V .' Dès qu’elle vit que je consentois à la satisfaire
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elle s’assit, et m’écouta (l’un air calme, 'et lorsque je m’arrêtois pour chercher quelque manière tlé- . licate (Je lui faire entendre ce qui me sembloit devoir lui causer une trop grande impression , elle mo disoit auss^ôt : ’ . ^ .
— Continuez, continuez, je vous prie^ le premier' mot qui se présenté à l’esprit- est lè plus clair, et par conséquent le pieilleur. Ne vous inquiétez pas de mes sentiments, parfez-moi comme vous parleriez à un tiers qui ne serbit point partie intéressée. ‘ ^
Pressé avec autant d’instance , je lui répétai ceJt Rashlcigh m’avoit dit d’un arrangement de famillè qui l’obligeoit à épouser un Osbaldistone , et du * choix qu’on ’avoit fait de Thornclif. J’aurots voulu ' n’en pas dire davantage; mais sa pénétration dé» . couvrit que je lui cachok encore quelque chose, et sembla même deviner ce que c’étoit.
— Ce n’est pas tout : Rashleigh vous a encore dit quelque chose de plus, quelque chose qui le con'cernoit particulièrement, n’est-ce pas?
— 11 m’a fait entendre que, sans la répugnance qu’il éjîrouveroit à supplanter son frère, il désireroit, à présent que la nouvelle carrière à laquelle il se destinoit lui permettoit de se marier, que le nom de Rashleigh remplît le blanc qui se trouve dans la dispense, au lieu de celui de Thornclif.
— Eu vérité! reprit-elle, a-t-il tant de coudes- '
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cendance ? c’est trop d’honneur pour son humble
servante et sans doute il suppose que Diana
Vernon seroit transportée de joie si cette substitution pouvoit s’effectuer!
— A parler franchement, il me l’a fait entendres et il a même été jusqu’à me^lire ,
— Quoi?.... que je sache tout! s’écria-t-elle précipitamment.
— Qu’il a fait cesser l’intimité qui régnoit entre vous et lui, dans la crainte qu’elle ne donnât naissance à une affection dont sa destination à l’Égli«e ne lui permettroit pas de' profiter. «.
Je lui suis obligée dé sa prévoyance, reprit miss Vernon , dont tous les traits exprirooient le plus profond mépris. Elle réfléchit un instaqt, et reprit avec le plus grand sang-freid : Il n’y a rien qui m’étonne dans ce que vous m’avez dit ; et je m’attendois à peu près au récit que vous venez de me Éaire , parce qu’à l’exception d’une seule circonsiance c’est l’exacte vérité. Mais comme il y a des poisons si actifs que quelques gouttes suftisent pour corrompre toute une source, de même il existe dans les révélations de Rashleigh une horrible imposture capable d’infecter le puits même dans lequel la vérité .s’est cachée. ConnoissantRashleigh, comme je n’ai que trop de motifs de le connoître , rien an monde n’eût pu me faire penser à m’unir à lui. Non, s’écria-t-elle en tressaillant
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d’horreur, non, tout, tout an monde plutôt que d’épouser Rashleigh , plutôt l’ivrogne, le querel- , leur, le jockey, l’imbécile : je les préfère mille fois; et plutôt le couvent, plutôt la prison, plutôt . le tombeau qu’aucun des six.
Il y avoit dans le son de sa voix un accent de mélancolie qui répondoit à l’agitation de son âme ' et à la singularité de sa situation; si jeune, si belle, sans expérience, abandonnée à elle-même, n’ayant pas une seule anîie dont la présence pût lui sefvir comme de protection, privée même de
• cette espèce de défense que son- sexe retire des
formes et des égards en usage dans le monde, — '
* 9 c’est à peine une métaphore de dire que mon edeur
* saignoit pour elle. Cependant il y avoit un air de dignité dans son dédain pour les vaines cérémonies , de grandeur dans son méprjs pour l’imposture, de résolution et de courage dans la manière dont elle contemploit les dangers qui l’entou- ^ roient; enfin une espèce d’héroïsme dans sa coniduite, qui in’inspiroit en même temps la plus vive admiration. On eût dit une princesse abandonnée par ses sujets, et privée de sa puissance; mais méprisant encore ces convenances, ces règles de société établies pour les personnes d’un rang in-* férienr; et au milieu de tous les obstacles conser- <. va^t une âme ferme, une constance inébranlable, et mettant sa confiance ^dans la justice du Gel.
