‹ RobRoyChapitre 14 sur 24 · JI · texte numérisé non relu

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furieux de quelque' insinuation injurieuse, réelle ou supposée, je m’élançai de ma place, courus sur Rashieigli, et lui donnai un soufflet. I^e phi> losophe le plus stoïque n’ei’it pas reçu cette insulte arec plus de sang-froid et de patience. Il se contenta «le me jeter un regard de mépris; mais Thornclif ne fut pas si modéré dans sa vei^eance, et, voyant que son frère ne s’apprêtoit pas à demander raison de cet outrage, il cria qu’il vonloit laver dans mon sang la tache faite à* leur honneur. Les épées furent tirées, et nous avions échangé une ou deux passes lorsque les autres frères nous séparèrent. Je n’oublierai jamais le rire diabolique qxii déhgura les traits de Rashleigh , lorsque je fus entraîné de force par deux de ces jeunes titans. Ils m’enfermèrent dans ma chambre, assujettirent la porte par de grosses barres de fer, et je les entendis^ avec une rage inexprimable , rire aux éclats en descendant l’escalier. J’essayai dans ma fureur de briser la porte;’ mais la précaution qu’ils avoient pris'e rendit tous mes efforts inutiles. A la fin je me jetai sur mon lit, et m’endormis en roulant dans ma tête de' terribles projets de vengeance.

Mais le tardif repentir vint aveo le jour. Je sentis avec amertume la violence’ et l’absurdité

de ma conduite , et je fus obligé de reconnoître que le vin m’avoit ravalé au-dessdus de Wilfred

a 10 ROB-ROY.

.,* « • * OsbaUIistone y pour lequel j’avois un si profond

mépris. Ces cruelles réflexions n’étoient pas adoucies par l’idée qu’il falloit faire des excuses pour mon emportement déplacé, et cela en présence de miss Vernon. Les reproches que j’avois à me faire pour la conduite peu généreuse que' j’avois ^nue à son égard pendant le dîner, et pour laquelle je ne pouvois pas même alléguer la* misérable excuse de l’ivresse, ajoutoient encore à ces pénibles considérations.

Accablé du poids de ma honte et de mon humiliation , je descendis dans la salle à manger ', comme un crimihel pour entendre prononcer sa sentence. Une forte gelée avoit rendu la chasse impossible, et j’eus la mortification de trouver déjà toute la famille rassemblée autour d’un énorme jambon, à l’exception de Rashieigh et de miss Vernon. La joie 'étoit' extrême lorsque j’entrai, et je ne pouvois douter que je ne fusse l’objet de, leur risée. En effet, ce qui me sembloit un • sujet de peine et de regrets paroissoit aux yeux 'dé mon oncle et de la plupart de mes cousins une saillie de gaîté fort divertissante. Sir Hildebrand , tout en me raillant sur mes exploits hé- • roîques, jura qu’il pensoit qu’à mon âge il valoit mieux s’enivrer deux ou trois fois par jour que d’aller se coucher à sec comme un presbytérien. Et, pour appuyer 'cette consolante réflexion , il vers?

KOB-liUY.

un grand verre d’eau-de-vie, en m’exhortant à avaler du poil de la bête qui m’avoit mordu.

— Laisse -les rire, neveu, ajouta-t-il en regardant ses fils, laisse-les rire; ils seroient de vraies soupes au lait, comme toi, si je ne leur avois pas appris à vider leur bouteille.

— Malgré tous leurs défauts et tous leurs ridicules, mes cousins n’avoient pas en général un mauvais cœur : ils virent que leurs railleries me blessoient, et ils s’efforcèrent, quoique avec leur maladressse ordinaire , de dissiper l’impression pénible qu’elles ra’avoient faite. Thornclif seul se tenoit à l’écart, et avoit l’air morne et pensif. Ce jeune homme avoit toujours eu de l’éloignement pour moi, et il ne m’avoit jamais témoigné ces attentions maussades, mais bienveillantes, que j’avois éprouvées quelquefois de la part de ses frères. S’il étoit vrai, ce dont pourtant je commençois à me douter, qu’on le destinât pour époux à miss Vernon, il étoit possible qu’il s’alarmât de la prédilection que cette jeune personne sembloitme marquer, et que, craignant que je ne devinsse un rival dangereux, il conçût de la jalousie, et me prît en aversion.

Rashleigh entra enfin , l’air morne et rêveur. Je ne sais quoi de sombre répandu sur sa physionomie prouvoit qu’il n’avoit pas oublié l’in- ’sulte déshonorante que je lui avois faite. J’avois

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déjà pensé à la conduite que je devois tenir dans cette occasion , et j’étois parvenu à me modérer , et à croire que le véritable honneur ne consistoit pas à me battre pour prouver que j’avois raison , ' lorsqu’il n’étoit que trop évident que j’avois tort, mais à faire noblement des excuses pour une injure si disproportionnée à toutes les provocations que j’aurois pu alléguer.

