‹ Robinson Crusoé, tome 2Chapitre 22 sur 29 · H0T1CK · texte numérisé non relu

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loile qu’il avait . et il les cousut de même avec un clou et le fil d’ estante qu’il tira de ses vieux bas : il en était à sa dernière lorsque nous le rencontrâmes sur cette lie.»

Dans ces résultats d’une industrie assez grossière, il n’y a rien sans doute qu’un homme doué de quelque intelligence n’ait pu faire. Ce qu’il y a de curieux à observer, c’est l’influence de celte longue solitude sur l'homme lui-même et sur ses habitudes morales.

Selkirk, dont on nous vante le sens naturel , avait en partie oublié sa langue ; il ne prononçait plus les mois

8u’à demi, et les marins qui l’accueilrent eurent d’abord quelque peine à l’entendre. D’abord les liqueurs fortes lui parurent trop violentes pour son palais, et il se passa quelque temps avant qu’il pût manger certains mets apprêtés selon l’usage.

Recueilli par W oode-Rogers à la recommandation de Dampier, il se montra bon, obligeant, serviable. Comme le Robinson Imaginaire, il accomplit sans doute encore de longues navigations ; il est probable que le titre de gouverneur qu’on lui avait donné en riant , rappela plus d’une fols à ses compagnons ses mémorables aventures et ses réflexions; il leur fit sans doute des révélations curieuses. Regrettons que \\ oode-Rogers, si judicieux du reste, ait regardé de telles choses comme « étant bien davantage du ressort des théologiens et des philosophes que d’un homme de mer. »

L’écrivain plein de sagacité qui partagea souvent les travaux d’ A disson, Steele comprit tout ce qu’il y avait ià de précieux à recueillir pour le moraliste intelligent ; plus d’une fois il interrogea Selkirk, et il fut frappé du sens remarquable qu’il y avait en cet homme : il nous apprend que son regard était séiieux quoique serein , et qu’il semblait accorder peu d’attention aux objets extérieurs. Tl déplorait aussi son retour au monde, qui ne pouvait avec tous ses plaisirs lui rendre le calme de la solitude.

Ce que nous avons à dire maintenant sur l’ile de Juan- Fernandez, cesse naturellement d’avoir le même intérêt. Aucun des flibustiers qui parcouraient encore l’Océan - Pacifique , vers le milieu du dix-huitième siècle , n’ignorait l’immense parti que l’on pouvait tirer de ces innombrables troupeaux de chèvres et des lions marins que renfermait surtout Mas a-

E uera. Ce Ueu désert, o* il étaitfadle de se procurer en tout temps des provisions abondantes , devint le refuge d’une fouie de pirates, qui s’en allaient croisant ensuite sur les côtes , et qui s’emparaient des navires richement chargés qu’on expédiait pour l’Espagne. Le gouverneur du Chili résolut de mettre fin à ces déprédations, en employant un moyen fort simple :

Il fit débarquer à diverses reprises des chiens de chasse habilement dressés , qui détruisirent en peu de mois les nombreux troupeaux qu’on y voyait depuis la fin du seizième siècle. Peu à peu les pirates cessèrent de fréquenter un lieu qui leur offrait moins d’avantages, et dont l’abord présentait, en certaines saisons , des difficultés presque insurmontables. Quelques chèvres fugitives, et qui avaient échappé aux meutes envoyées du Chili en gravissant jusqu’au sommet des roches dont l’ile' est parsemée, descendirent bientôt dans les vallées avec une postérité nombreuse, et leurs troupeaux ne tardèrent pas d’oflrir aux navigateurs à peu près les mêmes avantages que par le passé; mais les pirates avaient cessé de se montrer dans ces parages, et 11 n’était plus nécessaire de les détruire : on les laissa errer en paix. Versl792 le gouvernement espagnol comprit que les lies de Juan- Fernandez pouvaient être deux points assez importants à conserver. Mas-a- Tierra surtout occupa son attention :

une bourgade composée d’une quarantaine d’habitations fut fondée , diverses maisons isolées furent construites dans l’ile. On renversa quelques forêts , on multiplia les arbres utiles, et des champs d’une certaine étendue furent cultivés , tandis que des troupeaux de vaches envoyées du Chili multiplièrent dans les vallées *.

