EMME
sMaJP
votjgf dire à moi , lui être grand ,
•bons hommes?
y Tu*li$ vTai; il pourrait meLfrapper de mort, et je dev/ais*m’y attendre , car j’ai été im^ïofond misérable. Tu dis*Traif mais Dieu est miséricordieux et ne nous
traite pas comme nous le méritons.
Là Femme. • — Mais alors vous j>as dire à lÂeu mercfc pour cera ?
W? A. — : ÎNûp , en vérité, je n’ai pas ÿlus femdfcé Dieu pour sa dHséricordc que je n’ai redotfté Bien pour soi^ pouvoiç^
La Fe^me.
votre Dteu pas Dieu ; moi non
penser/ moi non croBe lui être un tel grand
beaucoup pou-
voir, fort; j
puisque pas faire tuer vous, qiîy
Sque vous faire 1
lili beaucom
\ colère? * #
ïlliam.Atkins. — Quoi! ma coupable vie vous empêcherait-elle de croire en Di’eu! Quelle affreuse créalui^.je suis! Et quelle triste vérité est celle-là : que la vie infâme des Chrétiens empêche la conversion des idolâtres?
La Femme. — Comment! moi penser vous avoir grand
beaucoup Diewlà-bqpt, — «|u dftigt dite montrait le cependant pSs faire bien , pas faire bonne F@ifoar
lui savoir? Sûrement luijjps savoir quqi vous faire^
W.. A. — Oui, ofti , il connaît^ vqit toutes cfipses; il ■ nops entend parler , voit ce que bot* faisons* saiPce que » nous pensons, même quapd^ioqp gèporlcmfl^as.
La Femme. — «Non! lui pas ^ntend^jp vous joaudl^ vous jurer, vousdirele grand god-damnl^ * . % ,
W. A. — Si, si, il entend tout cela* ' %
La Femme. — Où être' aloçs son gÿnd ,poiwoir fait}? W. A. — 11 est miséricordieux : c’est tout c^quéqous pouvons dire; et cela prouve qiùÇil est le vrai Dien.^1 est’ Dieu et non Hbmme ; et c’est podr cela que nous ne^munes point anéantis. ■ * *
W iLb AtkinS nous dit ipi qû’jl était sjjjsi d’hon^nrwwpensant comment il avait pu annont^r si cUhrfpeMt à sa femme que Dieu voit, entend*, ht connaîules secrètes pUnséèsélp ■ cœur, et toût ce que nous faisons, ^encore qn’il eût os£ 'Commettre toutes les méprisables choses dont il était coupable. * •
La Femme. — Miséricomuêux! quoi vous appeler ça? William Atkins. — Il est notre père^et notre- Créa** teur ; il a pitié de' nous et nous épargne. *
La Femkb. — Ainsi donc lui jamais faire tiîgr , jamais colère quand faire méchant; alors lui pas bon lui-nlêm* ou pas grand capable. * ’
W. A. — Si, si^ma chère, il est infiniment bon«t infiniment grand et capable de punir. Souventes fois même , qfin de donner des preuves de sa jiîstice et de sa vengeance , il laisse sa colère se répandre pour détruire les pécheurs et
< IlLSOt.
faire exemple. Beaucoup môme sont frappés au milieu de ; leurs crimes.
La Femme. — Mais pas faire tuer vous cependant.
», Donc vous lui dire, peut-être , que lui pas faire tuer vous? Donc vous faire le marché avec lui , vous 'commettre mauvaises choses ; lui pas être colère contre vous , quand lui être colère contre les autres hommes?
\\V A, — Non , en vérité mes péchés ne proviennent que d’üne confiance présomptueuse en sa bonté; et il serait infiniment juste, s’il me détruisait comme il a détruit d’autres hommes.
m Femme. — Bien. Néanmoins pas tuer, pas faire vous mort! Que vous dire à lui pour ça? Vous pas dire à lui : merci pour tout ça.
W. A. — Je suis un chien d’ingrat, Voilà le fait.
La Femme. — Pourquoi lui pas faire vous beaucoup bon meilleur? Vous dire lui faire vous.
W. À. — Il m’a créé comme il a créé tout le mônde ; c’est moi-même qui me suis dépravé , qui ai abusé de s.\ bonté, et qui ai fait de moi un être abominable.
La Femme. 9— Moi désirer vous faire Dieu connaître à moi. Moi pas faire lui colère. Moi pas faire mauvÿse méchante choses
Ici Will ÀTKïNèf nous dit que son cœur lui avait défailli en entendant une paifVre et ignorante créature exprimer le désir d’être amenée à la connaissance de Dieu, tandis*que lui, misérable , ne pouvait lu! en dire un mot auquel l’ignomitge de sa conduite ne la Hétourdât d’ajouter foi. Déjà thème elle s’était refusée à croire en Dieu, parce que lui qui avait été si méchant n’étart pas aàéanti.
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2ô2 4gpi«»«N * # t 4
WilliabuAtkins, — Sans douta* ma chère; vous vtSji-^ lez dire que vpus souhaitez que je v^^peigÉ^ connaître * Dieu et non p ds què j apprenne % fJigi à vodl connaître; car il vous connut déjà* vous et c$qu£ pensée de votre * cœur. • > - • - '
La - Ainsi donc lui* savoir %e qùemfti dhÿ
vous maintenant; lui savoir moi^ désirer de cl&d^tre ldi. Comment moi connaître ^rluî qui âjeer moi? , * .
W. A. — Pauvre créatugjfc il faut qu’il tVnseigne, lulï moi je ne puis l’enseigner. Je le prierai de ^’a^preudrê* à le connaître et de me pardonner, à moj^ qui sjris indigne Je t’instruire. * * ‘ *
Le pauvre garçon fut tellement mis^aux abois quatid sa femme lili exprima je désir d’être aipenée par lui à ft science % de Dieu., quand elle forma Je souhait de connaître, Dieu, qu’il tomba à genoux devartt elle , nous dit-il , et pria le Seigneur d’illuminer son esprit par làr connaissance salutaire de Jksus-Chkist, de lui pardonner à lui-même sespéchés et de l’accepter comme un indigne instrument pour instrüiro cette idolâtre dans les principes de la religion. Après quoi il s’assit de nouveau près d’elle et leur dialogue sc pourr suivit, . *
N. B . C’était là.le moment où nous l’avions vu s’agenouiller et lever les mains vers le ciel.
Là Femme. — Pourquoi votls mettre les genoux à terre? Pourquoi vous lever en haut les mains? Quoi vous dire? A qui vous parler? Quoi est tout ça? ^
William Atkjûvs, — Ma chère, je ploj^fes genoux en signe de soumission envers Celui qui roVcréé. Je lui ai dit, O ! cohnAé vous appelez cela et comme vous racontez
nÈK*
GBUS{>ji.
î<Ki
dir
e iont vos vieillards à leur idole Benamickée ? c'est-aire que je l ai prié. ^
LjLFem>¥e.‘ -- Pourquoi vous dire : Ù ! à lui?
W . A. -Me l’ai prié tl ouvrir vos yeux el votre entendement. afin que vous puissiez le connaître et lui être agréable. ^
La Femme. — Pouvoir lui fajre^ça aussi?
\Y. A. -® Oui, il le peut ; il peut faire toutes clittses. LA^FiuisIi^- Mais lui pas entendre quoi vous dire?
\V. A. — *Si. Il nous a commandé de le prier et promis de nous écouter. ’’
La I'i^Ime. — Commandé vous prier ! Quand lui commander vous ? Comment lui commande^ vous .'Quoi ! vous
entendre lui parler?
W. Av-. — Non, nous n
il s'est rérelé à nous de différentes manières. ♦ * .
0$ ♦j ’rf. * « '*
Ici IYtkins fut très-embarrassé pour lui faire comprendre! que Dieu s’e$t révélé -à nous par sa parole; et ce queVest que sa parole ; mais enlin il, poursuivit ainsi :
William Atrins. — Dieurdans les premiers temps ? a parlé à quelques hommes hués du haut du ciel, en termes formels; puis Dieu a inspiré des hommes bons par son Esprit, et ils ont écrit toutes* ses lois daus uu livre.
La Femme. — Moi pas comprendre ça. Où est ce livre? A\ . A. — Hélas ! ma pauvre créature , je n’ai pas ce • livre ; mais j espère un jour ou l’autre l’acquérir pour vous et vous le faire lire.
Non, nous ue fenteudolîs point parler; mais
C est ici qu il l’embrassa ave(^ beaucoup de tendresse, mais avec l im 'ipi im ibli 1 de ja’avoir pÆ^îfe Bible. *
' La FjppiE, — Mais comment voiB-fjpé moi cèana^ que Diju enseigner eux à écrire ce livre?
William Axisjv&‘ — Par la mê^<&mcttsu,ati$r pa» laquelle. nous savons qu’il est Dieu, ’* ^ '
La Femme. *— sQoelle démonstration? quel mg$eu voua* savoir? ' . • ^ ■* *-* - . ^
W. A. — ■ Parce <jwj{ eifteigne et l|^«p».aeie Ai quinte soit bon* juste, salit, ^t ne tendilmous "tendre parfaitement bons et parfaitement heureuffifftjp qù’Mnous défqpd $t.n6useenjoint dé fuir lent ^ qui est mal , mauvais en soi ou mauvais dans sM^oglCfcpuafces.
La Femme. — Que-moi vaudrais comprendre, que jÿoi volontiers <^nnaitrç! Si lui récoigpegserit^ute bonntf cl^pe, punir toute méchanfechdse, défendre toute méchante lui, faire toudéjgRre, lq^, dohrisï^tte chose, lfi entendre \pbi qyand» moi dire : O ! à lui, comme vols vemr dé faire juste à présent f iiÿ faire moi bonne, sr^pi désinêtre bdmë ; lui épargner moi , pas faim tuer moi* qjfend moi paPétre bonne, si tout eeque vous djj* Initie; fpi,1i£êtrè gr|nd Dieu; moi jtrçnA'e’fpenàer „croij-e lu» être grand Biéjf moi dire : O ! aussi à luiÿ avec vous, mq^çher.
Ici le pauvre homme «oiis dit ara’il n'avait py se con tenir plus long-tejpps; mais que prenant sa %ffime par,]a main il l’avait fait mettre à genoux prés dé lui ét quM Avait flrié Dieu à haute voix dp 1 instruire dans la connaissance 4È" lui-même par son divin Esprit, et.de faire t^ur un coup heureux de sa^providence , s’il était pifesibie, que tô|j<m tard ellfe vîqpà posséder une Bible, afin qu'elle pût Ère la parole dé Dieu et pjr là apprendre à le connaître,
•C’est en ce’ moment jjjue nous l’avidffs vu lui offrir’ la main et s’agenouiller jqjprès m comme il a été dit?
'rtjftufto*.
Tl .
^ Ils 5e ilireni encore après c;eci beaucoup d'autres choses qu'il^erait trop long, ce me semble, de rapporter ici. En- > ire autres elle lui fit promettre, puisque de son propre aveu sa vie n avait été qu'une suite criminelle et abominable de provocations contre Dieu, de la réformer, de ne plus irriter Dieu, de peur qu’il ne voulût — « faire lui mort, » — selon sa propre expression ; qu’alors elle ne restât seule et ne pût apprendre à connaître plus particulièremenj ce Dieu , *et qu’il ne fût misérable, comme il lui avait dit que les t hommes méchants le seraient après leur mort.