'• Je voulus lui exprimer le sentiment de pitié et d’admiration que faisôient naître en moi ses malheurs et sa constance, mais elle m’interrompit.
— Je vous ai dit en plaisantant que je n’aimois pas les compliments, me dit-elle; je vous dis sérieusement aujourd’hui que je dédaigne les consolations. Ce que j’ai eu à souÉfrir, je l’ai soulfert. Ce que je dois souffrir encore, je le supporterai si je le puis. La stérile pitié n’allége pas le^ fardeau qui pèse sur le pauvre esclave; il n’existoit dans le monde qu’un seul être qui pût me secourir , et c’est celui qui a préféré ajouter encore à ma misère, Rashleigh Osbaldistone.... Oui, il fut un temps où j’aurois pu apprendre à aimer cet homme; mais grand Dieu! le motif pour lequel il s'insinua dans la confiance d’une pauvre créa-' ture entièrement isolée; l’assiduité constante et invariable avec laquelle il Vefforça de m’entraîner ' dans le. précipice ^qu’il creusoit sous mes pas, sans écouter un seul instant la voix du remords QU de la pitié; l’horrible motif qui lui faisoit chercher à convertir en poison la nourriture qu’il donnoit à mon âme; ô mon Dieu! que serois-je devenue dans ce monde et dans l’autre, si j’étois tombée dans les pièges de cet infâme scélérat.
Je fus si frappé de ces paroles et de la nouvelle perfidie qu’elles déyoiloient à mes yeux, que jç
aoB-aoY.
me levai sans presque savoir ce que je faisois; je mis la main sur le pommeau de mon épée , et courus à la porte de la chambre pour aller chercher celui sur lequel je devois décharger ma juste » indignation. Respirant à peine et avec un regard où l’expression du ressentiment et du mépris m avoit fait place ù celle des plus vives alarmes,
■ miss Vernon se précipita entre la porte et moi. — Arrêtez s’écria- 1- elle, arrêtez, quelque juste que soit votre ressentiment , vous ne connoissez pas la moitié des secrets de cette dangereuse prison ? Elle regarda d’un œil inquiet autour de la chambre, et baissant la voix : Il y a un • ' charme qui protège sa vie , me dit-elle , vous ne pouvez l’attaquer sans compromettre l’existence 'd’autres personnes.* Sans cela , dans quelque moment terrible, dans quelque heure marquée par , ^la justice, cette main, toute foible qu’elle est", se fût peut-être vengée elle-même. Je vous ai dit,
* ajouta-t-^lle en me ramenant à ma place , que je n’avois pas besoin de consolateur. Je vous dis à présent que je n’ai pas besoin de vengeur.
• Je m’assis, réfléchissant machinalement à ce qu’elle me disoit, et me rappelant aussi ce que je n’ayois pas considéré dans le premier transport,* que je n’avois aucun titre pour me constituer' le ohampion de miss Vernon. Elle s’arrêta unmo-
ment pour nous (Jonner à tous deux le temps de nous cafmer, et elle continua d’un ton plus tranquille :
— Je vous ai déjà dit qu’il y a un mystère d’une nature fatale et <langereuse , qui concerne Bashleigh. Tout infâme qu’il est, et quoiqu’il sache que son infamie m’est connue, je ne puis, je n’ose rompre avec lui, ni même le braver. Vous aussi, monsieur Frank, vous devez vous armer de patience, déjouer ses artifices en leur opposant la prudence, vous tenir toujours sur vos gardes; mais point d’éclats, point de violence, et surtout évitez les scènes telles que celles d’hier soir, qui lui donneroient suf vous de dangereux avantages dont il ne manqueroit pas de profiter. C’étoit le conseil que je voulois vous donner, et c’é-' toit dans cette vue que je désirois avoir un énlretien avec vous; mais j’ai "étendu ma confidence plus loin que je ne me l’étcris proposé. *
Je l’assurai qu’elle n’auroit pas lieu de s’en repentir. . ^ ; •
, — Je le crois, reprit-elle : voire ton, vos manières, semblent autoriser la confiance. Continuons à être amis; vous n’avez pas à craindre, dit-elle en riant, et d’un ton libre et dégagé, quoiqidelle ne pût s’empêcher de rougir un peu, vous n’avez pas à craindre qu’entre nous l’amitié. soit un nom spécieux pour cacher un autre senti-
. nOB'ROY.