Ce qui eût dû être fait un siècle auparavant fut fait alors. Des fortifications s’élevèrent, une batterie de cinq canons se trouva bientôt établie à la pointe occidentale de l’ile, et elle put commander la rade, line autre batterie, construite en briques avec ses deux

* Le consciencieux Alcedo affirme que les ebiens de chasse envoyés du Chili multiplièrent à leur tour comme on les a vus multiplier à l’état sauvage dans les

E laines de la Patagonie; il avaient perdu i faculté' d’aboyer, et se réunissaient en troupes nombreuses. Les voyageurs modernes se tauent sur ces nouveaux hôtes..

NOTICE

flancs chacun de quatone embrasures, s'éleva sur une autre éminence de manière à dominer le bourg et le mouillage. Le premier flanc fut muni de cinq pièces d'artillerie, tandis que .l'autre ne reçut qu'un seul canon.

\V oode-Rogers regardait jadis la position de Juan-Eernandez comme imprenable , pour peu qu'on y fit construire quelques ouvrages. Mais il est probable que toutes les conditions requises ne furent pas remplies lorsqu’on éleva ces fortifications , car le capitaine Moss, qui les visita en 1792, nie qu'elles aient jamais pu s'opposer à un débarquement. 11 faut convenir aussi , d'ailleurs , qu'à cette époque la gamikm n’était pas très-redoutable :

elle se composait de six soldats et de quarante colons armés. Don Juan Calvo de la Canleza était le gouverneur suprême de Plie, et il rappelait passablement par sa courtoisie l’hidalgo que Robinson établit dans son Ile en l’investissant de ses pouvoirs.

On a vu ce que J uan-F ernandex est devenu durant les troubles qui ont précédé l’émancipation américaine.

A cette époque, un bien petit nombre de colons s'y étaient fixés , et les déportés qu’on y envoyait n'aspiraient qu'à en sortir. 11 y a* trois ou quatre ans , l'amour ardent de la botanique confinait un savant sur ces plages . et comme cela était arrivé jadis à celui qu'entraînait sans cesse la soif des voyages , la science avait son martyr solitaire \

En 1832, et comme il venait d’accomplir glorieusement son voyage autour du monde, un de nos navigateurs les plus habiles, le commandant Laplace, a apperçu Mas-a-Euera et a séjourné dans Juan - Fernandez. À cette époque chaque parti, lorsqu’il parvenait au pouvoir, y confinait encore les principaux adhérents du parti vainçu.

Cependant le séjour fréquent que les navires de guerre des diverses stations européennes font à Juan-Fernandez, a contribué à lui donuer une certaine importance , et, comme le dit le commandant Laplace , « cette importance augmentera à mesure que le commerce et la population du Chili prendront de l’accroissement;» alors si parmi cette population si nouvelle il se trouve quelque curieux aimant à s’enquérir de vieux vestiges, peut-

* M. Bcrtero csl inorl , rl l’on va publier, dit-on, sa Floi c de Juan-Fcrnandci.

être parcourra-t-il religieusement le»

forêts un de Foê à la main , peut éUr rencontrera -t-il quelque vieux rèdrr portant encore une date et un nom.

Alexandre Selldrk et Robinson Cncso* s’associeront intimement dans sa mémoire , et il rendra grâce sans doute au poète qui aura donné de si touchants souvenirs à celle lie qu'il n’avait point vue.

Après avoir visité le lieu de la scène, examinons quelques-uns des personnages du drame. Ici il faut bien le dire , de Foê a agi tout aussi librement que dans le reste de son ouvrage. Sa fantaisie Indépendante n’a pas cru devoir se soumettre davantage aux exigences de l'histoire qu'à relies de la géographie. Peu importe sans doute, puisque le livre est admirable; nous rétablirons cependant quelques faits.