Ce récit nous parut vraiment étrange et nous émut beaucoup l’un etj’autre, surtout le jeûné ecclésiastique. Il en fut, lui, émerveillé ; mais il ressentit la plus vive douleur de ue pouvoir parler à la femme, de ne pouvoir parler anglais pour s enjfaire entendre, et comme elle écorchait impitoyablement l’anglaise de ne pouvoir la comprendre elle-même. Toutefois il se tourna vers moi, et me dit qn’il croyait que pour elle il y avait quelque chose de plus à faire que de la marier. Je ne lé compris pas d’abprd; mais enïin il s'expliqua : il entendait par là qu’elle devait être baptisée.
J’adhérai à cela avec joie; et comme je m’y empressûis : — « l\on, non, arrêtez, sir, me dit-il; bien que j'aie fort • à cœur de la voir baptisée, cependant tout en reconnaissant que Will Atkins, son mari, l’a vraiment amenée d’une façon miraculeuse à souhaiter d'embrasser une vie religieuse, et à lui donner de justes idées de l’exisîence d'un Dieu , de son pouvoir , de sa justice , de sa miséricorde , je désire savoir de lui s’il lui a dit quelque chose de Jésls- (Iiirist et du salut des pécheurs; de la nature de notre foi en lui , et de notre Rédemption ; du Saint-Esprit, de la Résurrection, du Jugement dernier et d’une vie future..
Je rappelai YVTy 4TR1NS> et je te lui demandai. Le pau-
ROniN.SO> CRLSUt. «.'•
vre garçon fondit en larme^ et nous dit qu’il lui en av^it bien louché quelques paroles ; mais qu’il était lui-même une si méchante créature et que sa conscience lui reprochait si vivement sa vie horrible et impie , qu’il avait tremblé que la connaissance qu’elle avait de lui n’atténuàt l’attention qu’elle devait donner à ces choses , et ne Ja portât plutôt à mépriser la religion qu’à l’embrasser. Néanmoins 11 était certain, nous dit-il, que son esprit était si disposé à recevoir d’heureuses impressions de toutes ces vérités , que si je voulais bien l’en entretenir, elle ferait voir, à ma grande satisfaction, que mes peines ne seraient point perdues sur elle. *
En conséquence je la fis venir ; et , me plaçant comme interprète entre elle *et mon pieux ecclésiastique, je le priai d’entrer enbnatière.
. SÇ.
r , sûrement jamais pareil sermon n’a été pré- Par UD Pr^tre PaP*ste dans ces derniers siècles du monde. Aussi lui dis-je que je lui ^ ) trouvais tout le zèle, Joute la science, toute la sincérité dun Chrétien, sans les erreurs dun catholique, romain, et que je cfoyais voir en lui un pasteur tel
qu’avaient été les Évêques de Rome avant que lEglise romaine se fût assumé la souveraineté spirituelle sur les consciences humaines1. ;#
En un mot il amena la pauvre femme à embrasser la > connaissance du Christ, et de notre Rédemption, nonseulement avec admiration, avec étonnement , comme elle avait accueilli les premières notions de l’existence d’un ; Dieu, mais encore avec joie, avec foi, avec une ferveur et uu degré surprenant d’intelligence presque inimaginables et tout-à-fait indicibles. Finalement, à sa propre requête, elle fut baptisée. v r
Tandis qu’il se préparait à lui conférer le baptême, ie le suppliai de vouloir bien accomplir cet office avec quelques précautions, afin, s’il était possible, que l’homme ne pût * s’appercevoir qu’il appartenait à l’Eglise romaine , à cau§e des fâcheuses conséquences qui pourraient résulter d’une dissidence entre nous dans celle religion même où nous* N1* ■ instruisions les autres." 11 me rQponcïïFque, ifayaltt ni cbapelle consacrée ni choses propres à cette célébration , il officierait d’umHelle manière que je He pourrais reconnaître moi-même qu’il était catholique romain' s^je ne le savais déjà. Et cVst ce qu’il fit : car, après tivoir marmonné en latin quclques^paroles que je ne pus comprendre . il versa un plein vase d’eau sur la tête de;la femme* disant en francais d’une voix, hautes — «Marie*! » — C’était le. nom que son époux avait souhaité que je lui donnasse, car-j ’éuis son parraifi. — « Je te baptisé au nom dp Père, et du Fils , et du S^int-Esprit. » — I>p forte qu’op pouvait de- ,r viner par-là de queHe., reli^on ü était. Ensuite il donua la* bénédiction en latin ; mais W ill,Àtkin s ne sut pas si tétait
' . 4 Voir à la Dissertation religieuse.
craiswrt.
en français, ou ne prit point garde à cela en ée moment.
Sitôt .cette cérémonie terminée, il les maria; puis après les épousailles faites il se tourna vers YVill Atkins et l’exhorta dune .manière très-pressante , non-seulement a* persévérer dans ses bonnes dispositions, mais à corroborer les convictions dont il était pénétré par une ferme résolution de réformer sa vie. 11 lui déclara que c’était chose vaine que de dir e qu’il se repentait, s’il n'abjurait ses' crimes. Il lui représenta combien Dieu lavait honoré en le choisissant comme instrument pour amener sa femme à la conpaissancç de la religion chrétienne, et combien il devait être soigneux de ne pas se montrer rebelle à la grâce de Dieu; qu autrement il verrait la payenne meilleure chrétienne que lu* la ^Sauvag% élue et l'instrument réprouvé..
Il leur dit, encore à touls deux une foiile d’excellentes choses ; puis, les recommandant en peu de mots à la bonté divine , iCleur donna de nouyeau la bénédiction : moi * connue interprètg, leur traduisant toujours chaque chose en anglais. Ainsi se termina la cérémonie. Ce fut bien pour moi la plus charmante, la plus agréable journée que j'aie jamais passée dans toute ma vie.
Or mon religieux n’en avait pas encore fini" Ses pensées se reportaient sans cêsse à la conversion, des trente-sept Sauvages, et volontiers il serait resté dans l’île pour Pentreprendre. Mais je le convainquis premièrement qu’en soi cette entreprise était impraticable, et secondement que je pourrais peut-être la mettre en voie d’être terminée à sa satisfaction durant son absence : ce dont je parlerai toutà-lheure.
Ayant ainsi mis àfoud les affaires de l’île, je me préparais à retourner à bord du navire; quand le jeune homme, que j’avais recueilli (Penlre l’équipage affamé vint à moi et
iNfco
me dit (^u’il avait appris que j’avais* un ecclésiastique cl que j’avais marjé par son oilke les Anglais avec les femmes sauvages qu’ils nommaient leurs époirees, et que lui-même avait aussi un projet de mariage entre-deux Chrétiens qu’il désirait voir s’accomplir avant&on départ^ ce qui, espéraitil, ne me seraUpoint désagréable. v ^
Je compris de suite qu’il était question de la jeune fille servante de sa faère; car il n’y avait point d’autre femme chrétienne dans laie. Aussi commençai-je à le dissuader de faire due chose pareille' inconsidérément, et parce qu’il se trouvait dans une situation isolée* Je lui représentai qu’il avait par ,1e inonde une fortune assez considérable CL jde -bons amis* (comme je le tenais de lui-même cl de la jeune tille" aussi; Srjue cette fille pétait non-seulement pauvre cl servante , mais encore d’un âge disproportionné, puisqu’elle avait vingt-six ou vingt-sept ans', et lui pas pjus de dixsept ou dix-huit ; que très-probablement il lui serait pos- |il)lc avec mon assistance de*se tiçer decç clpsert et de'relourner dans sa pajlrie?; qu’alors il y avait mille à parier contre un qu’il se repéntirait de son choix, et que le 4$goût de sa position leur serait préjudiciable à touts deux. J allais in’élendre bien davantage? mais il .m'interrompit en 'souriant et me^dit avec beaucoup candeur que je me trompais dans nies conjectures , qu’il n’avait rien de pareil en tête , sa situation présente étant déjà assez triste et déplorable; qu’il était charmé d’apprendre -'que j’avais quelque désir de le mettre à même de revoir son pays; que rien n’aurait pu l’engager à rester en ce lieu si le \o\ige que j’allais poursuivre n’eût été si effroyablement long et -si Jiasardeux , et ne'l’eût jeté si loiu de louis ses amis; qu’il ne souhaitait rieu de moi, sinon que je voulusse bien lui assigner une petite propriété dans mon îlê\ lui donner
un serviteur ou deux et les choses nécessaires pour qu’il pût s’y établir comme planteur , en attendant l'heureux moment où, si jeretournais en Angleterre, je pourrais le délivrer, plein .de l'espérance que je ne l’oublierais pas . quand j y serais revenu ; enfin qu'il me remettrait quelques lettres pour ses amis à Londres, afin de leur faire savoir combien j’avais été bon pour lui, et dans quel lieu du inondé et dans quelle situation je l'avais laissé. Il me promettait, disait-il, lorsque je le délivrerais, que la plantation dans l'état d’amélioration où il l'aurait portée , quelle qu’en pût être la valeur, deviendrait tout-à-fait mienne.
Son discours était fort bien tourné eu égard à sa jeunesse, et me fut surtout agréable parce qu’il m'apprenait positivement que le mariage en vue ne le concernait point lui-même. Je lui donnai toutes les assurances possibles que , si j’arrivajs à bon port en Angleterre, je remettrais ses lettres et m'occuperais sérieusement de ses affaires, et qu'il pouvait compter que je n’oubfierais point dans quelle situation je le laissais ; mais j étais toujours impatient de savoir quels étaient les personnages à marier. Il me dit enfin que c’était mon Jack-bon-à-tout et sa servante Slzan. \ *
Je fus fort agréablement surpris quand il me nomma le couple; car vnumentll me semblait bien assorti. J’ai déjà tracé le caractère de l’homme : quant à la servante, c’était ’une jeune femme très-honnête, modeste, réservée et pieuse. Douée de beaucoup de sens, elle était assez agréable de sa personne , s’exprimait fort bien et à propos, toujours avec décence et bonne grâce , et n’était ni lente à parler quand quelque chose le requérait, ni impertinemment empressée quand ce n’était pas ses affaires ; très-adroite d’ailleurs , fort entendue dans tout ce qui la concernait, excellente mé-
ÉOIHWSO*
nagère'et capable* en vérité d’être la gouvernante de l'île entière. Elle savait parfaitement ‘se conduire avec les* gens de toute sorte qui l’entouraient, et n’eût pas été plus empruntée avec des* gens du bel aîr, s’il s’en fût trouvélà.
Les accordailles étant faites de cette manière , nous les mariâmes le jour même ; et comme à l’auteï , pour ainsi dire, je servais de père à cette fille, et que je la- pressais, je lui constituai’ une dot : je lui assignai, à elle*et à son mari, une belle et vaste étendue de terre pour leur plantation. Ce mariage et la proposition que le jeune gentleman m’avait faite de luj concéder une petite propriété dans l’île, me donnèrent l’idée de la partager entre, ses habitants, afin qu’ils 11e pussent par la suite se quereller au sujet de leur emplacement.
Je remis le soin de ce partage à\ViLL Atkins, qui vraiment alors était devenu un homme sage , grave , ménager , complètement réformé , excessivement pieux et religieux , et qui, autant qu’il peut m’être permis de prononcer en pareil cais, était, je le crois fermement, un pénitent sincère.
