‹ RobRoyChapitre 15 sur 24 · Trempa dans le poison une épée homicide · texte numérisé non relu

Trempa dans le poison une épée homicide

« Mais plus barbare encore» et cent fois plus perfide, \

<■ Celui qui de sucs Téoéneux ' ••

^ f « Put remplir froidement la coupe hospitalière. •

* V ' ^ Anonyme.

— Eir vérité, monsieur Frank Osbaldistone j dit miss Vernon de l’air d’une personne 'qui croyoit avoir acquis le privilège de railler; en vérité, vous nous avez tous vaincus. Je n’aurois pas cru que vous fussiez aussi digne de votre noble famille. La journée d’hier vous a couvert de gloire. ‘ - Vous avez fait valoir vos preuves pour entrer dans l’honorable corporation d’Osbaldistone-Hall: ils sont irrécusables, et votre coup d’essai a’été un coup de maître. t

' — Je connois mes torts, miss Vernon, et tout ce que je puis dire, pour justifier mon impertinence', c’est que j’avois reçu des nouvelles qui avoient agité mes esprits. Je sens que j’ai été on ne peut plus absurde et impoli.

— Comment donc? reprit le juge inflexible, vous ne vous rendez pas justice. D’après ce que j’ai vu et ce que depuis j’ai entendu dire, vous avez montré dans une seqle soirée toutes les qualités

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supérieures qui ^distinguent vos cousins^: la douceur et l’urbanité de Rashleigh, la tempérance de Percy, le sang-froid de Thornclif, la patience de John, et ce qui surtout est le plus admirable, c’est le temps et le lieu que vous avez choisi pour faire preuve de ces rares talents, choix digne du goût de Dick et de la sagacité de Wilfred.

* — Ayez un peu compassion de moi, miss Ver-

non, lui dis-je, car j’avoue que je regardois la leçon comme bien méritée, surtout en considérant de quelle part elle me venoit. — Pardoivnez - moi si pour excuser une extravagance dont j« ne suis pas habituellement coupable, j’ose vous citer la coutume de la maison et du pays. Je suis loin de l’approuver; mais nous avons l’autorité de Shakspeare,quidit que le bon vin est une bonne compagnie, et tout homme peut être pris tôt ou tard.

— Oui, monsieur Francis, mais Shakspeare met ce panégyrique et cette apologie dans la bouche (hrplus grand scélérat que son crayon ait tracé. Je ne veux point cependant abuser de l’avantagé que m’a donné votre citation, en vous accablant de la réponse par laquelle Cassio réfute lagô. Je veux seulement ne pas vous laisser igno- ,rer qu’il est au moins une personne fâchée de voir un jeune homme plein de talents et d’espérances s’enfoncer dans le» bourbier où chaque soir se plongent lés habitants de ce manoir., «

a3o , ROB-ROY. *

— Je p’ai fait qn’y rtriettre un instant le pied , je vous assure, miss Vernon, et je reconnois Irop ^ combien ce bourbier est dégoûtant , pour y faire * un pas de plus. *

— Si telle est votre résoluUon , reprit - elle , , elle est sage, et je ne puis que l’approuver. Mais j’étpis si tourmentée de ce que j’avois entendu dire , que je n’ai pu m’eitlpêcher de m’en expli- '

quer avec vous, avant cje vous parler de ce qui me regarde particulièrement. Vous vous êtes con- * , duit 'hier- avec moi pendant le dîner de manière à me faire croire qu’on vous a dit sur mon compte 'des choses qui ont pu diminuer l’estime que vous m’aviez accordée. Voudrez-vous bien vous expliquer clairement à ce sujet ? ^ ^

Je fus stupéfait. Cette.demande aussi brusque que précise étoit plutôt faite du ton d’un homme ‘

quu demande à un autre l’explication de sa conduite d’une manière farme mais po^, que de celui d’une fille de dix-rhuit ans qui suiresse itne •

question à un jeune homme: elle étoit eptièreraent dépouillée de ces circonlocutions, de ces détours et de ces périphrases qui accompagnent ord inairement lea explications entredes personnes de différents seines.