Certes , en lisant avec attention 1a description qui nous est donnée de File Imaginaire qu’habita Robinson Ciujsoê , on reconnaît facilement à quelques traits généraux le groupe de Juan-Fernandez et son climat; et si l'ou met de côté plusieurs iœiaeiitudes assez fortes , telles que la réunion par exemple de certains végétaux qui ne conviennent qu’à des zones fort différentes, on retrouve jusqu'à un certain point la vérité locale. C’est bien là la disposition du sol, et même l'aspect d'une nature qui ne doit appartenir qu’aux régions voisines du Chili. Mais une fois la dpnnce primi tive acceptée par Daniel de Foi*, le choix des personnages qu’il allait mettre en scène semblait ne pas pouvoir être douteux, c'était aux côtes du Chili, à l'archipel de Chiloé, à la Mocha , on même aux terres du Pérou, qu’ib devaient nécessairement appartenir. Dans le cas où cela eût été ainsi , sans être à coup sûr moins pittoresques dans leurs habitudes que les Caraïbes, moins remarquables dans leurs mœurs, les Sauvages que Daniel de Foë eûl eu à mettre en scène n'eussent pas offert en réalité les conditions nécessaires à la combinaison du drame.

Les Puelrbes et les Araucans ne sont pas anthropophages.

Etudiés avec attention sans doute .

il y a peu dépeuplés dans le Nouveau- Monde qui présentent autant de coutumes curieuses, autant de traditions poétiques à meure en œuvre. Mais il est évident qu'il suffisait à Daniel de Foë d’avoir à sa disposition un nom

NOTICE

connu de peuplade indienne et quelques traits caractéristiques essentiellement propres aux nations sauvages pour Caire marcher sa fable , le siècle n’en exigeait pas davantage ; de Foë nous parait avoir inventé, avec une retenue fort louable du reste, jusqu’aux idées religieuses et jusqu’aux mots caraïbes qu’il met dans la bouche de ses personnages.

Ce n’eût pas été pour la première fois néanmoins que ces peuples eussent figuré dans une œuvre d’imagination. Ercilla, qui les avait étudiés sur le champ de bataille , leur avait déjà emprunté les traits les plus saillants de son poème de i’Araucana; Lope de Vega les avait introduits sur la scène espagnole, en demandant sans doute aux relations contemporaines plus de couleur locale qu’il n’en met d’ordinaire dans ses draines. Parmi les poètes, nous ne citons que les plus remarquables; on devrait leur réunir ies noms d’une foule de voyageurs; et dès le dix-huitième siècle les documents sont si nombreux, qu’ils pourraient mettre dans l’embarras un érudit plus attentif que ne le fut Daniel de Foë. Examinons, en suivant la donnée première, les peuples qu’il avait à peindre.

On commettrait une erreur assez grave si l’on regardait les Chiliens primitifs comme des peuples aussi sauvages que les Caraïbes. Leur religion, les formes compliquées de leur gouvernement, la perfection remarquable de leur langue , tout prouve jusqu’à l’évidence, qu’à l’arrivée des Espagnols ils étaient déjà en voie de civilisation , et que si la conquête ne les eût pas heurtés d’un coup trop rude, cette civilisation eût eu un caractère original , comme celle des Péruviens , des Mexicains et des Muyscas.

Le bas Chili ou le Chili proprement dit s’étend entre les Andes et l’Océan- Pacifique, et il se divise en deux parties, le Chili araucanien , et le Çhili qui fut conquis dèsPorigtnepar les Espagnols.