•11 s’acquitta de celte répartition avec tant d’équité et tellement à la satisfaction de chacun, qu’ils désirèrent seulement pour le4out un acte général de ma& que je fis dresser et qué je signai et scellai. Ce contrat, déterminant la situation et leÿdimite$*de chaque plantation , certifiait que je leur accordais la possession absolue et héréditaire des plantations ou fermes respectives et de leurs amélioris^ seraents, à eux et à leurs-hoirs, me réservant tout le reste de l’ile comme ma propriété particulière , et par chaque plantation une certaine redevance payaft|éiàu bout de once années à moi op à quiconque de ma part ou en mon nom viendrait la réclamer et produirait une copie légalisée de cette concession. „ r -
cwuagi.
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Quant au mode de gouvernement et aux lois à introduire parmi eux, je leur dis que je ne saurais leur donner de meilleurs réglements" que ceux qu’ils pouvaient s’imposer eux-mêmes. ' Seulement je leur lis promettre de vivre en amitié et en bon voisinage les uns avec les autres. Et je me préparai à les quitter.
Une chose que je ne dois point passer sous silence, c’est que, nos colons étant alors constitués en une sorte de république et surchargés de travaux, il était incongru que trentèsept Indiens vécussent dans un coin de l’île indépendants et inoccupés ; car, excepté de pourvoir à leur nourriture , ce qui n’était pas toujours sans difficulté , ils n avaient aucune espèce d’affaire ou de propriété à administrer.. Aussi proposai-je au gouverneur Espagnol d’aller les trouver avec le père de Vendredi et* de leur offrir de se disperser et de planter pour leur compte, ou d’être agrégés aux différentes familles comme serviteurs , et entretenus pour leur travail , sans être toutefois absolument esclaves ; car je n’aurais pas voulu souffrir qu’on les soumît à l'esclavage, ni parla forée ni par nulle autre voie, $arce que leyr liberté leur. savait été oçtroyée par capitulation , et qu’elle était un article de reddition, chose que l'honneur défend de violer.
Us adhérèrent volontiers à la proposition et suivirent touts de grand cœur le gouverneur Espagnol. ' filous leur départîmes donc des terres et des plantations ;* trois ou quatre d’entre eux en acceptèrent , mais tquts les autres préférèrent être employés comme serviteurs dans les diverses familles q^ nous avions fondées; et ainsi ma colonie fut comme il suit : les Espagnols possédaient imitive , laquelle était la ville^eapitale, et avaient étendu leur plantation tout le long du ruisseau qui formait la crique dont j’ai si souvent parlé, jusqu’à ma ton-
mon habitation pi
2(3/| MdftiN&ii d|bM)K. •>’ j V
nello : on accroissant leurs cultures ils poussaient toujours *> à l’Est. Ces Anglais habitaient dans la partie Nord-Est, où Will Atkins et ses compagnons s’étaient fixés tout • d’abord , et s’avancaient au £>ud et au Sud-Oîiest en deçà îles possessions des Espagnols. Chaque plantation avait au besoin un grand sujvplémelt de terraîïl à sa disposition, 9é «. sorte qu’il ne pouvait y avoir lieu de se chamailler par manque de place.- * -i#
Toute la pointe occidentale de l’jle fut* laissée inhabitée, afin que si quelques Sauvages y abordaient seulement pour ^ y consommer leurs barbaries acodht&nées, Ils pussent alléfr . et venir librement; s’ils ne vexaient personne, personne n’avait envie de les fexer. Sans doute ils y débarquèrent ' souvent, mais ils s’en retournèrent, sans plus; car je n’ai jamais entendu dire que mes planeurs eussent été Attaqué* et troublés#davantage. ‘ - %
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me revint alors à l’esprit que j’avais insinué ) à mon ami l’ecclésiasiique que l’œuvre de la conversion de nos Sauvages pourrait peut-être accomplir en son absence et à sa satisfaction ; et je lui dis que je la croyais à cette heure en beau chemin ; car 4:es Indiens étant ainsi répartis parmi les T. il. s* • ‘ 184
Chrétiens ,• si chacun He ceux-ci feulai tîaire soù, auprès de ceux qui se trouvaient soussamain , j ’espejp que cela pourrait avoir un fort bon résultat.- :*•' . 4^
Il en tomba d’accord d’emblée : « — Si toutefois, ‘N1* Os voulaient faire leur devoir; mais comment, ajout**-*,-, obtiendrons-nous cela d'eux? » — Je lui répondis •qttq^iftusr les .manderions tonts ensemble , et. leur- en inipOseri^nç la charge, ou bien que nous irions lésion Ver chacüp %n paf ticiilier, ce qu’il jugea préférable. TVous nous partageâmes donc la tâche, lui pour en parler aux Espagnols qui étaient tonts papistes, et moi aux Anglais qui étaight toute protestants ; et nous leur recommandâmes instamment et Jéuf fîmes promettre de ne jamais établir aucune distinction Jle Catholiques -ou .de Réformés, en exhortant les Sauvage^ se faire Chrétiens , mais de leur donner une connaissante générale du vrai Dieu et.de Jésls-Christ, leur1 SalivçiH-.' Ils nous promirent pareillement qu’ils n’auraient jamais les uns avec les autres à\icun-<b Ocrent, aucune djâptiteàju sj&jtA. de la religion. • ^ -, ; .' ." • 1 . • :
Quand j’arrivai à la rnakOn dé Wiip puis l’appeler ainsi, câr Jamais, pareil édifice, pareil aura cean de clayonnage, je ctois , ît’uttl rôn.sembMdf dapno monde, — quand j’arrivai là, dis-jer,’ jy^fouva Aa^iem» femme dont précédemment j!ai perlé et J’ep||pae -de VT liam Atkins liées imimement. ' Cétte jetajp et religieuse avait perfectionné' ItEUVre que \Yill avait commencée ; et, quoique cè ne fût pas plus de qrç^e jours après ce dont je Viens de donner la relation, cepetbdant la néophyte indienne était devenue une chrétienne telle que men ont rarement offert mes observations eFfe commerce du monde.
Dans la matinée qui précéda ceUe visite, il me. vint à
CBUSOtf.
ridée que parmi les choses nécessaires que j’avais à laisser à mes Anglais, j’avais oublié de placer une Bible, et qu’en cela je me montrais moins attentionné à leur égard que ne l’avait été envers moi ma bonne amie la veuve , lorsqu’en m’envoyant de Lisbonne la cargaison de cent livres sterling, elle y avait glissé trois Bibles et un livre de prières. Toutefois la charité de cette brave femme eut une plus grande extension qu’elle ne l’avait imaginé ; car il était réservé à ses présents de servir à la consolation et à l’instruction de gens qui en firent un bien meilleur usage que moi-môme.
Je mis uné de ces Bibles dans ma poche, et lorsque j’arrivai à. la rotonde ou maison de William Atkins, et que j’eus appris que la jeune épousée et la femme baptisée d’ Atkins avaient conversé ensemble sur la religion, — car Will me l’annonça avec beaucoup de joie, — je demandai si elles étaient réunies en ce moment, et il me répondit que oui. J’entrai donc dans la maison , il m’y suivit , et nous les trouvâmes toutèar deux en grande conversation. — « Oh ! Sut, me dit William Atkins, quand Dieu a des pécheurs à réconcilier à lui, et des étrangers à introduire dans son royaume; il ne manque pas de messagers. Ma femme s’est acquis un nouveau guide ; moi je me reconnais aussi indigne qu’incàpable dé cette œuvre ; cette jeune personne' nous a été envoyée du Ciel' : il suffirait d’elle pour convertir toute une île de Sauvages. » La jeune épousée rougit et se leva pour se retirer, mais je iïnvitai à se rasseoir.
«Vous avez une bonne œuvre entre les mains, lui dis-je, j’espère que Dieu vous bénira dans cette œuvre. »
Nous causâmes un peu; et, ne m’appercevant pas qu’ils eussent aucun livre chez eux, sans toutefois m’en être enquis, je mis la main dans ma poche et j’en tirai ma Bible.
a<mii«xi
— • Voici , dis-fe à àtkins , que jç voue iffrâin tt secours que peut-être tous n’aviez pas jusqu’à cehemsre. » — Le pauvre homme fut si confondu, que cfe quçlqhe temps ü ne put proférer une parole. Mais , revenant^ lui , il prit le livre à deux mains, et se tournant vers sa femme : — ■« Tenez, ma chère, s’écria-t-il, ne tous avais-je pas dit que no-' tre Dieu, bien qu’il habite là-haut, peut entendre ce que*' nous disons i Voici «e livre que j’ai demandé par mes prières, qùand vous et moi nous nous agenouillâmes près du buisson. Dieu nous a entendu et nous l'envoie. » — En achevant ces mots il tomba dans de si vifs transports, qu’au ni, lien de la joie de posséder ce livre et des actions de grâce qu’il en rendait à Dieu, les larmes ruisselaient sur sa face comme à un enfant qui pleure. - -Va v
La femme fut émerveillée et pensa tomber dans une méprise que personne de nous n’avait prévue ; elle crut fermement que Dieu lui avait envoyé le livre sur la demande de son mari. 11 est vrai qu’il en était ainsi providentiellement, et qn on pouvait le prendre ainsi dans un sens raisonnable ; mas je crois qu’il n’eût pas été difficile en ce moment de persuader à celte pauvre femme qu’un messager exprès était venu da Ciel uniquement dans le dessein de loi apporter ce livre. C’était matière trop sérieuse pour tolérer aucune supercherie ; aussi me tournai-je vers la jetme épousée et lui dis-je que nous ne devions point en imposer à la nouvelle convertie, dans sa primitive et ignorante intelligence des choses, et je la. priai de lui expliquer qu’on peut dire fort justement que Dieu répond à nos suppliques, quand , par le cours de sa providence , pareilles choses d'une façon toute particulière adviennent comme nous l’avions demandé ; mais que nous ne devons pas nous attendre à recevoir des réponses du Ciel par une voie miraculeuse
et toute spéciale, et que c’est «ta bien ponr mos qu’il n’en soit pas ainsi.
La .jeune épousée s’acquitta heureusement de ce sein,, de sorte qu’il n y eut, je vous assure, nulle fraude pieuse . là-dedans. Me point détromper cette femme eût été à mes yeux la plus injustifiabfoimposture dé monde. Tootefeis le saisissement de joie de Wiu. Anus passait miment tonte expression, et là pourtant, on peut en être certain, R n’y. . avait rien -d'illusoire. A coup sûr, ponr aacuBe-chose'sem- * hlable, jamais bommene manifesta plus de reeo— awminre qu’il n'en montra pour le dou de cette Bible; et jamais *bomme, je crois, ne Tut ravi de posséder une Bible par de plus dignes . motifs. Quoiqu’il eût été la créature la. plus scélérate, la plus dangereuse, la plus opiniâtre, la plus outrageuse, la plus furibdhde et la plus perverse, cet homme, peut .nous servir d’exemple à touts pour la bonne éducation des enfants, à savoir que les parefits ne doivent jamais né- - ghger d’enseigner et d’instruire, et ne jamais désespérer du aoccès de leurs efforts, les enfants fussent-ils à œ point opir niàtres et rebelles, ou en apparence insensibles à F instruction ; car si jamais Dien dans sa providence vient à toucher .leur conscience, la force de four éducation reprend son action sur eux , et les premiers enseignements iàa parents ne sont pas perdus, quoiqiril» aient puresler enfouis bée», des années : un jour ou Façlrcjjb peu vent' es recueillir bénéfice. m '
C’est ce qui advint à? ce- pauvre homme. Quelque igno- * vont ou quelque dépourvu qu’il fit de religion et de connaissance chrétienne, s’étant' trouvé avoir à faire alors à plus ignorant queJui, la moindre parcelle des iusfroctkjfc# de son bon p&re, qui avait pu lui devenir à l’esprit, lui avait été. d'an grand secours.