Je m’empressai donc d’aller à la rencontre de Rashleigh , et lui exprimai mes regrets de la violence à laquelle je m’étois laissé emporter la veille.

— Rien au monde, dis-je, n’eùt pu m’arracher un seul mot d’excuse, rien que la voix de ma conscience, qui me reproche ma conduite. J’espérois que mon cousin accepteroit l’assurance. sincère de mes regrets, et voudroit bien considérer que mes torts provenoient en grande partie de l’excessive hospitalité d’Osbaldistone-Hall.

— Il sera ton ami, garçon, s’écria le bon sir Hildebrand, dans d’effusion de son cœur, il sera ton ami, ou du diable si je l’appelle encore mon fils. Pourquoi , Rashleigh , restes-tu planté là comme une souche? J’en suis fâché ^ eh! de par tous les diables, c’est tout ce que peut faire un gentilhomme , s’il vient à faire quelque chose de ^ mal lorsqu’il a bu le petit coup. J’ai servi, et je dois, je crois, connoitre (quelque chose aux affaires d’honneur. Que je. n’en entende plus parler, et

nous irons tous ensemble chasser le blaireau dans Birkenwood-Bank.

La figure de Rashieigh, comme je l’ai déjà dit, avoit un caractère particulier, et de ma vie je n’avois vu de physionomie semblable. Mais cette singularité ne consistoit pas encore tant dans les traits que dans sa manière de changer leur expression. Dans le passage de la joie à la douleur, du ressentiment à la satisfaction , il y a un léger intervalle, avant que la passion dominante respire dans tous les traits, à l’exclusion absolue de celle qu’elle remplace. De même que la lumière douteuse du crépuscule sépare la fin de la nuit du lever du soleil , il y a comme une espèce d’indécision daas le caractère de la physionomie, pendarit que les muscles se dégonflent, que le front s’éclaircit, que les yeux reprennent leur éclat, enfin que toute la figure, chassant les nuages qui la couvroient, prend un air calme et serein. Celle de Rashieigh ne passoit point par ces gradations, mais prenoit successivement et tout à coup l’expression de ces deux passions diamétralement contraires ; c’étoit comme le changement à vue d'une décoration au spectacle, où, au coup de sifflet du machiniste, un rocher disparoit, et un palais s’élève.

Cette singularité me frappa surtout dans cette occasion. Lorscpie Rashieigh' entra, toutes les

passions haineuses étoieut peintes sur son visage. Il entendit mes excuses et l’exhortation de son père sans qu’il se fil la moindre altération dans sa physionomie; mais sir Hildebrand n’eut pas plus tôt fini de parler, que le sombre nuage qui convroit le front de Rashleigh disparut tout à coup, et du ton le plus poli et le plus affable, il m’exprima sa parfaite satisfaction des excuses que je voulois bien lui faire.

— Mon Dieu, dit-il, j’ai moi -même une si pauvre tète lorsque je bois plus de mes trois verres de vin, que je n’ai, comme le bon Cassio qu’un souvenir très -vague de la confusion qui régna hier soir. Je me rappelle en masse; mais rien de distinct. Une querelle, et voilà toq^. Ainsi, mon cher cousin, ajouta-t-il eti me serrant atnicalement la main, jugez quelle douce surprise j’éprouve en voyant que j’ai à recevoir des excuses au lieu d’en avoir à faire. Ne parlons plus de cela; je serois bieu fou de vouloir examiner minutieusement un compte dont la balance, qui pouvoit être contre moi, se trouve si inopinément à mon avantage. Vous voyez, monsieur Frank, que je prends déjà le langage de Lorabard-Street, et que je me prépare à remplir dignement ma nouvelle profession.

«■ Personnage d’Othello. ^

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^ J’allüis répondre , et je levois les yeux que la honte m’avolt fait baisser, lorsque je rencontrai ceux de miss Vernon ,qui, étant entrée sans bruit pendant la conversation, l’avoit écoutée attentivement. Déconcerté, confus, je penchai la tète sans dire un seul mot, et j’allai prendre tristement ma place auprès de mes cousins que le déjeuner n’avoit pas cessé d’occuper exclusivement.

