‹ Robinson Crusoé, tome 2Chapitre 23 sur 29 · J0T1CB · texte numérisé non relu

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devait se passer , en avançant de plusieurs degrés vers la ligne, Daniel de Foë se trouva tout-à-coup dans les parages occupés par les Caraïbes , mais ce fut le seul effort qu’il crut devoir faire, le reste l’occupa peu.

Les Caraïbes des lies différaient d’abord assez essentiellement du type que Daniel de Foë accepte pour Vendredi. Non-seulement ils avaient la peau cuivrée et non pas olivâtre, mais un usage que citent louts les voyageurs donnait à leur physionomie un caractère bizarre qu’on ne pouvait pas oublier une fois que l’on avait vu quelques-uns de leurs guerriers.

Tandis que les anciens habitants des grandes Antilles se comprimaient le front de manière à lui donner légèrement la forme pyramidale, les Caraïbes imprimaient à celui de leurs enfants une direction tout opposée ; deux planchettes légères mais solides étaient attachées de chaque côté de la tête avec des lianes de mahot, et ajustées au moyen de coussinets de coton, de manière à ne pas blesser celui qui devait subir cette longue opération.

Tel était au bout de quelques jours le résultat de cette compression répétée, que, si l’on s’en rapporte au père Labat, un Caraïbe des lies pouvait voir presque perpendiculairement au-dessus de lui, sans avoir besoin de hausser la tète. Laissons au \ieux voyageur le soin de terminer le portrait :« Leur taille, dit-il , est au-dessus de la médiocre; ils sont touts bien faits et proportionnés. Ceux que j'eus occasion de voir avaient des dents fort belles, blanches et bien rangées , les cheveux plats , noirs et luisants. Cette couleur de leurs cheveux est naturelle , mais le lustre vient d'une huile dont ils ne manquent pas de se frotter le matin.»

Labat continue sa description naïve en affirmant qu’il est difficile déjuger de leur teint, parce qu’ils se peignent touts les joursavec du rocou détrempée dans de l’huile de palma-chrisli , qui les fait ressembler, dit-il, à des escrev iss es cuites . Selon lui, cette peinture leur lient lieu d’habit , et il a raison ; car M. de Humboldt, en rappelant une coutume semblable qui existe encore chez la plupart des indigènes du continent, ajoute que les hommes et les femmes seraient peut-être moins honteux de se présenter sans le guayuco ou la pagne, que s’fli étaient dépourvus de peintures.

De même que chez les Tupinambas

et les G ali bis , le rocou n’était pas la seule peinture que l'on employât. S’il s’agissait d’une grande fête , et surtout d’une expédition guerrière, les femmes, auxquelles cet emploi était dévolu , se servaient pour orner leurs maris de ce suc limpide qui déroule du genipa , et qui marque dorant neuf Jours de sa teinte indélébile chaque partie du corps qu’il a touchée.

L’alliance bizarre de ces deux couleurs, ces raies d’un noir bleuâtre qui se détachent d’une manière lugubre sur la teinte du vermillon , tout contribuait à Imprimer à la figure du sauvage quelque chose de vraiment terrible. Donnez encore au Caraïbe des lies son caracoli éclatant, espère de haussecol de métal qu’il a suspendu à son cou ; armez-le (tesson arc gigantesque , mettez - lui à la main cette courte massue de bob de fer qu’on désigne sous le nom de boulon, et vous aurez le portrait fidèle que tracent les vieux voyageurs.

Les femmes, à ce qu’il parait, ne se déprimaient pas le front d’une manière aussi prononcée; c’est pour ceèa sans doute que les missionnaires du dix-septième siècle se plaisent à rap»

peler leur physionomie agréable «Elles sont asses bien faites , dit l'un d’entre eux, mais un peu grasses*, elles ont les cheveux et les yeux noirs comme leurs maris, le tour du visage rond, la bouche petite, les dents fort blanches , l’air plus gai , plus ouvert et plus riant que les hommes, ce qui ne les empêche pas d’être fort réservées et fort modestes; elles sont ro couées , c’est-à-dire peintes de rouge comme l’autre sexe , mais sans moustaches et sans lignes noires. Leurs cheveux sont lié» par derrière 1a tète d’un petit cordon. Une pagne ondée de petits grains de rassade de différentes couleurs , et garnie par le bas d’une frange de rassade d’environ trois pouces de hauteur , couvre leur nudité.»

Mais d’où venait ce peuple qui fêtait fait redouter dans tout l'archipel . et qui s’étendait sur 18 à 19 degrés de latitude, depuis les lies Vierges à l’est de Porto Rico jusqu’aux bouches de l’Orénoque. Sans avoir égard aux difficultés de la navigation, Rochefort et quelques autres écrivains du dixhuitième siècle veulent qu'il arrive de l’Amérique du Nord, derrière les Apalacbites, où- il existait, disait-on , une nation portant le nom de Caraïbe.