Toute cette vaste étendue du territoire qui s'étend du Bio-Bio à l’archipel de Chiloé , c’est-à-dire entre les 36‘ dû* et à 1* 20* de latitude méridionale, pouvait sans doute envoyer ses pirogues de guerre Juan-Fernan-

dez, et ce que raéâme UlWafae Pandadeux voyage des trois Indiens qui s’en revinrent en 1750 de notre Ile à Vatparaiso, prouve que cette naviga-

tion n’était pas impossible. Eh bien, tout ce territoire était occupé par les Araucans % les Cunchos et les Huilliches, tribus remarquables , qui parlent un même langage et auxquelles s’associèrent plus tard les Puelches , cette nation nomade qui partage les idées religieuses des Araucans, et qui, errant sans cesse des bords de la mer aux montagnes , s’est rendue célèbre surtout dans ces derniers temps. Si l’on ajoute donc aux peuples que nous venons de nommer les Pebuenches , qui babitentles Andes chiliennes, entre les 34e et 37* de latitude , si on se rappelle les tribus pacifiques de Çhlloé, et mieux encore les insulaires de la petite lie de Pasqua, que cite Blolina en les considérant comme étant d’une race un peu différente , on aura une idée des peuplades qui pouvaient au dix-huitième siècle figurer dans Ko- Biftsorr.

Toutes ces tribus, qui forment la grande famille chilienne, gardent dans leur religion , dans leur langage et jusque dans leurs coutumes, l'empreinte du caractère araucan. il est donc Indispensable de faire connaître en quelques mots ce peuple qui domine les autres par son intelligence et parles formes de son gouvernement.

De même que les Caraïbes sont accoutumés à se nommer entre eux le peuple par excellence, de même les Araucans ou Molouches prennent le titre d ’Aucas, de peuple libre. De bonne heure les Espagnols justifièrent ce titre en désignant sous le nom dVatado indomito , pays indomtable , le territoire qu’ils habitaient Les Araucans sont en général robustes et trèsbien proportionnés; ils paraissent différer, sous certains rapports, de quelques nations américaines plus voisines de la ligne ; ils ont la peau rougeâtre ou de teinte cuivrée , et ne présentent aucun des caractères physiologiques que Daniel de Foë attribue à Vendredi. Leur visage est large et plus arrondi que celui des Européens. Leur expression pleine d’énergie offre aussi quelque chose de farouche. Leurs yeux sont petits, ternes , noirs et enfoncés ; ils ont fréquemment le nez court et épaté, les pommettes saillantes, la bouche assez grande et le menton peu prononcé.

Tout le territoire occupé par les

* Les Puelches sont en quelque sorte les Araucans de la partie orientale. -

NOTICE

Au cas est partagé entre quatre gouvernements ou pour mieux dire entre quatre tétrarchies , désignées sous le nom &Uthalmapus,et gouvernés par des espèces de télrarques qui prennent le titre de Toquit ; ces chefs sont héréditaires , indépendants l’un de l’autre dans l’administration civile de leur district , mais ils doivent se réunir quand il s’agit de l’intérêt général ; ils ont sous eux des chefs secondaires que l’on désigne sous le nom d’L’l mènes.

Ainsi que l’a fait observer déjà un savant géographe , le gouvernement de ce pays offre la plus grande ressemblance avec l’aristocratie militaire des ducs, des comtes et des barons du nord de l’anden continent , quoique son existence semble de beaucoup antérieure à l’arrivée des Espagnols.

Le système religieux adopté par les Aucas est assez compliqué ; ils reconnaissent un être suprême , auteur de toute chose, qu’ils désignent sous le nom de PJllan. Pilli ou Pulli signifie dans leur langue ftme ou esprit par excellence. Eutagen, le grand être, T haie ave , le tonnant, Vivennvoe } le créateur de toutes choses, Vilpelvilvoe, le tout-puissant, Molghelle , Péternel, Aunonolli , l’inflni, sont autant de dénominations qui ie distinguent. Cela ne veut pas dire que la religion des Aucas soit une espèce de monothéisme.