«OSTRftOff
.. - Entre antres doses U s’ était rappelé-, «lisait-il , combien ' son père avait coutume d’insister sus l'inexprimable valeur ; . de la Bible , dont la possession est qn privilège et un trésor pour l’homme, lès familles et les nations. Toutefois il C’avait jamais conçu la moindre idée du prix de ce-filte jusr qu’au moment où, ayant -à instruire 'des payens* dés Sauvages, des barbares, 3 avait eu faute de l’assistance dé 10racle Écrit • • €
' v La jeune épousée fut aussi enchantée de cela pour la r- conjoncture présente, bien qu’elle eût déjà, jinsi «pie -le jeune homme , une Bible à bord de notre navire, parmi les effets qui n’étaient pas encore débarqués. Maintenant,* après avoir tant parié de cette jeune femtee, je ne puis omettre à propos d’elle et de moi un épisode encpre «pi % renferme en soi quelque chose de tÆs-instructif et de trèsremarquable. . *
J’ai raconté à quelle ftttrémité la pauvre jeune piypnte avaitété réduite; comment sa maîtresse, extéquée par finanition , était morte à bord de ee malheureux navire, que nous avions rencontré en mer, et comment l’équipage entier étant tombé dans la plus atrôce misère-, la ubntlewouan , son fils et sa servante à valent été 4’aboûd dure-» ment traités «piant aux- provisions , et finalement ^totalement négligés et affames , c’est-à-dire livres aux pins affreuses angoisses de la fai#).
Un jour, m’entretenant avec elle des extrémités «pi’-ils avaient souffertes, je lui demandai, si. 'elle pourrait décrire,
- 'd'après ce qii’elle avait ressenti , ce que c’est que mourir 4 de faim, et quels en sont les sympt&ipes. Elle me répondit qu elle croyait le pouvoir, et elle me napçù fort éxactlment son bistoire en ces termes : v
— f ZX^ibord, Sir, dit-elle, durant quelques, jours npns
.Si
fîmes très-maigre chère et souffrîmes beaucoup la faim , puis enfin nous restâmps^sans aucune espèce d'aliments , excepté du sucre, un peu de vin et un peu d eau. Le premier jour où nous ne reçûmes point du tout de nourriture, je me sentis, vers le soir, d’abord du vide et du malaise à l'estomac, et, plus avant dans la soirée, une invincible envie de bâifler et 3e dormir. Je me jetai sur une couche dans la grande cabine pour reposer , et je reposai environ trois heures , puis je m’éveillai quelque peu rafraîchie, ayant pris un verre de vin en me couchant. Après être demeurée trois heures environ éveillée , il pouvait être alo[s cinq heures du matin , je sentis de nouveau du vide et du malaise à l’estomac , et je me recouchai ; mais harassée et souffrante, jp ire pus dormir du tout. Je passai ainsi Moût le deuxièmç jour dans de singulières intermittences ,*d'aboyd de faim , puis de douleurs , accompagnées d’euvieç de vomir. La deuxième nuit, obligée de me mettre au lit derechef sans avoir rien pris qu'un verre d'eau claire , çt m’étant assoupie , je rêvai que j étais à la Barbade r q*ie le marché était abondamment fourni de provisions , que j'en achetais pour ma maîtresse , puis que je revenais et dînais tout mon soûl.
» Je crûs après ceci mon estomac aussi plein qu’au sortir d’un bon repas ; mais quand je m’éveillai je fus cruellement atterrée en me trouvant en proie aux horreurs de la faim. Le dernier verre de vin que nous eussions , je le bus après avoir mis du sucre , pour suppléer par le peu d’esprit qu'il contient au défaut de nourriture. Mais n’ayant dans l’estomac nulle substance qui pût fournir au travail de la digestion , je trouvai que le seul effet du vin était de faire monter de désagréables vapeurs de l’estomac au cerveau , et , à ce qu'on me rapporta , je demeurai stu-
J7J ' «A'mma mi soi. ^ ’ * *
pide et inerte , comme use personne, iwe,
» Le troisième jour dat\» la matinée, après Ane nia
rêves étranges, confus et incohérents, op j’sràk plutôt sommeillé qae «lonni, je m’èvejUà enragée et* furieusp de faim , et je doute , a* cas où jna. raison ne fit revende et n’en eût triomphé,* je doute, dis-jè, si j’eusse été mère et . si j’eosae eu on jeune enfant avec nu», que salarie en sûreté. . /
» Ce transport dura environ tgjis Jmuks , pendant les-> quelles deux fois je fus aussi folle à fier qu’gqcun habitai de Beolam, comme mon jeune maître me l’ajjit et compe il peut aujourd’hui vous le confirmer.
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maîtresse.
ans nn de ces accès de frénésie on de démence , «Séit par l’effet do mouvement du vaisseau ou que mon pied eût glissé, 'je ne sais, je tombai, et mon visage heurta con-, tre le coin du lit de veille où couchait ma A ce coup le sang ruissela de mon nez. Le
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%*th . . mmisuR *
('oiny-boy m’apporta un petit bassin, je m’assis et j’y’* t saigné abondamment; À mesure que le sang coulait j<? V revenais à moi , et la violence du transport ou de la fièvre^ %qukme possédait s’abattait ainsi que la partie vorace, dç "tua taira. . . , * *
• « Alors je me sentis de nouveau malade, ét j’eus des -v soulèvements de cœur; mais je ne pus vomir, car je n’a- Vais dans l’estomac rien à rejeter. Après avoir saigné ^eh que, temps je m’évanouis : l’on crut que j’étais morte. Je: revins bientôt à moi, et j’eus un violent mal dans l'estomac impossible à décrire. Ce notait point des tranchées, mais*' , une douleur d’inanition atroce et déchirante. Vers la nuit elle lit place à une sorte de désir déréglé, à une envie de nourriture, & quelque chose de semblable, je suppose, uuql- envies d’une femme grosse. Je pris un autre verre <Teau avec du sucre; mais mon estomac y répugna, "€r je rendis tqut. Alors je bus un verre d’eau sans #ucre que, je gardai , et je me. remis spr le lit , priant du fond du cœur , afin qu’il plût à Dieu de m’appeler à lui ; et après avoir calmé mon esprit p$r cet espoir, je sommeillai qufliqœ téinps. A mon Téveil , affaiblie par leà vapeurs qui s’élèvent d’un estomac vide , je me crus mourante. Je re* commandai mon âme à Dieu, et je souhaitai vivément que . quelqu’un voulût me jéter à la mer.
» Durant tout cç, temps ma maîtresse était étendue près de moi , et , comme je l’appréhendais , sur le point d’expirer. 'Toutefois elle supportait son mal avec Ij^aucoup plus de résignation que moi , et donna *en dernier morceau de « pain h soivfils ; mon jeune maître, qui ne voulait point le prendre ; mais elle le Contraignit à le manger, et c’est, je crois, ce qui lui sauva la vie.
» Vers le matin , je me rendormis, et quand je me réveillai,
’ CRi;sotf.
d*abord j’eus œn débordement de pleurs , .ptois un second ' ■accès 'de fciin dévorante, tél que je redevins voïace et Retombai dans un ’aflreux’état : si ma maîtresse eût été mo|feT , .quelle que fût mon aiïettion pour eHe'j’ai la conviction, que j'aurais mange un morceau de sa chair avec autant do. goût et aussi indifféremment que je le fis jamais de la viandè d’aucun animal destiné à la nourriture ; une ou deux fois, je ‘fus tentée de mordre à mon propre bras. Enfin, j’apjrerçds le bassin dans lequel étàit le sang que J^vais perdu la veilfè ; ' *j’y courus, et j’avalai ce sang avec autant de hâte et d’avidité que j§ j’eusse été étonnée que personne ne s’en fût era-,, jpâré- d^à, et que j’eusse craint qu’on' voulût alors tng l’ar- /acber.
» Bien qu’une fois faite cette action me remplît d’horreur , .cependant ceja étourdit ma grôsse faim , et, ayant pris un verre d’eau pure , jfrfas remise et restaurée pour quelqifes heures. C’était le quatrièm^ jour, et je me soutins ainsi jusqt& vers la nuit, où, dans l’espace de trois heures , je passai de nouveau , tour à toiy , par toutes les circonüanccs précédentes, c’est-à-dire que je fus malade , assoupie*, affamée, souffrante de l’estomac, puis do nouveau \orai e. puis de nouveau malade, puis folle, puis éplorée, puis derechef vorace. De quart d’heure en quart d’heure changeant ainsi dé*at, mes forces s'avisèrent totalement. A la nuit . 'je me dSfcchai, ayant pourcoute consolation l’espoir de mourir avant le mutin.
» Je ne dormis point de tonte Cette huit . ma faiiu était alors devenqfeufle. maladie , et j’eus une terrible colique et des tranchées Rl^endrées par les vents qui , au défaut de nourriture , s’étaignt frayé un passage dans mes entraides. Je restai dans cet état jusqu’au lendemain matin , où je fus quelque pettsurprje par les plaiutes elles lamentationsdc mon
J7f ' ‘ * ,-** * ROBIBSOM \
jeune maître* qui me criait qne mère était morte. Je me soulevai ud peu, n’ayant pas la force de me lever, mais je .vie quelle respirait encore, quoiqu’elle ne donnât que dé faibles signes de vie. •
» J’avais alors de telles convulsions d’estomac, provoquées par le manque de nourriture, que je ne saurais en donner une idée ; et de fréquents déchirements, des transes de faim telles que rien n’y peut être comparé, sinon les tarturçs dc ' ‘ la mort. C’est dans cet état que j’étais, quand j’entendis au-dessus de molles matelots crier : — • Une voile ! unevoile! » — et vociférer et sauter comme s’il» eussent été en. démence.
» Je n’étais pas capable de sortir du lit, ma maîtresse encore moins , et mon jeune maître était ai malade que je le croyais expirant. Nous ne pâmes denc ouvrir la. porte de. la cabine ni apprendre ce qui pouvail occasionner an pareil tumulte. 11 y avait deux jours que nous n’avions eu aucun rapport avec les gens de l’équipage, qui nous avaient dit n’avoir pas dans le bâtiment, une bombée dç quoi que ce soit à manger. Et depuis. Os nous avouèrent qu’ds nous, avaient cnjs morts.
» C’était là l'affreux état où nous étions quand vous fûtes, envoyé pour nous sauver la vie. Et comment vous nous trouvâtes, Su, vous le savez aussi bien et même mieux que moi. »
Tel fut "son propre récit. C’était une relation tellement exacte de ce qu’on souffre én mourant dé faim , qne jamaisvraiment je n’avais rien onï de pareil, çt-eu’elle fat excessivement intéressante pour moi. Je suis «autant plus disposé à croire que cette peinture est vraie , que le jeune homme m’en toucha lui-même une bonne partie, ({nique, à vrai-dire, d’une façon moins précise et moins pgignante.
eaoftoé.
sans doute parce que sa mère l’avait soutenu aux dépens de sa propre vie. Bien que la pauvre servante fût d’une constitution plus forte que sa maîtresse, déjà sur le retour et délicate, il se peut quelle ait eu à lutter plus cruellement contre la faim, je veux dire qu’il peut être présumable que cette infortunée en ait ressenti les horreurs plus tût que sa maîtresse, qu’on ne saurait blâmer d’avoir gardé les derniers morceaux, sans en rien abandonner pour le soulagement de sa servante. Sans aucun doute, d’apres cette relation, si notre navire ou quelque autre ne les eût pas si providentiellement rencontrés, quelquesjoursdeplus, et ils étaient touts morts, à moins qu’ils n’eussent prévenu l’événement en se mangeant les uns les autres ; et même , dans leur position , cela ne leur eût que peu servi , vu qu’ils étaient à cinq cents lieues de toute terre et hors de toute possibilité d’être secourus autrement que de la manière miraculeuse dont la chose advint. Mais ceci soit dit en passant. Je retourne à mes dispositions concernant ma colonie.