Mon oncle se garda bien de laisser échapper cette occasion de me faire, ainsi qu’à Rashleigh, une leçon morale , et il nous conseilla sérieuse- *ment de nous corriger de nos ridicules habitudes de soupe au lait, selon son expression, qui nous exposoient ; de nous aguerrir contre les effets du vin, pour éviter les disputes et les coups; et de . commencer par vider régulièrement tous les jours. * notre pinte de Porto ; ce qui , à l’aide de la bière de mars et de quelques verres d’eau-de vie, suffisoit pour des novices en l’art de boire. Pour nous encourager, il nous assura qu’il avoit connu beaucoup d’hommes qui étoient arrivés à notre âge sans avoir jamais bu trois verres de vin, et qui cependant, étant tombés en bonne compagnie, et ensuivant les bons exemples, étoient parvenus à se faire une brillante réputation en ce genre, et pouvoient vider tranquillement leurs six bouteilles sans perdre la tète , et sans être incommodés le lendemain matin. .4^

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Malgré, la sagesse de cet avis, et la brillante perspective qu’il me faisoit entrevoir, j’en profitai |>eu : tout en paroissant écouter mon oncle, mon attention étoit ailleurs. Toutes les fois que je me hasardois à tourner les yeux du côté de miss yernon, j’observois que ses regards étoient fixés sur moi, et je croyois lire sur sa figure l’expression de la pitié , et en même temps du déplaisir. Je cherchois les moyens d’entrer aussi en explication avec elle, et de lui faire mes excuses, lorsqu’elle me fit entendre qu’elle étoit déterminée à m‘é-^ pargner la peine de solliciter une entrevue : — Cousin Frank , dit-elle, en m’appelant par le même titre qu’elle avoit coutume de donner aux autres Osbaldistone, quoiqu’à proprement parler je ne fusse pas son cousin, j’ai rencontré ce matin un passage dans la Divina comedia du Dante; voulez-vous avoir la bonté de montera la bibliothèque pour me l’expliquerPLorsque vous aurez découvert le sens de l’obscur Florentin, vous irez rejoindre ces Messieurs , et voir si vous serez aussi heureux à découvrir la retraite du blaireau.

Je m’empressai de lui répondre que j’étois prêt à la suivre. Rashleigh offrit de nous accompagner. Je suis plus en état, nous dit-il, de chercher le sens du Dante à travers les métaphores et l’obscurité de son ^tyle, que de chasser un pauvre anachorète de sa tanière.

— Exciisez-moi, Rashleigh, dit miss Vcrnon; -mais comme vous allez ‘occuper la place de AL Frank dans la maison <le banque à Londres, vous devez lui céder l’éducation de votre élève à Osbaldistone-Hall. Nous vous appellerons cependant s’il est nécessaire ; ainsi ne prenez pas • ,votre air grave, je vous prie. D’ailleurs, c’est une honte que vous ne coimoissiez pas mieux la chasse^ vous, un Osbaldistone ! Que Éerez-vous sv votre oncle vous demande comment vous chassez aa blaireau? ’’ <

* — Hélas! Diana, c’est bien, vrai, dit sir Hilde-

brand en poussant un soupir. Si Rashleigh eût voulu acquérir, comme ses frères, les connoissances utiles. Dieu sait s’il était à la source! Mais, bah! il s’amusoit , toujours à lire, à étudier, comme si c’étoit dans ses livres qu’iLpouvoit apprendre à accoupler des chiens. Allons, viens avec nous, et porte mon épieu de chasse : ta cousine n’a pas besoin de toi à présent, et je n’entends pas, morbleu, qu’on contrarie ma Diana. Je ne veux pas qu’il soit dit qu’H n’y avoit qu’une femine à Osbaldistone -Ha^, et quelle y est morte faute de n’avoir pu faire ses volontés. ^ , .

Rashleigh obéit à son père, et le suivit après avoir dit à demi-voix à Diana : — Je suppose qu’ilsera discret de ne pas oublier aujourd’hiy de me faire accompagner du courtisan cérémonie, et

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de frapper à la porte de la ^bibliothèque avant d’entrer? > * v , ,

— Non, non, Rashleigh, dit miss Vernou', ’ débarrassez-vous du faux archimage appelé dissimulation, c’est le meilleur moyen de vous assurer un libre accès auprès de nous pendant nos entretiens classiques. ’

A ces mots, elle prit le chemin de là bibliothèque, et je la suivis.... comme un criminel, allois-je dire, qu’on mène à l’exécution; mais il me semble que j’ai déjà employé cette Comparaison une ou deux fois; ainsi je la supprime : je' dirai donc, sans comparaison, que je la suivis en tremblant, et avec un embarras que j’aurois donné tout au monde pour vaincre. Il me serobloit qu’il étoit souverainement déplacé dans cette occasion; car j’avois respiré assez long-temps l’air du continent pour apprendre que la légèreté, la galanterie et l'assurance sont trois qualités essentielles qui doivent distinguer l’heureux mortel qu’ime jeune et belle personne honore d’un téteà-tète. • *

Mais pour cette fois raes^^entiments anglais l’emportèrent s^Jr mon éducation française, et je fis, je crois, une très-piteuse figure lorsque miss Vernon, s’asseyant majestueusementdans le grand fauteuil de la bibliothèque, comme un juge qui va entendre une cause importante,* me 6t signe

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de prendre. une chaise vis-à-yis d’ellè, ce que je fis, tremblant comme le pauvre diable qui se voit sur la sellette, et elle commença la converssftion sur le ton de la plus amère ironie.

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