ment: élevée toujours avec des hoimnés, accoutumée à penser et agir comme eux, je tiens plus de votre sexe que du mien. D’ailleurs, le cloître est nooii partage: depuis le berceau, le voile fatal est suspendu sur'ma tête, et vous* pouvez croire que pour l’écarter je ne me soumettrai jamais à l’odieuse condition qui m’est prescrite.»Le temps où je dois me prononcer n’est pas encore arrivé , et si je n’ai pas déjà refusé ouvertement l’époux ^u’on me propose , c’est pour jouir le plus longtemps possible de ma liberté. Mais à présent que le passage du Dante est éclairci, allez voir, je vous prie, ce que 'sont devenus mes intrépides chasseurs ; ma pauvre tête me fait trop souffrir pour q.ue je puisse vous accompagner.
Je sortis de la bibliothèque, mais non pas péur Ikller rejoindre mes cousins : j’avois besoin de^ 'prendre l’air* et de calmer mes esprits avant de * me retrouver avec Rashleigh, dont l’horrible' caractère venoit de, m’être dévoilé, et dont la profonde scélératesse m'avoit inspiré Une horreur qu’il m’eût été impossible de vaincre dans le premier moment. Dans la famille de Dubourg, qui étoit de la religion réformée, j’avois entendu raconter beaucoup d’histoires de prêtres catholiques qui satisfaisoient , en' violant les droits sacréstde l’hospitalité, ces passions que les règles de leur ordre leur interdisent. Mais le plan combiné d’a-
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vance d’entreprendre l’éducation d’une malheureuse orpheline, alliée à sa propre famille, et privée de protecteurs, dans le perfide dessein de la séduire; ce plan, exposé à mes propres yeux avec toute la chaleur d’un vertueux ressentiment par l’innocente créature quai vouloit rendre la victime de sa brutalité, ce plan me sembloit mille ^ fois plus atroce que la plus horrible des histoires • que j’avois entendu raconter à Bordeaux, et je sentois qu’il me seroit bien difficile de rencon-^ trer Rashleigh et de contenir l’indignation dont * . j’étois transporté. Cependant il étoit absolument nécessaire que je me contraignisse, non-seulement à cause des mystérieuses paroles de Dkma , ^
. qui m’avoit dit que je ne pouvois pas attaquer ses * jours sans compromettre ceux d’autrui; mais en-* core parce que je n’avois pas de motif apparent pour lui chercher querelle. ' > • •
Je résolus donc d’imiter la dissimnlation de Rashleigh pendant le temps qu’il nous restoit en- * core à demeurer ensemble, et, lorsqu’il seroit à ♦* la veille de partir pour Londres , d’écrire à Owen pour lui tracer une légère exquisse’de son caractère, et pour l’engager à se tenir sur ses gardes, et à veiller aux intérêts de mon père. Je ne doutois point que l’avarice et l'ambition ne dorainassent^encore plus que le libertinage dans une âme aussi fortement trempée que celle de Rashleigh, • *
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a4'i ROB-HOY,
L’énergie de son caractère, et la facilité avec laquelle il savoit se couvrir du masque de toutes les vertus, dévoient lui assurer de la part de mou père un degré de confiance dont il n’étoit pas probable que la bonne foi ou la reconnoissance l’erapéchât d’abuser. Cette commission que le devoir m’imposoit étoit fort délicate, surtout dans ma position, puisque la défaveur que je Chercherois à jeter sur Rashleigh pourroit être attribuée à la jalousie, ou au dépit de lui voir prendre ma place dans les bureaux et dans le cœur de mon père. Cependant, comme cette lettre étoit absolument nécessaire pour prévenir de funestes conséquences, et que d’ailleurs je connoissois la prudence et la discrétion d’Owen à qui j’étois . décidé de l’adresser , je m’empressai de l’écrire et l’envoyai à la poste par la première occasion.