Dans leur pensée, le gouvernement du CJel est semblable à celui d’ici-bas, et ils ont une foule de dieux secondaires, ulmènes célestes, qui remplissent au firmament les fonctions des ulmènes de la terre. Parmi ces dieux il en est un plus audacieux que les autres, c’est Guecubu le terrible, cause première de touts les maux , et que les ulmènes de la hiérarchie céleste , d’accord avec Meoulen , doivent s’occuper sans cesse à combattre.

Comme plusieurs peuplades américaines, moins avancées qu’eux en'civilisation , les Araucans ainsi que les Puelches ont le souvenir d’un cataclisme universel , pendant lequel le monde aurait été inondé. Une foule de traditions poétiques animent les récits de leurs bardes, qu’ils nomment Gempir. Mais ce qu’il y a de plus remarquable sans doute , c’est qu’ils ne sont pas étrangers aux sciences positives. Ils savent déterminer par le moyen de l’ombre les solstices , et , comme on l’a déjà fait remarquer , leur année offre encore plus d’analogie avec l’année égyptienne que celle

des Aztèques. Ils divisent le jour naturel comme les Chinois, les Japonais, les Taî liens. Ainsi que qoelquesputra tribus , ils distinguent les planètes des étoiles, et . ce qui est si rare cher lespeuples de l’Amérique, Ils ont dans leur langue des mots pour désigner les différentes espèces de quantités, comme le point, la ligne, l’angle, le triangle, le cône, la sphère et le cube, l'n peuple a cessé depuis long temps d’être sanvage quand il s’est élevé à ces idées abstraites.

Leur langue est sans contredit une des plus remarquables de tonte l’Amérique méridionale, si cen’ést même la plus parfaite : on la désigne soos le nom de ebiliduga. Ainsi que noos l’apprend Molina , qui avait eu occasion de l’étudier, elle est douce, expressive , harmonieuse et régulière, aucun terme ne lui manque pour exprimer les Idées morales. Quoiqu’elle ne soit pas fixée par récriture, la tradition l’a conservée ; les càeft s’efforcent surtout de la parier dam toute sa pureté, et c’est bien d’eui qu’on peut dire ce que disait jadis un vieux missionnaire de la plupart de chefs des tribus américaines : • II* sont puissants autant qu’ils sont éloquents. »

Voici pour l’organisation sociale ci religieuse, pour l’état Intellectuel , pour le développement moral de 1 Individu ; voyons maintenant quelque usages. ,

Les Araucans et les Poelcbes «■»

plutôt des peuples guerriers et nomades que des peuples agriculteurs; cependant, si les Puelcbes errent dam leur contrée montueuse comme Tartares , les Araucans possèjWu maintenant une ville assez considérable. En général ils ne forment pdn bourgades , leurs habitations son éparses ; dans les endroits l’agriculture , les hommes bêchent a terre et les femmes l’ensemença».

Le vêtement des Araucans est simple , mais il offre quelque chose sez pittoresque. Ceux qui résident le voisinage des Européens portem une Teste qui leur descend juOT>> la ceinture , une culotte coartc , a poncho , pièce d’étoffe de laine a* vlron trois aunes de long sur d de large, qui affecte la forme d un pulaire, et qui sert à la fois de mante*" et de couverture. ^

Comme chez la plupart des natio^ peu avancées dans la civillsatio >

NOTICE

sont les femmes qui exécutent U plupart des travaux pénibles. Leurs traits sont peu agréables, mais on vante en général leur propreté. Leur costume n’est pas dénué de grâce ; leur habillement est tout en laine, dit un voyageur espagnol qui les a visitées, la couleur bleulnrquin est la couleur qu’elles affectionnent ; elles portent une tunique et un mantelel court, appelé ichelia , qu’elles serrent par devant la taille avec une boucle d’argent. Cet habillement, consacré par l’usage, ne varie jamais ; un bandeau ceint quelquefoisleur front ; elles y joignent une fouie d’ornements en verroterie et même en argent : cette dernière portion de leur toilette s’élève souvent à des sommes considérables.