Jvt d’abord il faut observer que, pour maintes raisons, je ne jugeai pas à propos de leur parler èa sloop que j’avais embarqué en botte, et que j’avais pensé faire assembler dans l’fle ; car je trouvai, du moins à mon arrivée, de telles semences de discorde parmi eux, que je vis clairement, si je reconstruisais le sloop et le leur laissais, qu’au moindre mécontentement ils se sépareraient, s’en iraient chacun de son aftté, on peut-être même s’adonneraient à la piraterie et ferraient ainsi de l’île un repaire de brigands , au lieu d’une colonie de gens sages et religienx comme je voulais quelle fût Je ne leur laissai pas davantage , pour la même raison, les deux pièces de canon de bronze que j’avais à bord et les deçx caronades dont mon neveu s’était chargé par surcroît. lis me semblaient suffisamment équipés pour une
§78 tUMNStlff
pierre défensive contre qojcônqve entreprendrait s«r*tox4 et je n entendais point les armer pour une guerre «ffeaèfli^ ni les encourager h faire des excursions pour attaquer au£, trui, ce qui, eu deiiuitiver n eût attiré sur eux et leur» du*-., seins (|ue la ruine et la destruction. Je réservai, en copsiéÉ7 quence, lo sloop et les canons pour leur être utiles* autre manière, comme je le consignerai en son lieu.\ * . \ J’en avais alors fipi avecmon île*. Laissant touts mes leurs en bonne passe, et daps* une situation florissante, je retournai à bord de mpn pavire le çinqidèther jour de mai, après aVoiï^demeuré vingt-cinq jours* panjji eux ; «cornue • ils étaient touts résolus* à rester dans l’île jusqu'à ce que je vinsse les en tirer, je leur promis de leut envoyer de nouveaux secours du Brésil, si je pouvais eu trouver L’occasion, et spécialement je» m'engageai à leur envoyer jdu bétail, tels que moutons, cochons et vaches : car pour les» deux vaches et les veaux que j’avais emmenés d’Angleterre, la longueur de la traversée nous avait contraints à les tuer, faute de foin pour les nourrir. • m
Le lendemain, après les avoir salués de cinq cotfps de canon de partance , nous fîmes voile , et nous arrivâmes à la <
' Baie de Touts-les-Saints, au Brésil, en vingt-deux jours environ, sans avoir rencontré durant le trajet rien de remarquable que ceci : Après trois jours de navigation , étant' , abriés et le courant nous portant violemment au Nord- Nord-Est dans une baie ou golfe vers la côte, nous fûmes quelque peu entraînés hors de notre route, et une ou deut fois nos hommes crièrent : — « Terre à l’Est ! » — Mais était-ce le Continent ou des îles? C’est ce que nous n’aurions su dire aucunement.
4 Or le troisième jour, verfcle soir, la mer’ étaql^ouce . et k temps calme, nous vîmes la surface de l’eau en
rKCSOK.
quelque sorte couverte, du côté de. la terre, de quelque chose de très-noir, sans pouvoir distinguer xe que c’était. Mais un instant apres, notre second étant monté dans les haubans du grand mât, et ayant braqué une lunette d’approche sur ce point, cria que c’était une armée. Je ne pouvais m’imaginer ce qu’il entendait par une armée, et je lui répondis assez brusquement, l’appelant fou, ou quelque chose semblable. — « Oui-da, Sir, dit-il, ne vous fâchez pas, car c’est bien une armée et même une flotte ; car je crois qu’il y a bien mille canots ! Vous pouvez d’ailleurs les voir pagayer*; ils s’avaneent en hâte vers nous, et sont pleins de monde. »
Dans le fond je fus alors un peu surpris, ainsi que mon neveu, le capitaine ; comme il avait entendu dans l’île de terribles histoires sur les Sauvages et n’était point encore venu dans ces mers, il ne savait trop que penser de cela ; et deux ou trois fois il s’écria que nous allions touts* être dévorés. Je dois l’avouer, vu que nous étions abriés , et que le courant portait avec force vers la terre, je mettais les choses au pire. Cependant je lui recommandai de ne pas s’effrayer , mais de faire mouiller l’ancre aussitôt que nous serions assez près pour savoir s’il nous fallait en. venir aux mains avec eux. *
Le temps demeurant calme , et les canots nageant rapidement vers nous , je donnai l’ordre de jeter l’ancre et de ferler toutes nos voiles. Quant aux Sauvages, je dis à nos gens que nous n’avions à redouter de leur part que le feu ; que, pour cette raison, il fallait mettre nos embarcations à la mer, les amarrer, l’une à la proue, l’autre à la poupe, les bien équiper toutes deux , et attendre ainsi l’événement. J’eus soin que les hommes des embarcations se tinssent prêts, avec des seaux et des écopes, à éteindre le feu si les X ÉjL '
ROWHPOW CHCTSOK. *
Sauvages tentaient de le mettre à l'extérieur du navire.
Dans cette attitude nous les attendîmes^ et en j>eu de temps ils entrèrent dans nos eaux ; mais jamais si horrible spectacle ne s était offert à des Chrétiens! Mon lieutenant s était trompé de beaucoup dans le calcul de leur nombre, — je veux dire en le portant à mille canots, — le plus que nous pûmes en compter quand ils nous eurent atteints étant d’environ cent vingt-six. Ces canots contenaient une multitude d’indiens; car quelques-uns portaient seize ou dix— sept hommes, d’autres davantage, et les moindre six ou
sept. • • - • »
Lorsqu’ils se furent approchés de nous, ils semblèrent frappés d’étonnement et d’admiration, comme à l’aspect
d’une chose qu'ils n avaient sans doute jamais vue* auparavant , et il ne surent d’abord , comme noos le comprime^ ensuite, comment s’y prendre avec nous. Cependant* iH s’attmcèrent hardiment, et parurent se disposer k noos <hh: fourrer mais nous criâmes à nos hommes qui montaient les « chaloupes, de ne pas les laisser venir tfop près. * -
Mort de Vendredi.
et ordre nous amena un engagement avec eux , sans que nous en eussions le dessein ; car cinq ou six de leurs grands canots s'étant fort approchés de notre chaloupe, nos gens leur signifièrent de la main de se retirer, ce qu’ils comprirent fort bien , et ce qu’ils firent ;
HOBIRtfON
mais, dans leur retraite , une cinquantaine de flèches nous furent décochées de ces pirogues, et un de nos matelots de la chaloupe tomba grièvement blessé.
Néanmoins, je leur criai de ne point faire feu; mais nous leur passâmes bon nombre de planches, dont le charpentier fit sur-le-champ une sorte de palissade ou de rempart, pour les défendre^des flèches des Sauvages, s’ils venaient à tirer de nouveau.
Une demi-heure après environ, ils s’avancèrent touts en masse sur notre arrière, passablement près, si près même, que nous pouvions facilement les distinguer, sans toutefois pénétrer leur dessein. Je reconnus aisément qu’ils étaient de mes vieux amis, je veux dire de la même race de Sauvages que ceux avec lesquels j’avais eu coutume de me mesurer. Ensuite ils nagèrent un peu plus au large jusqu’à ce qu’ils fussent vis-à-vis de notre flanc , puis alors tirèrent à la rame droit sur nous, et s’approchèrent tellement qu’ils pouvaient nous entendre parler. Sur ce, j’ordonnai à touts mes hommes de se tenir clos et couverts , de peur que les Sauvages ne décochassent de nouveau quelques traits, et d’apprêter toutes nos armes. Comme ils se trouvaient à portée de la voix, je fis monter Vendredi sur le pont pour s’arraisonner avec eux dans son langage , et savoir ce qu’ils prétendaient. Il m’obéit. Le comprirent-ils on nou , c’est ce que j’ignore ; mais sitôt qu’il les eut hélés , six <l’entre eux, qui étaient dans le canot le plus avancé, c’est-à- 'dire le plus rapproché de nous, firent volte-face, et, se baissant , nous montrèrent leur derrière nu, précisément comme si, en anglais, sauf votre respect, ils nous eussent dit: Baise Étail-ceun défi ou un cartel , était-ce pu-
rement une marque de mépris ou un signal pour les autres , nous ne savions; mais au même instant Vendredi s’écria
CBL'SOé.
qu’ils allaient tirer, et , malheureusement pour lui, pauvre garçon ! ils firent voler plus de trois cents flèches , et , à mon inexprimable douleur, tuèrent ce pauvre Vendredi , exposé seul à leur vue. L’infortuné fui percé de trois flèches et trois autres tombèrent très-près de lui , tant ils étaient de redoutables tireurs.
Je fus si furieux de la perte de mon vieux serviteur, le compagnon de touls mes chagrins et de mes solitudes, que j’ordonnai sur-le-champ de charger cinq canons à biscayens et quatre à boulets ; et nous leur envoyâmes une bordée telle, que de leur vie ils n’en avaient jamais essuyé de pareille, à coup sûr.
Us n’étaient pas à plus d’une derai-encâblurc quand nous fîmes feu , et nos canonniers avaient pointé si juste , que trois ou quatre de leurs canots furent, comme nous eûmes tout lieu de le croire, renversés d'un seul coup.
La manière incongrue dont ils nous avaient tourné leur derrière tout nu ne nous avait pas grandement offensé ; d’ailleurs, il n’était pas certain que cela, qui passerait chez nous pour une marque du plus grand mépris , fût par eux entendu de même ; aussi avais-je seulement résolu de les saluer en revanche de quatre ou cinq coups de canon à poudre, ce que je savais devoir les effrayer suffisamment. Mais quand ils tirèrent directement sur nous avec toute la furie dont ils étaient capables , et surtout lorsqu’ils eurent tué mon pauvre Vendredi, que j’aimais et estimais tant, et qui, par le fait, le méritait si bien, non-seulement je crus ma colère justifiée devant Dieu et devant les hommes, mais j’aurais été content si j’eusse pu les submerger eux et touts leurs canots.
Je ne saurais dire combien nous en tuâmes ni combien nous en blessâmes de cette bordée ; mais, assurément , jamais ort ne vit un tel effroi et un tel hourvari parmi une telle
HOBIX&O.I
multitude: il y avait bien en tout, brisées et culbutées , treize ou quatorze pirogues dont les hommes s’étaient jetés à la nage ; le reste de ces barbares , épouvantés , éperdus , s’enfuyaient aussi vite que possible, se souciant peu de sauver ceux dont les pirogues avaient été brisées ou effondrées par notre canonnade. Aussi , je le suppose , beaucoup d’entre eux périrent-ils. Un pauvre diable , qui luttait à la nage contre les Ilots , fut recueilli par nos gens plus d’une heure après que touls étaient partis.