Quand je revis Rashleigh, il parut comme moi se tenir sur ses gardes et être disposé à éviter" tout prétexte de dispute. Il se doiitoit que la conversation que j’avois eue avec miss Vernon ne lui avoit pas été favorable , quoiqu’il ne pût pas savoir qu’elle m’eût révélé l’infamie de ses procédés et du projet qu’il avoit conçu. Pendant le peu de jours qu’il resta encore à Osbaldistone-Hall, je remarquai deux ^circonstances qui me frappèrent. La première, c’est la facilité presque incroyable avec laquelle il apprit les principes élé-
ROB-ROy.
mentaires nécessaires à sâ nouvelle profession ; principes qu’il étudioit sans relâche, faisant de temps en temps parade de ses progrès, comme pour me montrer qu’il trouvoit bien léger le fardeau que je ne m’étois pas cru capable de soutenir. l.a seconde circonstance remarquable, c’est , que malgré tout ce que miss Vernon m’avoit dit de Rashleigli, ils a voient souvent ensemble de longues conférences dans la bibliothèque , quoiqu’ils se parlassent à peine lorsqu’ils étoient avec nous, et qu’il ne parût pas régner entre eux plus ^ d’intimité qu’à l’ordinaire.
Quand le jour du départ deBashleigh fut arrivé, son père reçut ses adieux avec indifférence, ses frères avec la joie mal déguisée d’écoliers qui, voient partir leur précepteur, et qui éprouvent un plaisir qu’ils n’osent pas manifester, et moimême avec une froide politesse. Lorsqu’il s’approcha de miss Vernon pour l’embrasser, ellci recula d’un air fier et dédaigneux, mais* elle lui tendit la main , en lui disant : — Adieu , Rashleigh , le Ciel vous récompense du bien que vous avez fait, et vous pardonne le mal que vous avez médité.
— Amen, ma belle cousine, reprit-il avec un air de contrition qu’il avoit pris , je crois, au séminaire de Saint-Omer: heureux celui dont les
üigitizéïby Gbogle
bonnes intentions ont mûri, et dont les mauvaises pensées sont mortes en fleur!
-11 partit en disant ces mots. — Le parfait hypocrite ! me dit mis Vernon lorsque la porte se fut refermée sur lui. Quelle ressemblance exté- , rieure il peut y avoir entre ce que nous mépri- ^ sons et ce que nous chérissons le plus !
J’avois chargé Rashleigh d’une lettre pour mon père et de quelques lignes pour Oweu, indépendamment de la lettre particulière dont • j’ai parlé et que j’avois cru plus prudent d’envoyer par la poste. Dans ces épîtres, il eût été naturel que je fisse entendre à mon père et à mon ami que je ne retirois d’autre profit de mon séjour chez mon oncle, que d’apprendre la chasse, çt d’oublier, au milieu des laquais et des valets d’écurie, les connoissances ou les talents que je pouvois avoir. Il eût été aussi naturel que j’exprimasse l’ennui et le dégoût que j’éprouvois à me trouver parmi des êtres qui ne s’occupoient que de chiens et de chevaux; que r je me plaignisse de l’intempérance habituelle de la famille, et des persécutions de sir Hilbebrand pour me faire suivre son exemple. Ce dernier point surtout n’eût pas manqué de faire prendre l’alarme à mon père, dont la tempérance étoit la première vertu; et toucher celte corde, c’eût
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été certainement m’ouvrir les portes de ma prison et abréger mon exil , ou du moins m’assurer un changement de résidence, et cependant il est très -vrai que je ne dis pas un seul mot de tout cela dans les lettres que j’écrivois à mon père et à Owen. Osbaldistone-Hall eût été Athènes dans toute sa gloire et dans toute sa splendeur, il eût été peuplé de héros, de sages, de poètes, que je n’aurois pas témoigné moins d’envie de le quitter.