^ J’étois dans le plus grand embarras; car à présent, que je me rappeloisdesavg'froid les discours de Bashleigh, j’étois forcé de convenir qu’en sup*

, posant mêraequ’ils fussent fondés, ils auroient dû exciter dans mon âme un sentiment de compassion pour miss Vernon , plutôt qu’un puéril ressentiment^ et quand même ils auroient pu justi- . fiei^ copiplétiement ma conduite, encofe m’eût-il été^ très-difficile de répéter ce qui devoit blesser aussi vivement < la fierté^ de Diana. Elle vit- que j’I^ésitois à répotidré, et me dit d’un ton décidé ' et résolu, mais avec modération :

* * — J’espère que M. Osbaldistone ne disconviendra pas que^j’ai droit de demander cette explication : je n’ai point de parents, point d’amis pour me défendre; il est donc juste qu’on me permette de me défendre moi-même.

» 'Je m’efforçai assez gauchement de rejeter ma qpnduite grossière sur une indisposition, sur des lettres fort dures que j’avois reçues de Londres. Elle me laissa épuiser mes excuses, sans pitié pour'mon embarras et ma co'nfusion , et les écouta avec le sourire de l’incrédulité. ». •

* — A p’résent, monsieur Frank, que vous avez débité votre prologue d’exciîses avec la mauvaise grâce d'usage poùr tous Içs prologues, veuillez lever le rideau, et me montrer ‘ce^que je désire ' voir. En un mot, faite.s-moi connoître ce que Rashleigh dit de moi , car c’est toujours lui qui fait mouvoir toutes les machines d’Osbaldistone- Hall.

HOB-ROi".

— ^ Mais, supposé qu’il m’ait dit quelque chose, ^ miss Vernon, que mérite celui qui trahit les secrets d'une puissance pour les révéler à une puissance alliée?.... Car vous m’avez dit vous-même que Rashieigh étoit toujours votre allié quoiqu’il . ne fût plus votre ami.

— Point d’évasion , je vous prie; point de plai- .santerie sur ce sujet, je n’ai ni la patience ni l’envie de les écouter. Rashieigh ne peut pas, ne «loit pas, n’oseroit pas tenir sur moi, sur Diana Ver- ^ non, des propos que je ne .puisse pas entendrel '

Il régne des secrets entre nous, il est vrai, mais ce n’est pas de ces secrets qu’il peut vous avoir parlé; ce n’est p.as moi personnellement que ces secrets intéressent. • ''

Pendant qu’elle parloit, j’étois parvenu à recouvrer ma présence d’esprit, et je pris soudain la détermination de ne point révéler ce que Rash- * leigh m’avoit dit comme en confidence. H me sembloit qu’il y avoit de la bassesse à répéter un entretien particulier. Miss Vernon ne pnuvolt retirer aucun avantage de mon indiscrétion, qui l’eût affligée inutilement. Je répondis donc gra- ' vement que jen’avoiseu avecM. Rashieigh qu’une conversation de famille, et je lui protestai qu’il ne m’avoit rien dit» qui m’eût laissé contre elle une impression défavorable. J’espérois qu’elle voudroit bien se contenter de cette assurance,- et

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ne pas exiger des détails que l’honneur m’obligeoit à lui refuser. * * ■ ■ r

' — *L’honneur! s’écria-t-elle en s’élançant de sa

chaise avec le tressaillement et la vivacité d’une Camille prête à voler au combat; l’honneur! c’est le miew qui est 'compromis : point dé détours, ils seront, inutiles; c’èst une réponse positive qu’U me faut. Ses joi^ies étoient cramoisies, son visage en feu* ses yeux étinceloient ^Je de-

* mande, ajouta-t-elle d’iine'voix dont l’expression ^toit déchirante, je demande une explication, itelle qu’une femme, bassement calomniée, a droit de la demander à un homme qui se dit homme

* d’honneur, telle qu’une créature sans mère, sans

* amis, sans guide et sans protection, setile, seule

* •' • ,?u monde, a droit de l’exiger d’un être plus heu- '

reux qu’elle, au nom de ce Dieu qui les a envoyés ici-bas, lui pour jouir, et elle pour souffrir. Vous ne me refuserez pas, ou, ajouta-t-elle en levant les yeux d’un air solennel, je serai vpngée de votre refus, s’il est quelque justice sur la terre ou dans le Ciel.

Je fus étourdi de cette véhémence; înais je ' sentis qu’après un semblable appel mon tlevoir étoit dé déposer une scrupuleuse délicatesse, et je lui répétai brièvément ce qui s’étoit passe dans, la conversation que j’avoiseueavecRasbIeigh. •

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