INos coups de canon à biscayens durent en tuer et en hlesser un grand nombre ; mais, bref, nous ne pûmes savoir ce qu’il en avait été : ils s’enfuirent si précipitamment qu’au bout de trois heures ou environ, nous n’appcrcevions plus que trois ou quatre canots traîneurs 1. Et nous ne revîmes plus les autres, car, une brise se levant le même soir, nous appareillâmes et fîmes voile pour le Brésil.
Nous avions bien un prisonnier, mais il était si triste , qu’il ne voulait ni manger ni parler. Nous nous figurâmes touts qu’il avait résolu de se laisser mourir défailli. Pour le guérir, j’usai d’un expédient : j’ordonnai qu’on le prît , qu’on le redescendît dans la chaloupe , et qu’on lui fît accroire qu’on allait le rejeter à la mer, et l’abaudonner où on l’avait trouvé, s’il persistait à garder le silence. 11 s’obstina : nos matelots le jetèrent donc réellement à la mer et s éloignèrent de lui ; alors il les suivit , car il nageait comme un liège , et se mit à les appeler dans sa langue ; mais ils ne comprirent pas un mot de ce qu’il disait. Cependant , à la fin ,
1 Straggling, La traduction contemporaine, indigne du beau nom de madame Tastu , dont il est parlé dans notre préface et dans les quelques notes précédentes, porte traînards. Toutes les pages de celte traduction sont émaillées de pareils barbarismes : il est déplorable qu’un livre destiné à l’éducalion de la jeunesse soit une&olc de jargon. D.
CRUSOti.
ils le reprirent à bord. Depuis , il devint plus traitable , et je n’eus plus recours à cet expédient.
Nous remîmes alors à la voile. J étais inconsolable de la perte de mon serviteur Vendredi, et je serais volontiers retourné dans l’île pour y prendre quelqu’autre sauvage à mon service , mais cela ne se pouvait pas ; nous poursuivîmes donc notre route. Nous avions un prisonnier , comme je l’ai dit, et beaucoup de temps s’écoula avant que nous pussions lui faire entendre la moindre chose. À la longue , cependant, nos gens lui apprirent quelque peu d’anglais, et il se montra plus sociable. Nous lui demandâmes de quel pays il venait : sa réponse nous laissa au même point , car sou langage était si étrange, si guttural , et se parlait de la gorge d’une façon si sourde et si bizarre, qu’il nous fut impossible d’en recueillir un mot , et nous fûmes touts d’avis qu’on pouvait aussi bien parler ce baragouin avec un bâillon dans la bouche qu’autrement. Ses dents, sa langue, son palais, ses lèvres, autant que nous pûmes voir, ne lui étaient d’aucun usage : il formait ses mots précisément comme une trompe de chasse forme un ton , à plein gosier. Il nous dit cependant, quelque temps après, quand nous lui eûmes enseigné à articuler un peu l’anglais, qu’ils s’en allaient avec leurs rois pour livrer une grande bataille. Comme il avait dit rois , nous lui demandâmes combien ils en avaient. 11 nous répondit qu’il y avait là cinq nation , — car nous ne pouvions lui faire comprendre l’usage de l’S au pluriel , — et qu’elles s’étaient réunies pour combattre deux autres nation. Nous lui demandâmes alors pourquoi ils s’étaient avancés sur nous. — « Pour faire la grande merveille regarder, » — dit-il (To makee te great wonder look). A ce propos, il est bon de remarquer que touts ces naturels, de même que ceux d’Afrique , quand ils apprennnent l’an-
roi in son
glais, ajoutent toujours deux E à la fin des mots où nous n en mettons qu’un, et placent l'accent sur le dernier, comme maire , takee y par exemple , prononciation vicieuse dont on ne saurait les désaccoutumer, et dont j’eus beaucoup de peine à débarrasser Vendredi , bien que j'eusse fini par en venir à bout.
Et maintenant que je viens de nommer encore une fois ce pauvre garçon , il faut que je lui dise un dernier adieu. Pauvre honnête Vendredi !... Nous l’ensevelîmes avec toute la décence et ta solemnité possibles. On le mit dans un cercueil, on lejetaàlamcr, et je fis tirer pour lui onze coups de canon. Ainsi finit la vie du plus reconnaissant, du plus fidèle , du plus candide, du plus affectionné serviteur qui fût jamais.
À la faveur d'un bon vent , nous cinglions alors vers le Brésil, et, -au bout de douze jours environs, nous découvrîmes la terre par la latitude de cinq degrés Sud de la ligne : c’est là le point le plus Nord-Est de toute cette partie de l’Araérique. Nous demeurâmes Sud-quart-Est envuedecette côte pendant quatre jours ; nous doublâmes alors le Cap Saint- Augustin, et, trois jours après, nous vînmes mouiller dans la Baie de Tous-les-Saints , l’ancien lieu de ma délivrance, d’où m’étaient venues également ma bonne et ma mauvaise fortune.
Jamais navire n’avait amené dans ce parage personne qui y eût moins affaire que moi , et cependant ce ne fut qu’avec beaucoup de difficultés que nous fûmes admis à avoir à terre la moindre communication. Ni mon partner lui-même , qui vivait encore , et faisait en ces lieux grande figure , ni les deux négociants , mes curateurs , ni le bruit de ma miraculeuse conservation dans l’île, ne purent m’obtenir celte faveur. Toutefois, mon partner, se souvenant que j’avais donné cinq cents moidores au Prieur du monastère
Cftisufe
des Augustin*, et trois cent soixante-douze aux. pauvres., alla au couvent , et engagea celui qui pour Lofs en était le* Prieur à se rendre auprès du Gouverneur pour lui demander pour moi la permission de descendre à terre ayec 1q> capitaine, quelqu'un autre et buit matelots seulement, et ceci sous la condition expresse et absolue que nous ne débarquerions aucune marchandise et ne transporterions nulle antre personne sans autorisation.
On fut si strict envers nous, quant au non-débarqaement de* marchandises , que ce ne fnt qu avec une extrême difficulté que je pus mettre à terre trois ballots de merceries an* glaises, à savoir, de draps fins, d'étoffes et de toiles que î'avais apportées pour en faire présent à mon partner.
C'était un homme généreux et grand, bien que, ainsi; que moi , il fût parti de fort bas d’abord. Quoiqu’il ne sût pas que j’eusse le moindre dessein de lui rien donner, il m’envoya à bord des provisions fraîches, du vin et des confitures, pour une valeur de plus de trente moidores, à quoi il avait joint du tabac et trois ou quatre belles médailles d’or; mais je m’acquittai envers lui par mon présent, qui, comme je l’ai.dit , consistait en drap fin, en étoffes anglaises* en dentelles et en belles toiles de Hollande. Je lui livrai en outre pour cent livres sterling de marchandises d’autre espèce, et j’obtins de lui, en retour, qu’il ferait assembler le sloop que j’avais apporté avec moi d’Angleterre pour l’usage de mes planteurs , afin d’envoyer à ma colonie les secours (pie jo*4ui destinais.
En conséquence, il se procura des bras, et le sloop fut achevé en très-peu de jours, car il était tout façonné déjà ; et je donnai au capitaine qui en prit le commandement des instructions telles qu’il ne pouvait manquer de trouver l’île. Aussi la trouva-t-il , comme par la suite j’en reçus l’avis
Boiuanojf cnvuoà.
de mon partner. Le sloop ht bientôt chargé de la petite cargaison que j adressais à mes insulaires , et un de nos m strias , qui m'avait suivi dans l’île , m’offrit alors de s'embarquer pour aller s'y établir moyennant une lettre de moi , laquelle enjoignît au gouverneur espagnol de lui assigner une étendue de terrain suffisante pour une plantation , et de lui donner les outils et les choses nécessaires pour faire des plantages , ce à quoi il se disait fort entendu, ayant été planteur au Maryland et, par-dessus le marché , boucanier.
Je confirmai ce garçon dans son dessein en lui accordant tout ce qu'il désirait. Pour se l'attacher comme esclave, je l'avantageai en outre du Sauvage que nous avions fait prisonnier de guerre , et je fis passer l'ordre au gouverneur espagnol de lui donner sa part de tout ce dont il avait besoin, ainsi qu'aux autres.
Embarquement de Bestiaux pour Pile.
uand nous en vînmes à équiper le sloop , mon vieux partner me dit qu’il y avait un trèshonnête homme, un planteur brésilien de sa connaissance , lequel avait encouru la disgrâce de l’Eglise. — «Je ne sais pourquoi, dit-il, mais, sur ma conscience , je pense qu'il est hérétique dans le fond de
ROBIXtO»
son cœur. De peur de l'inquisition , il a été obligé de se carcher. A coup sûr, il serait ravi de trouver une pareille occasion de s'échapper avec sa femme et se9 deux filles. Si vous vouliez bien le laisser émigrer dans votre île et loi constituer une plantation , je me chargerais de lui donner un petit matériel pour commencer ; car les officiers de l'Inquisition ont saisi touts ses effets et touts ses biens, et il ne lui reste rien qu'un chétif mobilier et deux esclaves. Quoique je haïsse ses principes, cependant je ne voudrais pas le voir tomber entre leurs mains ; sûrement il serait hrûlé vit »
J'adhérai sur-le-champ à cette proposition, je réunis mon Anglais à cette famille , et nous cachâmes l'homme , sa femme et ses filles sur notre navire , jusqu'au moment où le sloop mit à la voile. Alors, leurs effets ayant été portés à bord de cette embarcation quelque temps auparavant, nous les y déposâmes quand elle fut sortie de la baie.
Notre marin fut extrêmement aise de ce nouveau compagnon. Aussi riches l’un que l’autre en outils et en matériaux, ils n’avaient, pour commencer leur établissement, que ce dont j’ai fait mention ci-dessus; mais ils emportaient avec eux , — ce qui valait tout le reste , — quelques plants decanne à sucre et quelques instruments pour la culture des cannes, à laquelle le Portugais s’entendait fort bien.
Entre autres secours que je fis passer à mes tenanciers dans l’île, je leur envoyai par c z sloop: trois vaches laitières, cinq veaux, environ vingt-deux porcs, parmi lesquels trois, truies pleines ; enfin deux poulinières et un étalon.
J'engageai trois femmes portugaises à partir, selon ma promesse faite aux Espagnols , auxquels je recommandai de les épouser et d’en user dignement avec elles. J'aurais pu en embarquer bien davantage , mais je me souvias que le pauvre homme persécuté avait deux filles , et que cinq Espa-
C1ISOIÏ.
gnols seulement en désiraient; les autres avaient des femmes en leur puissance, bien qu’en pays éloignés.
Toute cette cargaison arriva à bon port et fut, comme il vous est facile de limaginer, fort bien reçue par mes vieux habitants , qui se trouvèrent alors, avec cette addition , au nombre de soixante ou soixante-dix personnes , non compris les petits enfants , dont il y avait foison. Quand je revins en Angleterre , je trouvai des lettres d'eux touts, apportées par le sloop à son retour du Brésil et venues par la voie de Lisbonne. J’en accuse ici réception.
Maintenant, j’en ai Gni avec mon ile , je romps avec tout ce qui la concerne ; et quiconque lira le reste de ces mémoires fera bien de l’ôter tout-à-fait de sa pensée , et de s’attendre à lire seulement les folies d’un vieillard que ses propres malheurs et à plus forte raison ceux d’autrui n’avaient pu instruire à se garer de nouveaux désastres ; d’un vieillard que n’avait pu rasseoir plus de quarante années de misères et d’adversités, que n’avaient pu satisfaire une prospérité surpassant son espérance , et que n’avaient pu rendre sage une affliction , une détresse qui passe l’imagination.