Pour peu qu’il vous reste encore quelque étincelle du feu et de l’enthousiasme de la jeunesse, mon cher Tresham , il vous^sera facile d’expliquer mon silence. L’extrême beauté de miss Vernon, dont elle tiroit si peu vanité; sa situation romanesque et mystérieuse ; les malheurs qu’elle paroissoit avoir essuyés et qui la poursuivoient encore ; le courage avec lequel elle les supportoit ; ses manières plus franches que ne le sont ordinairement celles de son sexe , mais prouvant par-là même l’innocence et la candeur de. son âme ; et par-dessus tout , la distinction flatteuse dont elle m’honoroit, tout se réunissoit en même temps pour exciter mon intérêt, piquer ma curiosité , exercer mon imagination et flatter ma vanité. Je n’osois m’avouer à moi -même tout l’intérêt qu’elle m’inspiroit, ni l’impression qu’elle avoit faite. sur mon cœur. Nous lisions,
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nous noiis promenions ensemble : travaux, plaisirs, ‘amusements, toutétoit commun entre nous. Le cours d’études, qu'elle avoit été forcée d’interrompre lors de sa rupture avec Rashleigh, fut repris sous les auspices d’un maître dont les vues étoient plus pures , quoique ses talents fussent plus bornés.
Je n’étois pas en état de la diriger dans quelques études profondes qu’elle avoit commencées avec Rashleigh, et qui me paroissoient convenir beaucoup mieux k un homme d’église qu’à une femme. Je ne conçois pas non plus dans quelle vue il avoit voulu faire parcourir à Diana le labyrinthe obscur et sans issues qu’on a cru devoir nommer philosophie, et le cercle des sciences également abstraites , quoique plus certaines , des mathématiques et de l’astronomie, à moins que ce ne fût pour confondre dans son esprit la dilférence entre les sexes , et l’habituer aux subtilités de raisonnement dont il pouvoit se servir ensuite pour l’amener à ses vues. C’étoit dans le même esprit, quoique avec moins de raffinement et de dissimulation, que les leçons de Rashleigh avoieut encouragé miss Vernon à se mettre au-dessus des convenances, et à dédaigner ces vaines formes dont son sexe s’en-* toure comme d’un rempart. Il est vrai que, séparée de la société des femmes, et n’ayant pas
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inême une campagne auprès d’elle, elle ne pouvoit ni se régler sur l’exemple des autres, ni ■ apprendre les règles ordinaires de conduite que •> l’usage prescrit à son sexe. Mais telle étoit cependant sa modestie naturelle , et la délicatesse de son esprit pour distinguer ce qui est bien» de ce qui est mal , qu’elle n’eût jamais adopté d’elle- même les manières hardies et cavalières* ♦. qui m’avoient causé tant de surprise dans le premier moment, si l’on ne lui eût fait croire que le mépris des formes ordinaires jndiquoit ■ tout à la fois la supériorité du jugement et la' ♦ noble *con6ance de l’innocence. Son vil précepteur ïivoit sans doute ses vues en minant ces <*! remparts que la réserve et la prudence élèvent autour de la vertu; mais ne cherchons pas à découvrir tous ses crimes : il en a répondu depuis • lonc-temps devant le tribunal suprême. '
Indépendamment des progrès que miss^yei*non , dont l’esprit vif et pénétrait çomf>renoit » aussitôt tout ce qu’on entreprenoit de lui expliquer, avoit faits dans les sciences abstraites , je ne la trouvai pas moins versée dans la littérature ancienne et moderne. S’il n’étoit pas reconnu * que les grands talents se perfectionnent souvent ^d’autant plus vite qu’ils ont moins de secoues à attendre de ce qui les environne , il seroit presque impossible de ^croire à la rapidité des
Diguizr i by Googic
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progrès de miss Vernon ; ils sembloient encore ' . plus extraordinaires , lorsque l’on comparoit ' i l’instruction qu’elle avoit puisée dans les livres.
^ à son entière ignorance du monde et de la so-**
'* dété. On eût dit qu’elle sa voit, qu’elle connois- ‘ ,soit tout, excepté ce qui se passoit autour d’elle ■ • dans le monde, et je crois que c’étoit cette igno- r '* ‘rance même sur les sujets les plus simples, ■' y contrastant d’une manière si frappante avesc les . ^ ' connoissances étendues qu’elle possédoit , qui rendüit sa conversation si piquante, et fixoit V l’attention sur tout ce qu’elle disoit ; car il étoit impossible de prévoir si le mot qu’elle alloit prononcer montreroit la plus fine pénétration ;» ou la plus profonde singularité. Se trouver sans cesse avec un objet aussi aimable ; aussi inté-
* ressant, et vivre avec elle dans la plus grande . ,•'/ intimité, c’étoit une situation bien critique à
-•'> , mon âge, quoique je cherchasse à m’^ dissi-
* ^ muler le danger.
ROB-RpY.