, ils se déterminèrent àlaisser intactes ces habitations, et à se mettre en quête de la ville comme ils pourraient. Après avoir fait un bout de chemin ils trouvèrent une vache attachée à un arbre, et sur-le-champ il leur vint à l’idée qu’elle pourrait leur être un bon guide : — « Sûrement, se disaient-ils, cette vache appartient au village que nous cherchons ou au hameau que nous laissons, et en la déliant nous verrons de que! côté elle ira : si elle retourne en arrière, tant pis ; mais si elle marche en avant, nous n’aurons qu'à la suivre. » — Ils coupèrent donc la corde faite de glayeuls tortillés , et la vache partit devant. Bref, cette vache les conduisit direc-