Je n’avais pas plus affaire d’aller aux Indes-Orientales qu’un homme en pleine liberté n’en a d’aller trouver le guichetier de Newgate, et de le prier de l’enfermer avec les autres prisonniers et de lui faire souffrir la faim. Si j’avais pris un petit bâtiment anglais pour me rendre directement dans l’île , si je l’avais chargé , comme j’avais fait l’autre vaisseau , de toutes choses nécessaires pourla plantation et pour mon peuple ; si j’avais demandé à ce gouvernement-ci des lettres-patentes qui assurassent ma propriété, rangée simplement sous la domination de l’Angleterre, ce qu’assu^ rément j’eusse obtenu ; si j’y avais transporté du canon , des munitions, des esclaves, des planteurs; si, prenant pos-
ftOEtaSUN
session de la place , je 1 eusse munie et fortifiée au nom de la Grande-Bretagne et eusse accru sa population , comme aisément je l'eusse pu faire ; si alors j eusse résidé là et eusse renvoyé le vaisseau chargé de bon riz , ce qu’aussi j eusse pu faire au bout de six mois , en mandant à mes amis de nous le réexpédier avec un chargement à notre convenance ; si j’avais fait ceci , si je me fusse fixé là , j’aurais enfin agi , moi , comme un homme de bon sens ; mais j étais possédé d’un esprit vagabond , et je méprisai touts ces avantages. Je complaisais à me voir le patron de ces gens que j’avais placés là, et à en user avec eux en quelque sorte d’une manière haute et majestueuse comme un antique monarque patriarcal : ayant soin de les pourvoir comme si j’eusse été Père de toute la famille , comme je l’étais de la plantation ; mais je n’avais seulement jamais eu la prétention de planter au nom de quelque gouvernement ou de quelque nation , de reconnaître quelque prince , et de déclarer mes gens sujets d’une nation plutôt que d’une autre ; qui plus est , je n’avais même pas donné de nom à l’île : je la laissai comme je l’avais trouvée , n’appartenant à personne , et sa population n’ayant d’autre discipline , d’autre gouvernement que le mien , lequel , bien que j’eusse sur elle l’influence d’un père et d’un bienfaiteur, n’avait point d’autorité ou de pouvoir pour agir ou commander allant au-delà de ce que , pour me plaire , elle m’accordait volontairement. Et cependant cela aurait été plus que suilisant si j’eusse résidé dans mon domaine. Or, comme j’allai courir au loin et ne reparus plus, les dernières nouvelles que j’en reçus me parvinrent par le canal de mon pàrtner , qui plus tard envoya un autres/<w/>àlacolonie,etqui,‘ — je ne reçus toutefois sa missive que cinq années après quelle avait été écrite, — me donna avis que mes planteurs n’avançaient que chétivement , et murmuraient de leur long séjour
CBUSOK.
en te lieu; que Will Àtkins était mort; que cinq Espagnols étaient partis ; que , bien qu’ils n’eussent pas été trèsmolestés par les sauvages , ils avaient eu cependant quelques escarmouches avec eux ; et qu’ils le suppliaient de m’écrire de penser à la promesse que je leur avais faite de les tirer de là, afin qu’ils pussent revoir leur patrie avant de mourir.
Mais j’étais parti en chasse de I’Oie-sàu vàge , en vérité ; et ceux qui voudront savoir quelque chose de plus sur mon compte, il faut qu'ils se déterminent à me suivre à travers une nouvelle variété d’extravagances, de détresse et d’impertinentes aventures* où la justice de la Providence se montre clairement, et où nous pouvons voir combien il est facile au Ciel de nous rassasier de nos propres désirs, de faire que le plus ardent de nos souhaits soit notre affliction , et de nous punir sévèrement dans les choses mômes où nous pensions rencontrer le suprême bonheur.
Que l’homme sage ne se flatte pas de la force de son propre jugement, et de pouvoir faire choix par lui-même de sa conditionprivéedansla vie. L’homme est une créature qui a la vue courte , l’homme ne voit pas loin devant lui ; et comme ses passions ne sont pas de ses meilleurs amis, ses affections particulières sont généralement ses plus mauvais conseillers1.
Je dis ceci, faisant trait au désir impétueux que j’avais, comme un jeune homme 9 de courir le monde. Combien il était évident alors que cette inclination s’était perpétuée en moi pour mon châtiment! Comment advint-il, de quelle manière , dans quelle circonstance, quelle en fut la conclusion , c’est chose aisée de vous le rapporter historiquement
1 Dans la susdite traduction contemporaine, indigne du beau nom de madame Tastu, où, soi-disant, on se borne au rôle de traducteur fidèle, ce paragraphe et le suivant sont entièrement passés. P. B.
ROBlIfSOlf
et dans touts ses détails; mais les fins secrètes de la divine Providence , en permettant que nous soyons ainsi précipités dans le torrent de nos propres désirs , ne seront comprises que de ceux qui savent prêter l’oreille à la voix de la Providence et tirer de religieuses conséquences de la justice de Dieu et de leurs propres erreurs.
Que j’eusse affaire ou pas affaire, le fait est que je partis; ce n’est point l’heure maintenant de s’étendre plus au long sur la raison ou l’absurdité de ma conduite. Or, pour en revenir à mon histoire, je m’étais embarqué pour un voyage, et ce voyage je le poursuivis.
J’ajouterai seulement que mon honnête et véritablement pieux ecclésiastique me quitta ici1 * * 4 : un navire étant prêt à faire voile pour Lisbonne , il me demanda permission de s’y embarquer, destiné qu’il était, comme il le remarqua, à ne jamais achever un voyage commencé. Qu’il eût été heureux pour moi que je fusse parti avec lui !
Mais il était trop tard alors. D’ailleursle Ciel arrange toutes choses pour le mieux ; si j’étais parti avec lui , je n’aurais pas eu tant d’occasions de rendre grâce à Dieu , et vous , vous n’auriez point connu la seconde partie des Yoyages et Aventures de Robinson Crusoé. Il me faut donc laisser là ces vaines apostrophes contre moi-même , et continuer mon voyage.
Du Brésil, nous fîmes route directement à travers la mer Atlantique pour le Cap de Bonne-Espérance, ou, comme nous l’appelons , tke Cape of Good H ope, et notre course
1 Ici, dans la traduction contemporaine, indigne du beau nom de madame Tastü, est intercalé un long rab&chage sur la sincérité de cet ecclésiastique et sur le faux zélé et la rapacité des missionnaires , où il est dit que le chinois Confucius fait pailie du calendrier de nos Saints. Je ne sais si ce
morceau peu regrettable est de Daniel de Foë : je ne l’ai point trouvé dans
l’édition originale de Stockdale , ni dans l’édition donnée par John Wal-
kcrenl8J8. P. B.
CKUüort.
MO
étant généralement Sud-Est, nous eûmes une assez bonne traversée ; par-ci par-là , toutefois , quelques grains ou quelques vents contraires. Mais j’en avais fini avec mes désastres sur mer : mes infortunes et mes revers m’attendaient au rivage , afin que je fusse une preuve que la terre comme la mer se prête à notre châtiment, quand il plait au Ciel , qui dirige l’événement des choses, d’ordonner qu’il en soitainsi.
Notre vaisseau , faisant un voyage de commerce , il y avait à bord un subrécargue , chargé de diriger touts ses mouvements une fois arrivé au Cap ; seulement, dans chaque port où nous devions faire escale , il ne pouvait s’arrêter au-delà d’un certain nombre de jours fixé par la charte-partie; ceci n’était pas mon affaire , je ne m’en mêlai pas du tout; mon neveu , — le capitaine, — et le subrécargue arrangeaient toutes ces choses entre eux comme ils le jugeaient convenable.
Nous ne demeurâmes au Cap que le temps nécessaire pour prendre de l’eau , et nous fîmes route en toute diligence pour la côte de Coromandel. De fait, nous étions informés qu’un vaisseau de guerre français de cinquante canons et deux gros bâtiments marchands étaient partis aux Indes, et comme je savais que nous étions en guerre avec la France, je n’étais pas sans quelque appréhension à leur égard ; mais ils poursuivirent leur chemin , et nous n’ên eûmes plus de nouvelles.
Je n’e§chevêtrerai point mon récit ni le lecteur dans la description des lieux , le journal de nos voyages , les variations du compas , les latitudes , les distances , les moussons , la situation des ports , et autres choses semblables dont presque toutes les histoires de longue navigation sont pleines , choses qui rendent leur lecture assez fastidieuse, et sont parfaitement insignifiantes pour tout le
KOBINSOM CnUsOfi.
monde, excepté seulement pour ceux qui sont allés euxmêmes dans ces mêmes parages.
C’est bien assez de nommer les ports et les lieux où nous relâchâmes, et de rapporter ce qui nous arriva dans le trajet de l’un à l’autre. — Nous touchâmes d’abord à l’île de Madagascar, où, quoiqu’ils soient farouches et perfides, et particulièrement très-bien armés de lances et d’arcs, dont ils se servent avec une inconcevable dextérité , nous ne nous entendîmes pas trop mal avec les naturels pendant quelque temps : ils nous traitaient avec beaucoup de civilité, et pour quelques bagatelles que nous leur donnâmes, telles que couteaux, ciseaux , et cœtera , ils nous amenèrent onze bons et gras bouvillons, de moyenne taille, mais fort bien en chair, que nous embarquâmes, partie comme provisions fraîches pour notre subsistance présente , partie pour être salé pour 1’avitaillement du navire.
voir fait nos approvisionnements , nous obligés de demeurer là quelque temps ; i, toujours aussi curieux d’examiner chaîcoin du monde où j’allais, je descendais à terre aussi souvent que possible. Un soir, nous débarquâmes sur le côté oriental de l’île, et les habitants, qui, soit dit en r. II. 20
ftDDfXSüN
passant, sont très-nombreux, vinrent en foule autour dé nous, et tout en nous épiant, s’arrêtèrent à quelque distance. Comme nous avions trafiqué librement avec eux et qu’ils en avaient fort bien usé avec nous , nous ne nous crûmes point en danger; mais, en voyant cette multitude, nous coupâmes trois branches d’arbre et les fichâmes en terre à quelques pas de nous , ce qui est , à ce qu’il paraît, dans ce pays une marque de paix et d’amitié. Quand le manifesté est accepté , l’autre parti plante aussi trois rameaufc oti pieux en signe d’adhésion à la trêve. Alors, c’est une condition reconnue de la paix , que vous ne devez point passcîr par devers eux au-delà de leurs trois pieux, ni eux venir par devers vous en-deçà des trois vôtres, de sorte que vous êtes parfaitement en sûreté derrière vos trois perches. Tout l'espace entre vos jalons etlcs leurs est réservé comme un marché pour converser librement , pour troquer et trafiquer. Quand vous vous rendez là , voiis ne devez point porter vos armes avec vous, et pour eux, quand ils viennent sur ce terrain, ils laissent près de leurs pieux leurs zagaies et leurs lances, et s’avancent désarmés. Mais si quelque violence leur est faite, si , par là, la trêve est rompue , ils s’élancent aux pieux , saisissent leurs armes , et alors adieu la paix.