KOTICB.

Cependant, si Ton compare ces tribus nent, et dont on retrouve la langue insulaires à celles du continent voisin, chez tant de bordes diverses qui ont on ne tarde pas à se persuader que les changé de nom. Ces tribus étaient cé< Caraïbes n'ont pas fait un si long tra- lèbres entre les autres nations amérijet, et que plus d’un point de ressem- caines, par l'habileté de leurs jongleurs blance les unit aux grandes nations , et par la férocité des initiations qu’elles qui peuplèrent jadis la Guyane et le imposaient aux guerriers. En passant Brésil. la mer , en vivant au sein d’iles fertiles.

Quoi qu'il en soit, les Caraïbes les idées des émigrants ne changèrent avaient jadis une telle importance, pas beaucoup, mils elles durent se moleur ardeur guerrière et leur activité difier. Il y eut chéÉ les insulaires quelles avaient si bien mis en évidence que chose de nlufnalf et déplus rêveur,

aux yeux des Européens , qu'un célè- L'excellent pere Tertre * nous les

bre voyageur ne pouvait s'empêcher peint comme « étant habituellement

de les comparer, au commencement plongés dans la iqélancolie, s'asséyant

du siècle , à un peuple célèbre de <|Q0 journées entières sur le sommet

l'Asie, et qu’il leur imposait le nom cnm rocher et contemplant les flots de Boukhâres du Nouveau-Monde . de l'Océan. » C'était à ce bon mission-

La falftllle caraïbe tamanaque com- naire surtout qu'ils essayaient de

prend encm plusieurs nations, mais faire comprendre la différence exiselle a vu diminuer déjà son influence tant entre les deux races et les deux sur le continent , et elle s'est com- pays. Le dieu de la France , disaient plétement éteinte dans les Antilles, ils, a fait le ciel delà France, et le où elle dominait. A la Guyane ainsi, dieu des lies a fait celui des lies. Roque dans la Colombie, on rencontre cheforl et le sieur Oelaborde, ** deux encore des tr&nfc nombreuses de voyageurs employés à des époques Caraïbes, etcfestéurtout sur les bords différentes à leurs conversions , rapde l’Orénoque qu’elles ont fixé leur portent tta leur théogonie des idées séjour. Dan* les lies de l’Amérique , toutes poétiques; j’en citerai quelques quelques misérables débris de cette unes. Lorsque l'Etre suprême eut nation se sont alliés avec des nègres créé la terre , bientôt il créa la lune; fugitifs ; ces sauvages ont été rejetés elle était belle , mais après avoir vu au commencement du siècle dans les le soleil elle alla se cacher de honte , montagnes de Saint-Vincent , c’est là et ne voulut plus se montrer que la où le docteur Leblond les visita ; à nuit. Les étoiles étaient considérées cette époque ils se transmettaient par eux comme des génies ; de même quelques coutumes de leurs ancêtres, que dans la mythologie antique, l’Iris On affirme que de nos jours ils ont était une divinité ; elle avait reçu le complètement disparu. nom de Jalouca , et se nourrissait

Pour trouver des Caraïbes dans de ramiers ou de colibris; c’étaient toute leur pureté aux Iles, 11 faut sans doute les couleurs éphémères de rétrograder de bien des années, alors ces oiseaux qui ranimaient ses couque l’on envoyait des missionnaires leurs éternelles, pour les convertir , et que ceux-ci Comme certaines nations de l'Acomposaient des cantiques sacrés dans Amérique du Nord, les Caraïbes penleur langue, afin de les leur faire répé- paient qu’ils avaient plusieurs âmes, ter en chœur , et de les substituer aux La première et la plus noble, sans

chants qu’ils adressaient à Maboya, le doute, était placée au cœur, à elle seule

génie du mal ; mais ces vers étran- le privilège de s’élancer vers les plai-

ges, composés par de pauvres prêtres nés de Jalouca. La tête renfermait la sc-

dans une langue sauvage, sont restés condeâme, et chaque artère en avait comme un monument curieux de zèle, une : mais par une étrange bizarrerie elle peuple qu’ils devaient instruire ces intelligences secondaires pouvaient s’est éteint : il en est ainsi de bien des animer un jour les oiseaux du ciel et nations américaines. * les bêles des forêts. C’était , comme

Les Caraïbes des lies venaient donc on voit , donner à l’homme un doudu peuple puissant qui habite le cooti- ble privilège : celui de l’immortalité ,

* Voyea le Breton, Dict. Caraïbe, can- * Voyea du Tertre, t. 2, p. 558. tique àl’usaae de ces peuples; Diction - **Le sieur de la Borde , employé à 1a naire Caraïbe franç aie, MS. de la B. R. conversion des Caraïbes des Antilles, sous le N° 299. 1 vol. in-4%

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