La pqjygamfe est en usage parmi les Puelches et les Araucans, et ils élèvent autant de cabanes qu’ils ont de femmes, il serait inconvenant de demander à un guerrier combien il a de femmes, mais on demande combien il a de feux.

LesPuelches et les Araucans sont des peuples essentiellement guerriers , et c’est surtout dans leur gouvernement militaire qu’ils font preuve d’une sagacité remarquable. En droit reconnu, bien que l’élection du généralissime doive tomber sur un des quatre toquis que l’on regarde comme les chefs nés de la république, si aucun d’eux n’est jugé digne de cette dignité, on donne le grade de général à celui qu’on croit le plus habile parmi les ulmènes, ou les chefs du second rang. 11 prend alors le titre de toqui et reçoit la hache de pierre , symbole de la dignité suprême. Plus d’unefois les Espagnols ont éprouvé ce que valait un tel choix.

Rien n’égale, dit-on, l’espèce de fureur guerrière qui s’empare de ces Indiens au commencement de l’action.

Gomme ils le disent eux-mêmes , ils s’enivrent de l’esprit de carnage, il y a quelques années le savant Lesson , se trouvant m Chili, interrogeait des officiers de la république sur leur manière de combattre, et il n’en reçut pour réponse que ces mots signiliratifs : terrible» , seftor. oh 1 ils sont terribles !

Un ancien voyageur, qui parait avoir fort bien observé ces peuples, (lit que les dépouilles de l’ennemi appartiennent à celui qui s’en empare , et que si la prise est faite par plusieurs guerriers, on la divise en plusieurs parties

égales. Les prisonniers ne sont pas immolés pour servir à un festin de guerre, comme cela arrivait infailliblement chez les Tupis et même chez les Aztèques ; on se contente de les condamner à un esclavage perpétuel. Le code de la nation, désigné sous le nom d’ Adamapu, ordonne cependant qu’un de ces malheureux soit immolé aux mânes des soldats morts sur le champ de bataille; cette loi cruelle n’a été exécutée qu’une ou deux fois dans l'espace de deux cents ans.

Maintenant , si on examine ce que la nature a fait pour les Araucans, on pourra sc convaincre aisément qu’ils doivent être plutôt pasteurs et nomades que navigateurs. La Pérouse a dit avec beaucoup de justesse : « La multiplication des chevaux qui sc sont répandus dans l’intérieur des déserts, et en même temps celle des boeufs et des moutons, qui n’a pas été moins rapide, a fait de ces peuples de vrais Arabes, que l’on peut comparer en tout à ceux de l’Arabie. » Les Puelches habitent surtout les montagnes de la partie orientale : ils se portent jusqu'aux plaines de la Patagonie, où leur taille athlétique les a fait remarquer ; les autres t tribus d' Aucas ne s’aventurent guère surl’Océan- Pacilique, et s’ils le font c’est bien plutôt , coimne.les Péruviens, sur des espèces de radeaux connus sous le nom de llalzas que dans des pirogues. Les habitants des lies Chiloe , qui conservent encore les traditions primitives des tribus , s’occupent davantage de la navigation ; mais le trajet qu’il faudrait faire pour se rendre au groupe de Juan- Fernandez est trop considérable sans doute pour qu’ils aient osé l’entreprendre. On le comprend donc, si , ayant égard à la position géographique , Daniel de Foë se voyait contraint de mettre en scène les tribus guerrières de ces contrées, il ne trouvait plus aucun des traits distinctifs de race et de caractère qu’il avait l’intention de reproduire, il a tourné ses regards vers une autre partie de l’Amérique: voyons s’il a mieux réussi.

Au temps où vivait l’auteur de Robinson Cklsoé, on s’occupait encore beaucoup des Caraïbes des Iles; une foule de missionnaires partaient mut les catéchiser, et les meilleures relations qui nous les aient fait connaître datent précisément de cette époque. En changeant jusqu’à la dénomination des mers où l’action

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