11 advint un soir où nous étions au rivage , que les habita^ descendirent vers nous en plus grand nombre que de coutume, mais touts affables et bienveillants. Ils nous apportèrent plusieurs sortes de provisions , pour lesquelles nous leur donnâmes quelques babioles que nous avions : leurs femmes nous apportèrent aussi du lait , des racines , et différentes choses pour nous très^acceptables , et tout demeura paisible. Nous fîmes une petite tente ou hutte avec quelques branches d'arbres pour passer la nuit à terre.
Je ne sais à quelle occasion , mais je ne me sentis pas si
CRC sort.
satisfait de coucher à terre que les autres ; et le canot se tenant à l’ancre à environ un jet de pierre de la rive , avec deux hommes pour le garder , j’ordonnai à l’un d’eux de mettre pied à terre; puis , ayant cueilli quelques branches d’arbres pour nous couvrir aussi dans la barque , j’étendis la voile dans le fond , et passai la nuit à bord sous l’abri de ces rameaux.
A deux heures du matin environ, nous entendîmes un de nos hommes faire grand bruit sur le rivage, nous criant, au nom de Dieu, d’amener l’esquif et de venir à leur secours, car ils allaient être touts assassinés. Au même instant , j entendis la détonation de cinq mousquets , c’était
le nombre des armes que se trouvaient avoir nos compagnons , — et cela à trois reprises. Les naturels de ce pays, à ce qu’il paraît, ne s’effraient pas aussi aisément des coups de feu que les Sauvages d’Amérique auxquels j’avais eu affaire.
Ignorant la cause de ce tumulte , mais arraché subitement à mon sommeil, je fis avancer l’esquif, et je résolus, armés des trois fusils que nous avions à bord , de débarquer et de secourir notre monde.
Nous aurions bientôt gâgné le rivage ; mais nos gens étaient en si grande hâte qu’arrivés au bord de l’eau ils plongèrent pour atteindre vitement la barque : trois ou quatre cents hommes les poursuivaient. Eux n’étaient que neuf en tout; cinq seulement avaient des fusils: les autres, à vrai dire! portaient bien des pistolets et des sabres; mais Us ne leur avaient pas servi à grand’chosc.
Nous en recueillîmes sept avec assez de peine , trois d’entre eux étant grièvement blessés. Le pire de tout , c’est que tandis que nous étions arrêtés pour les prendre à bord, nous nous trouvions exposés au même danger qu’ils avaient essuvé
fUMllASOft
à terre. Les naturels faisaient pleuvoir sur nous une telle grêle de flèches 9 que nous fûmes obligés de barricader un des côtés de la barque avec des bancs et deux ou trois planches détachées qu’à notre grande satisfaction , par un pur hasard, ou plutôt providentiellement, nous trouvâmes dans l’esquif.
Toutefois, ils étaient, ce semble, tellement adroits tireurs que , s’il eût fait jour et qu’ils eussent pu appercevoir la moindre partie de notre corps, ils auraient été sûrs de nous. A la clarté de la lune on les entrevoyait, et comme du rivage où ils étaient arrêtés ils nous lançaient des zagaies et des flèches , ayant rechargé nos armes , nous leur envoyâmes une fusillade que nous jugeâmes avoir fait merveille aux cris que jetèrent quelques-uns deux. Néanmoins , ils demeurèrent rangés en bataille sur la grève jusqu’à la pointe du jour, sans doute, nous le supposâmes, pour être à même de nous mieux ajuster.
Nous gardâmes aussi lamême position, ne sachant comment faire pour lever l’ancre et mettre notre voile au vent , parce qu’il nous eût fallu pour cela nous tenir debout dans le bateau, et qu’alors ils auraient été aussi certains de nous frapper que nous le serions d’atteindre avec de la cendrée un oiseau perché sur un arbre. Nous adressâmes des signaux de détresse au navire, et quoiqu’il fût mouillé à une lieue, entendant notre mousquetade , et , à l’aide de longues-vues, découvrant dans quelle attitude nous étions et que nous faisions feu sur le rivage, mon neveu nous comprit de reste. Levant l’ancre en toute hâte , il fit avancer le vaisseau aussi près de terre que possible; puis, pour nous secourir , nous dépêcha une autre embarcation montée par dix hommes. Nous leur criâmes de ne point trop s’approcher, en leur faisant connaître notre situation. Nonobstant , ils s’avancè-
CBl*OK.
reut fort près de nous: puis l’un d'eux prenant à la main te bout d’une amarre , et gardant toujours notre esquif entre lui et l’ennemi, si bien qu’il ne pouvait parfaitement l’apper*cevoir, gagna notre bord à la nage et y attacha l’amarre. Sur ce , nous filâmes par le bout notre petit câble, et, abandonnant notre ancre , nous fûmes remorqués hors de la portée des flèches. Nous, durant toute cette opération, nous demeurâmes cachés derrière la barricade que nous avions faite.
Sitôt que nous n’offusquâmes plus le navire, afin de présenter le flanc aux ennemis , il prolongea la côte et leur envoya une bordée chargée de morceaux de fer et de plomb, de balles et autre mitraille, sans compter les boulets, laquelle fit parmi eux un terrible ravage.
Quand nous fûmes rentrés abord et hors de danger, nous recherchâmes tout à loisir la cause de cette bagarre ; et notre subrécargue , qui souvent avait visité ces parages , me mit sur la voie : — «Je suis sûr, dit-il, que les habitants ne nous auraient point touchés après une trêve conclue si nous n’avions rien fait pour les y provoquer. » — Enfin il nous revint qu’une vieille femme était venue pour nous vendre du lait et l’avait apporté dans l’espace libre entre nos pieux, accompagnée d’une jeune fille qui nous apportait aussi des herbes et des racines. Tandis que la vieille , — était-ce ou non la mère de la jeune personne , nous l’ignorions , — débitait son laitage , un de nos hommes avait voulu prendre quelque grossière privautéavec la jeune Malgache , de quoi la vieille avait fait grand bruit. Néanmoins, le matelot n’avait pas voulu lâcher sa capture , et l’avait entraînée hors de la vue de la vieille sous les arbres : il faisait presque nuit. La vieille femme s’était donc en allée sans elle* et sans doute, on le suppose, ayant par ses clameurs ameuté
fiOMNSOlt
le peuple, en trois ou quatre heures, toute cette grande armée s’était rassemblée contre nous. Nous l’avions échappé belle.
Un des nôtres avait été tué dun coup de lance dès le commencement de l’attaque, comme il sortait de la hutte que nous avions dressée; les autres s’étaient sauvés, touts, hormis le drille qui était la cause de tout le méchef , et qui paya bien cher sa noire maîtresse : nous ne pûmes de quelque temps savoir ce qu’il était devenu. Nous demeurâmes encore sur la côte pendant deux jours, bien que le vent donna, et nous lui fîmes des signaux, et notre chaloupe côtoya et recôtoya le rivage l’espace de plusieurs lieues, mais en vain. Nous nous vîmes donc dans la nécessité de l’abandonner. Après tout, si lui seul eût souffert de sa faute, ce n’eût pas été grand dommage.
Je ne pus cependant me décider à partir sans m’aventurer une fois encore à terre, pour voir s’il ne serait pas possible d’apprendre quelque chose sur lui et les autres. Ce fut la troisième nuit après l’action que j’eus un vif désir d’en venir à connaître , s’il était possible , par n’importe le moyen , quel dégât nous avions fait et quel jeu se jouait du côté des Indiens. J eus soin de me mettre en campagne durant l’obscurité, de peur d’une nouvelle attaque; mais j’aurais dû aussi m’assurer que les hommes qui m’accompagnaient étaient bien sous mon commandement, avant de m’engager dans une entreprise si hasardeuse et si dangereuse, comme inconsidérément je fis.
Nous nous adjoignîmes, le subrécargue et moi, vingt compagnons des plus hardis, et nous débarquâmes deux heures avant minuit , au même endroit où les Indiens s’étaient rangés en bataille l’autre soir. J’abordai là parce que mon dessein, comme je l’ai dit, était surtout de voir s’ils
en iso k.
avaient levé le camp et s'ils n’avaient pas laissé derrière eux quelques traces du dommage que nous leur avions fait. Je pensais que, s’il nous était possible d’en surprendre un ou deux, nous pourrions peut-être ravoir notre homme eu échange.
Nous mîmes pied à terre sans bruit, et nous divisâmes notre monde en deux bandes : le bosseman en commandait une, et moi l’autre. Nous n’entendîmes ni ne vîmes personne bouger quand nous opérâmes notre descente ; nous poussâmes donc en avant vers le lieu du combat , gardant quelque distance entre nos deux bataillons. De prime-abord, nous n’apperçumes rien : il faisait très- noir ; mais , peu après , notre maître d’équipage, qui conduisait l’avant-garde, broncha, et tomba sur un cadavre. Là-dessus touts firent halte , et , jugeant par cette circonstance qu’ils se trouvaient à la place même où les Indiens avaient pris position , ils attendirent mon arrivée. Alors nous résolûmes de demeurer là jusqu’à ce que, à la lueur de la lune, qui devait monter à l’horizon avant une heure , nous pussions reconnaître la perte que nous leur avions fait essuyer. Nous comptâmes trentedeux corps restés suf la place , dont deux n’étaient pas toutà— fait morts. Les uns avaient un bras de moins , les autres une jambe, un autre la tête. Les blessés , à ce que nous supposâmes, avaient été enlevés.
Quand à mon sens nous eûmes fait une complète découverte de tout ce que nous pouvions espérer connaître, je me disposai à retourner à bord; mais le maître d’équipage et sa bande me firent savoir qu’ils étaient déterminés à faire une visite à la ville indienne où ces chiens, comme ils les appelaient, faisaient leur demeure, et me prièrent de venir avec eux. S’ils pouvaient y pénétrer, comme ils se l’imaginaient, ils ne doutaient pas, disaient-ils, de faire un
MonnsoK civnoi.
riche butin , et peut-être d’y retrouver Thomas Jeffrys. C’était le nom de l'homme que nous avions perdu.
S’ils m’avaient envoyé demander la permission d y aller, je sais quelle eût été ma réponse ; je leur eus intimé l’ordre sur-le-champ de retourner à bord ; car ce n’était point à nous à courir à de pareils hasards, nous qui avions un navire et son chargement sous notre responsabilité , et à accomplir un voyage qui reposait totalement sur la vie de l’équipage; mais comme ils me firent dire qu’ils étaient résolus à partir, et seulement demandèrent à moi et à mon escouade de les accompagner, je refusai net, et je me levai — car j’étais assis à terre — pour regagner l’embarcation. Un ou deux de mes hommes se mirent alors à m’importuner pour que je prisse part à l’expédition , et comme je m’y refusais toujours positivement, ils commencèrent à murmurer et à dire qu’ils n’étaient point sous mes ordres et qu’ils voulaient marcher. — « Viens, Jack, dit l’un d’eux; veux-tu venir avec moi? sinon j’irai tout seul. » — Jack répondit qu’il voulait bien , un autre le suivit, puis un autre.
Thomas Jeffrys Pendu.
ref, touts me laissèrent, excepté un auquel, non 'sans beaucoup de difficultés, je persuadai de rester. Ainsi le subrécargue et moi, et cet homme, nous regagnâmes lachaloupe où, leur dîmes-nous, nous allions les attendre et veiller pour recueillir ceux d’entre eux qui pourraient s’en tirer; — « Car, leur répétai-je, c’est
koBINSOZI
une mauvaise chose que vous allez faire, et je redoute que la plupart de vous ne subissent le sort de Thomas Jkf-